mercredi 4 mai 2016

"Je vous enterrerai tous"

Il y a deux écoles. Soit on dit Figueres, à la catalane, ou bien Figueras, à l'espagnole. Dans ce cas, la version catalane semble plus douce, car cela fait moins bourrin que de prononcer "Figuérasse".
La région, et notamment le littoral, sont à voir. Ici, les arènes ne sont annoncées sur aucun panneau. Sur une carte, avec vision aérienne, on peut remarquer qu'elles sont situées juste de l'autre côté de la gare RENFE. Elles ne servent plus depuis le début des années 90, et sont laissées à l'abandon. Malgré tout, il est question d'arènes inaugurées en 1894, d'une capacité de 8.000 places, et classées en tant que monument historique. C'est peut-être même pour ça qu'elles sont toujours debout.
Depuis la loi d'interdiction de la corrida en Catalogne en 2010, on a refait le débat à peu près une centaine de fois. Mais peut-être faut-il faire attention à ne pas tomber dans le piège en étant réducteur. Et si, en fait, le coup réalisé par les antis-corridas avait parfaitement fonctionné dans une certaine indifférence ? Il est à peu près sûr qu'en Catalogne comme en France, les gens, en règle générale, s'en foutent de l'existence ou non de la corrida. La culture catalane est riche, et la région est belle malgré des endroits sinistrés et délabrés, comme le quartier des arènes de Figueres. Quelle connerie quand même cette interdiction. Il ne semble pourtant pas y avoir d'incompatibilités entre le catalanisme, la catalanitude, et la corrida. La Catalogne a donc tourné le dos à la tauromachie. Et en retour, énormément d'aficionados ont tourné le dos à la Catalogne. Un retour en arrière semble pratiquement utopique à l'heure qu'il est.
En prenant en photos ces belles arènes malheureusement délabrées, j'ai vu un vieux s'arrêter sur le côté en voiture, s'interroger, et regarder. Il n'y avait pourtant aucune autre personne dans le quartier. Est-ce un délit de prendre des clichés de ce monument qui regorge d'histoires ?
Au final, le vieux est sorti de la voiture, s'est approché, et a engagé la discussion. Il commence par dire qu'il se revendique catalan, mais s'exprime dans un parfait espagnol... et au final, il me dit qu'il se désole de voir les arènes dans cet état-là, car il a de bons souvenirs à cet endroit.
Beaucoup de noms connus, aussi bien de toreros que d'élevages, sont passés par Figueres. Ce qui a peut-être mis un coup d'arrêt à la tradition taurine catalane, c'est aussi le manque de sérieux et de continuité dans l'organisation des courses. Mais dans cette belle plaza de forme octogonale, il y a eu énormément de corridas et de novilladas. Et aussi, la fantasque corrida de Salvador Dalí en 1961.
Dans le numéro 818 de Semana Grande, paru au mois de décembre 2012, Marc Lavie évoquait une novillada sans picadors ayant eu lieu à Figueres en 1965. Pour la petite histoire, parmi les novilleros à l'affiche ce jour-là, il y en avait un du nom d'Andrés Motos, dit "Albaceteño". La saison auparavant, Albaceteño s'annonçait "El Sepulturero", et avait fait imprimer des affiches où était écrite la mention "Je vous enterrerai tous". Gros esprit de compétition, frôlant le morbide, avec ses compagnons d'affiche. Inconnu et oublié aujourd'hui, Andrés Motos ne semble pourtant avoir enterré personne. C'est peut-être pour ça qu'il avait changé de surnom de l'époque...

Florent

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire