lundi 2 mai 2016

"On va piquer à Jurassic Park"

Au centre des arènes de Béziers, on aperçoit Denis Loré et Fritero. J'ai retrouvé l'autre jour cette photo parue dans Barrera Sol en 2001. Les deux venaient d'affronter un toro de Miura, qui poussa pendant de longues minutes le cheval monté par André Floutié "Fritero". Sur l'image, avec un public debout, on devine un succès humble, sincère, sans rien de superflu.
J'ai repensé à cette image avant la corrida d'Hubert Yonnet, dimanche dernier, à Saint-Martin-de-Crau. Tout d'abord parce que Denis Loré était à l'affiche.
En septembre 2007 à Nîmes, ce torero avait mis un terme à sa carrière, sortant par la Porte des Consuls en compagnie de José Tomás et Joselito Adame. Une boucle bouclée ? En fait, non.
L'annonce de son retour l'an dernier, à l'âge de 47 ans, fut une surprise, car malgré le manque de chance qui a jalonné toute sa carrière, il était un torero plus que respectable au moment de tirer sa révérence en 2007. Neuf ans plus tard, avant la corrida de Saint-Martin-de-Crau, on pouvait croire au miracle, celui de revoir le torero nîmois comme au meilleur moment de sa carrière. Mais les miracles restent relativement rares en tauromachie, et il paraît que celui-ci ne s'est pas produit.
En arrivant dans le coin, là-bas, je m'étais dit que j'irais voir cette corrida, pour tout un tas de raisons. Le lieu d'abord, Saint-Martin-de-Crau, qui il y a quelques années a troqué ses arènes en tubes, destinées à la course libre, pour un bloc de béton, avec beaucoup moins de cachet. Les toros aussi, ceux d'Hubert Yonnet, aux noms provençaux, toujours sérieux de présence, et redoutables pour les toreros.
Et puis, le souvenir du picador sur cette photo, André Floutié dit "Fritero", disparu il y a trois ans. Fritero a accompagné beaucoup de toreros français, et ce face à une multitude d'élevages. Un jour, en allant combattre une corrida fort charpentée, il avait eu cette phrase "on va piquer à Jurassic Park", une façon de parler d'adversité. Fritero était un sacré personnage, mais surtout, un type qui savait piquer les toros et accomplir son métier, parfois au prix de graves blessures.
Saint-Martin-de-Crau, les Yonnet, Loré, cela aurait parfaitement pu être une affiche des années 90. Des souvenirs, de nombreux élevages, du courage, des Milian, Fundi, Fernández Meca, et tant d'autres. J'ai regretté de ne pas pouvoir assister à cette course de Saint-Martin. Face aux impressionnants toros de Yonnet, il y a un torero dont tout le monde s'est accordé à dire qu'il avait brillé : Javier Cortés. Un jeune madrilène que l'on avait souvent vu en novilladas il y a sept ou huit ans, et dont la carrière a récemment été relancée par un nouvel apoderado : Stéphane Fernández Meca.

Florent

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