vendredi 6 mai 2016

Inconnus au bataillon

Aire-sur-l'Adour. Dimanche 1er mai. A moins d'être l'enfant d'une vedette, tous commencent avec ce statut d'inconnu au bataillon. L'avantage de l'anonymat, si tu fais un bide, c'est qu'il ne faudra que quelques mois pour être totalement oublié.
Avant le jour de la course, personne ou presque ne sait à quoi ressemble l'inconnu. A Aire dimanche, il y avait trois novillos de Valdellán (1, 2 et 6) et trois de Saltillo (3, 4 et 5). Pas de la tarte. De Valdellán, on s'attendait à mieux, avec davantage de fougue, de caste et de combativité. Les Saltillos, eux, ont tenu après de fortes piques, et ont même eu des comportements changeants. Celui sorti en troisième position, fin de morphologie et de museau, très typé Saltillo, fut un poison comme il peut en exister pas mal dans cet élevage. Le quatrième, tardo à la pique, possédait une belle charge à la muleta. Quant au cinquième, il s'avisa après avoir touché l'homme en début de faena.
Les accrochages et vols planés sont fréquents durant la course, c'est ça aussi l'esprit de la novillada.
Et l'archétype de l'inconnu au bataillon, ce dimanche, c'est Alejandro Conquero, dans un habit blanc et argent. Conquero connaîtra le malheur de ne pouvoir estoquer aucun de ses deux novillos. Mais alors, quel courage et quelle détermination ! Un ambitieux cite de loin l'enverra à l'infirmerie face au deuxième, de Valdellán. Revenu en jean's pour combattre le cinquième de Saltillo, Conquero se distinguera par de belles passes de cape, et un début de faena intéressant par le bas. Mais le Saltillo, exigeant, l'accroche de façon spectaculaire et le renvoie à la case infirmerie.
La présence de Tibo García à l'affiche a confirmé qu'en tauromachie, le cap le plus difficile n'est pas celui de l'alternative, mais celui qui se situe entre les novilladas non piquées et les novilladas avec picadors. Le français écopera au total de trois novillos à affronter et connaîtra des difficultés logiques, puisque son début avec picadors est tout récent.
Le vénézuélien Manolo Vanegas affronta lui aussi trois novillos au cours de cette novillada. Appliqué mais sans réellement transmettre face aux deux premiers, de Valdellán, on sent qu'il sera meilleur dans l'adversité. Aussi, Vanegas s'inscrit dans la lignée des toreros vénézuéliens venus tenter leur chance en Europe, et découvrir un autre monde. Dans une conférence donnée il y a quelques semaines, Vanegas disait que son Venezuela lui manquait, et que d'être loin de sa famille était dur malgré ses rêves de triomphes. Face au quatrième, "Astador", de Saltillo, Manolo Vanegas a montré qu'il n'était pas venu sur ce continent pour faire de la figuration. Inconnu au bataillon au tout début, il fait partie désormais des novilleros les plus en vue. Le combat face à ce quatrième novillo lui donne raison. "Astador" est compliqué dans la lidia, mais Vanegas le met parfaitement en valeur au troisième tiers. Les passes de muleta sont très engagées, à droite comme à gauche, sans jamais reculer la jambe. Les Armagnacs interprètent alors "Agüero", qui file un bourdon d'enfer à certains d'entre nous. Un "Agüero" sans aucune fausse note. Dans le même temps, Vanegas, d'un grand courage, n'a jamais reculé la jambe, et il ne se contente pas simplement de faire passer le Saltillo. Il le torée. Ensuite, les aciers s'enrayent, et toute possibilité de trophée s'envole. Peu importe, car Manolo Vanegas, l'espoir, se confirme une fois de plus.

Florent

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