mardi 3 mai 2016

Patate de forain

Feues les arènes du Barcarès. La Méditerranée à 300 mètres à peine de ce terrain vague. En arrivant au Barcarès, on emprunte un long boulevard jonché de pins et surtout de campings, puisqu'il s'agit ici d'une zone très touristique. Ce n'est cependant pas le plus bel endroit des Pyrénées-Orientales, loin de là. La côte avec davantage de reliefs, située un peu plus au Sud du département, c'est quand même autre chose !
Il y a donc ce terrain vague, occupé chaque été par une fête foraine, et cette porte au milieu de nulle part, devant laquelle chacun passe indifférent. Il y a peu de temps encore, l'inscription "ARÈNES" figurait sur cette porte, mais elle a été recouverte et n'apparaît plus. Près des graviers et du pin parasol solitaire, on se demande bien à quoi peut servir la grille au milieu de la porte, puisqu'il n'y a absolument rien, ni d'un côté ni de l'autre. Curieux.
Au Barcarès, il y a eu des toros sur ce terrain-là. Une histoire taurine courte, débutée en 1984 par une novillada de Miura (tout de même !), et qui s'est achevée onze ans plus tard. Le fait marquant de ces arènes portatives qui restaient en place toute l'année, il eut lieu en 1991, bien qu'il ait depuis été complètement oublié. 15 août 1991 donc, novillada avec picadors de Los Majadales (propriété de la famille Tabernero) pour Cayetano de Julia, Luis Delgado et "El Macareno" (qui est en fait Antonio Barrera, âgé de seulement 15 ans à ce moment-là). Des amis m'ont souvent fait état de l'anecdote qui va suivre.
Au moment du tiers de piques, le quatrième novillo de la course, destiné à Cayetano de Julia, profite de l'entrée du picador pour s'échapper des arènes. Heureusement, il y a ce grand portail toujours là aujourd'hui, et un grillage séparant l'enceinte de l'arène de la fête foraine. C'est tout de même une brave panique qui prend place dans les parages, le novillo malmenant tout le personnel se situant à l'extérieur des arènes, dont la cavalerie d'Alain Bonijol, qui en est à ses toutes premières temporadas à la tête de sa cuadra. En présence d'un cas de force majeure, pour résoudre la situation et éviter un drame, c'est alors un forain qui intervient en dernier ressort, et a raison du novillo avec une carabine 22 long rifle. De façon symbolique, deux oreilles lui sont remises.
Il y a peu de temps, l'aficionado et caméraman Alain Garres, qui filmait la course ce jour-là, me racontait être passé récemment un été au Barcarès. Il y avait vu le fameux forain, triomphateur d'un jour, et qui possède encore un manège à cet endroit-là.
Pour nous aficionados, il est préférable qu'un tel événement se soit produit il y a 25 ans plutôt que maintenant. A l'heure actuelle, les BFMTV et consorts se seraient nourris d'un tel "fait divers" afin de faire grimper l'audience. Il faut dire qu'au niveau tauromachique, les seules possibilités de médiatisation sont le débat pour ou contre la corrida, ou bien les drames et les faits cocasses.
Au Barcarès, cela fait un bon moment qu'on ne court plus de toros. Il reste le terrain vague, cette porte et ce pin parasol.

Florent

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