jeudi 19 mai 2016

Admirer ces types

Malco, Pérou, mardi 17 mai. De gauche à droite, César Bazán "El Yeta" (en rouge et noir), le colombien Gustavo Zúñiga (en bleu pervenche et or), Emilio Serna (en vert émeraude et noir), et le novillero Renatto Motta (en bleu roi et noir). Le cliché provient du site péruvien "Perutoros". Il est bien, parfois, de s'informer des réalités des autres pays taurins, des réalités souvent bien différentes de celles d'ici. Pas les mêmes conditions, pas les mêmes toros non plus. Parfois des noms en commun entre ici et là-bas. Emilio Serna n'est pas un inconnu chez nous, d'ailleurs, il était annoncé il y a quelques années sur les affiches françaises comme étant Emilio Laserna. Il a pris l'alternative à Vergèze, en 2004, et est surtout connu pour avoir gracié le novillo Pescaluno d'Hubert Yonnet à Lunel en 2002, son plus haut fait d'armes.
Le Pérou, pas que du bétail brave, des toros autochtones aussi, sans une once de caste et issus d'aucune sélection. Un contexte géographique particulier, comme par exemple cette arène de Malco, à 3.000 mètres d'altitude. Et puis, cet orage qui tombe sur la fête. La blessure fatidique ce jour-là du novillero Renatto Motta. Par pudeur, seules des photos du début de la corrida figurent sur "Perutoros", dont on voit ici les protagonistes avant le paseo.
Le Pérou, une tauromachie tellement différente de celle d'Europe. Certainement beaucoup plus de folklore, mais aussi des drames. Renatto Motta était un novillero péruvien de tout juste 20 ans. Exactement de la même génération qu'Andrés Roca Rey et Joaquín Galdós. Resté là-bas, il n'a pas eu le même destin. Probablement pas le même talent, et aussi pas les mêmes appuis pour bâtir une carrière. A l'heure qu'il est, ses deux compatriotes, dont le second prendra bientôt l'alternative, pensent fort à lui.

Au Pérou, il y a les toreros du cru, qui participent toute l'année aux centaines de corridas et novilladas, parfois dans des lieux improbables. Il y a les exilés aussi. Comme on avait pu le voir dans un magnifique reportage montrant l'espagnol David Gil, avec comme titre "Le torero des Andes". Il faut admirer ces types, et cela n'a absolument rien de péjoratif. S'y rendent aussi, ceux qu'en Europe on appelle les seconds couteaux, et dont le téléphone portable ne sonne jamais. David Esteve, Imanol Sánchez, et des français qui eux aussi sont récemment allés s'y perdre : Mehdi Savalli, Mathieu Guillon, ou encore Marco Leal avant de devenir banderillero. Le Pérou des toros et de ses montagnes, pour qui s'y aventure, c'est une tauromachie très différente, avec toutefois la magnifique sensation d'être torero, dans l'arène, face à n'importe quel type de toro, et n'importe où dans le monde. Risques cumulés. Dans ces arènes perdues en altitude, le manque de moyens médicaux fait encore plus peur que les cornes des toros. Une petite seconde d'inattention, et un coup de tête de l'animal peuvent faire basculer bien plus qu'une carrière. Ceux qui s'y rendent connaissent les risques. C'est dur.

Florent 

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