samedi 21 mai 2016

Lointaine modernité

Machine à remonter le temps. Monedo, numéro 27, de Manuel Quintas, premier toro de la corrida-concours de Vic. Anachronique, obsolète. Dans les corrales d'Éauze et de Vic, les jours précédant la corrida, il y avait au total trois toros de cet élevage rare, d'origine Jijona. Peut-être trois tempéraments différents, mais une chose que l'on ne saura probablement jamais compte tenu de la sortie de "Monedo", le seul des trois à avoir été combattu.
Ce toro gris et blanc (berrendo en cárdeno) avait pas mal fait parler de lui à Éauze les derniers jours, il paraît que dans les corrales, il se tenait attentif et à l'affût de chaque visiteur. Souvent d'ailleurs, le comportement d'un toro dans les corrales est l'opposé de ce qui se passe en piste.
Monedo paraissait sortir tout droit des illustrations de revues taurines du XIXème siècle. Un toro gris et blanc. Fascinant à voir. Dans le cadre d'une corrida-concours, il ne pouvait bien entendu pas être comparé de par son comportement à tous les autres toros. Si l'on se fie aux critères actuels et objectifs, Monedo était intoréable, un vrai poison.
Et son combat fit curieusement penser à ce qu'aucun spectateur de cette corrida-concours n'avait jamais connu. Un truc archaïque en quelque sorte. A la première pique, Monedo s'employa comme les mansos qui se réveillent d'un coup. Et juste après cette pique, Monedo s'arrêta et se mit à toiser tout le monde. Attentif, difficile, avisé. Trois autres piques, prises avec mansedumbre, et une façon vertigineuse de couper le chemin aux banderilleros.
Toute éventualité de faena semblait alors improbable. Et c'était au tour de Luis Miguel Encabo de s'y coller, lui le chef de lidia, matador expérimenté âgé de 41 ans. D'après les critères actuels, Monedo était un toro mauvais, sans possibilités. Et autrefois ? Qui sait ?
Encabo (que ses plus fervents supporters français appellent "Monsieur Ancabo") a tenté de partir à la bataille face à ce toro qui ne se laissait guère approcher. Et puis, au milieu des doutes et du danger, il y eut une fraction de seconde, deux passes par le bas, et beaucoup d'émotion. Mais cela n'a pas duré, seulement un instant. Il ne s'agissait pas de muletazos doux et amples, mais seulement de passes de châtiment par le bas. Des passes méritoires face à un tel adversaire. La postérité ne retiendra absolument pas ce combat : sifflets pour Monedo de Manuel Quintas, et sifflets pour Luis Miguel Encabo. Une confrontation sans aucun rapport avec le toreo actuel. A la troisième tentative avec l'épée, cette dernière vola dangereuseument aux niveau des barreras, et fit penser à l'histoire racontée par Claude Pelletier à propos des arènes de Bayonne : l'année 1923, une épée qui vole et vient se figer dans la poitrine d'un touriste cubain, un jeune de 23 ans, assis à la barrera numéro 23. A Vic, l'épée ne fit fort heureusement pas de dégâts. Elle évoquait simplement des combats du passé.

Florent

(Image de José Angulo : "Monedo", numéro 27, de Manuel Quintas)

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