jeudi 5 mai 2016

Arènes de plage

Les arènes de Palavas (département de l'Hérault) sont assez particulières, pour ne pas dire uniques. Rouges et blanches, avec des tribunes en forme de vagues. D'un côté, on peut voir Sète à l'horizon, de l'autre, la mer et les voiliers qui naviguent, et en face, une grande tour panoramique.
La dénomination "arène de plage" a toujours eu un aspect péjoratif. Historiquement, c'est dans ce type d'arènes qu'ont eu lieu en majorité les corridas manquant de sérieux et de tenue. Mais loin du cliché, on dit d'une arène qu'elle est de "plage" avant tout de par sa situation géographique. Et à bien y regarder, des arènes de plage, en France comme en Espagne, il y en a de moins en moins qui fonctionnent. Si elle a pu l'être par le passé, la corrida n'est pas un spectacle de masses en 2016, et ne figure plus dans les offres touristiques comme cela a pu exister. Les arènes de stations balnéaires sont en baisse. Exemple direct, et proche de Palavas : le Grau-du-Roi n'organise plus de corridas ou de novilladas depuis des années.
Et pour qu'une arène de plage fonctionne, sa date habituelle doit être bien ancrée dans le calendrier et attirer du monde. Palavas, pour la petite histoire, a vu les débuts de matadors en France de César Rincón en 1991, de José Tomás en 1996, et la dernière sortie en habit de lumières de Manuel Benítez "El Cordobés" en 2004 (d'ailleurs les arènes portent son nom) !
Dans toute arène de plage, l'organisateur part avec un handicap de moins -1 (comme aux paris sportifs), puisque les aficionados les plus férus ont tendance à se méfier de ce qui peut y être proposé.
Normalement, une arène de plage fonctionne l'été. Mais à Palavas, les corridas ont lieu chaque année au printemps. Samedi 30 avril. Temps nuageux, glacial, un vent qui tourbillonne, et la configuration des arènes n'empêche aucune rafale ou bourrasque d'entrer. Il y a tout juste une moitié d'arène, cela peut s'expliquer en partie par la météo, et aussi par le prix exorbitant des places : la moins chère est à 37 euros. Ça aussi, ça peut dissuader du monde.
A l'affiche, l'arlésien Juan Bautista seul face à six toros de Robert Margé. Ces protagonistes sont également annoncés à Madrid dix jours plus tard. On a tout de même du mal à comprendre l'opportunité d'une corrida en solitaire à ce moment-là de la saison. Avec deux autres jeunes toreros (et il n'en manque pas !) à l'affiche, cela aurait peut-être été mieux.
Dans tous les cas, c'est le vent qui va conditionner la course. Assis sur les gradins, on croit même par moments que l'on va s'envoler.
Les toros de Margé, de présence variée, sont bien armés, et font de superbes entrées en piste. Ils frappent tous contre les burladeros. Cela sera fatal pour deux d'entre eux. Le premier se casse entièrement les deux cornes, fait rarissime, et le cinquième s'en casse une. Les deux toros sont remplacés, mais conservés par l'éleveur qui voudra certainement les tester plus tard, et ne pas les laisser inédits malgré leurs bois amputés.
En parlant d'entrées remarquables sur le sable, le quatrième toro (que Juan Bautista dédiera à Laurent Blanc, du PSG, présent en barrera), arrachera un burladero du sol. La corrida de Margé a de l'allant à la pique, elle manque parfois de forces, mais tous les toros (trois âgés de 5 ans et trois de 4 ans) ont du fond.
Le vent violent oblige Juan Bautista à amener les toros près des planches tout l'après-midi, dans un même terrain hyper réduit mais guère plus protégé. Et puis, même avec cinq litres de flotte sur la muleta, le résultat aurait été le même. Parfois, les tourbillons soulèvent la muleta et mettent le matador en danger. On se les gèle, et la corrida de Margé, qui aurait mérité d'être combattue au centre de l'arène, repart inédite. Le troisième toro reçoit une vuelta qui n'a guère été demandée, et alors que le cinquième bis semblait meilleur. Juan Bautista obtient trois petits trophées au total, et écoute le silence à quatre reprises, pour l'anecdote. Dommage que le vent nous ait soufflé la course, car la corrida de Robert Margé n'avait rien à voir avec ce que l'on connaît des arènes de plage.

Florent

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