mardi 21 juin 2016

Garapito est mort

À l'Est, Istres se retrouve en tête de l'actualité. Cette arène incarne une mode actuelle de la tauromachie : la recherche de l'événement. Il faut dire que la seule présentation des affiches d'Istres, chaque hiver, est un show qui attire plus de monde que certaines novilladas dans la même région.
Dans le même week-end, en passant des retransmissions de Canal Plus Toros au seul contre six d'Enrique Ponce, Istres a beaucoup fait parler. Le point positif, c'est d'avoir envoyé au second plan Simon Casas et sa feria de Pentecôte, en obligeant celui-ci à faire un effort pour les ferias futures, en passant pourquoi pas par davantage de toro.
Si les statistiques ont peu de valeur en tauromachie, force est de constater que sur les 23 toros graciés en corridas en France depuis 1999 (le premier à Saint-Laurent-d'Aigouze), quatre l'ont été à Istres, dont un ce dimanche. L'indulto est donc d'apparition très récente en France, et correspond à une mode. Un peu comme les actuelles arènes d'Istres, qui ont tout juste quinze ans, et ont mis plusieurs saisons avant de trouver une politique taurine stable. D'une feria plus variée il y a quelques années, avec des noms comme Escolar Gil ou Victorino Martín, Istres mise désormais exclusivement sur les toreros et les noms qui scintillent. Dorénavant, l'indulto est quasiment annuel : 2013, 2015 et 2016, et des toreros sont convaincus de s'y rendre alors qu'ils ont rangé le costume depuis longtemps : Joselito en 2014.
Loi du nombre en tauromachie : le goût du spectacle et de l'événement. Il n'y avait pas de soucis à se faire pour Enrique Ponce avant son seul contre six de dimanche. Sa capacité de séduction du public n'a jamais été aussi impressionnante, lui qui était encore très critiqué il y a quelques années encore, et était loin de rassembler. Pas de quoi s'inquiéter pour Ponce, surtout face à des toros destinés à une arène de troisième catégorie. La technique, l'élégance, ou encore le smoking si vous voulez, font le reste. D'ailleurs, si l'on venait à montrer d'ici quinze ans l'image de Ponce en costard cravate à quelqu'un entré en afición entre temps, il n'est pas impossible que celui-ci, au moment de la légender, puisse demander s'il s'agissait bien d'une corrida ou d'un festival de fin de saison.
Sans pour autant être dogmatique, il est vrai que l'abandon de l'habit de lumières peut être critiqué. Que ce soit par une figura del toreo ou un torero méconnu. Tant de jeunes et moins jeunes ont échoué dans leur quête de devenir torero que le fait de remplacer l'habit de lumières par un smoking est critiquable. En festival, sans problèmes, en corrida de toros, c'est autre chose.
Grand succès de cette corrida d'Istres auprès du public qui y a assisté. Mais vu de l'extérieur, cela ne peut être qu'une performance sans lendemain. Comment pourrait-on à moyen terme modifier la corrida en mettant de façon régulière des musiques non-taurines ? Et puis, à force de chercher l'événement, il y a le risque de tourner en rond. La corrida est un domaine très formaliste, ou chaque toro passe par les mêmes étapes, les trois tercios : piques, banderilles, faena de muleta et estocade. Ainsi, dans la corrida, si le toro n'est pas le premier protagoniste de l'émotion, alors les artifices ne pourront durer qu'un temps limité.
À Aire-sur-l'Adour, où il y avait aussi une corrida annoncée ce dimanche, les organisateurs tentent justement de chercher l'équilibre avec le toro. Des Fraile et des Palha, auxquels on colle l'étiquette des corridas dures. Dures dans le sens d'impossibles. Et pourtant, à bien regarder l'histoire de ces deux élevages et leurs galeries des trophées, ils se sont illustrés avec des toros très braves. Et c'est ce que recherche l'aficionado qui se rend les voir. Deux élevages qui ont progressivement disparu des affiches des grandes ferias, mais dont on se dit que dans les gènes, il reste encore, peut-être, quelque chose de grandiose. Peut-être pas des toros comme l'unique Garapito de Palha combattu à Vic-Fezensac en 1992 et dont la morphologie a maintenant disparu, mais en tout cas des toros encastés, mobiles, combatifs et braves.
La corrida d'Aire n'a pas été grandiose, loin de là. Les Fraile, qui ont la réputation d'être solides, ont été faibles. Les toros les plus intéressants ont été ceux de Palha. Le troisième bis, d'origine Oliveira Irmãos, un bon toro. Et les quatrième et sixième, de provenance Baltasar Ibán, encastés et exigeants, avec un dernier toro réellement difficile. Chez les toreros qui ont connu des difficultés avec les aciers, il y avait Luis Miguel Encabo, qui après Vic et Madrid semble être en fin de carrière ; le portugais Antonio João Ferreira, dont le manque de contrats pèse dans chacune de ses prestations malgré son engagement avec l'épée ; et Alberto Lamelas, qui revenait de blessure, mais n'a pas perdu son grand courage.
On se dit parfois que la tauromachie a tendance à dérailler avec le phénomène des indultos récurrents. D'ailleurs, si on établit une liste historique des plus grands toros combattus en France, les toros graciés ne sont pas les premiers qui viennent à l'esprit. Ce qui vient en premier, ce sont des images, parfois d'un passé plutôt récent, comme celles de Garapito à Vic. Garapito, toro brave, mort sur le sable. Pas sûr de retrouver un jour des toros comme celui-là, mais c'est bien pour cette raison que l'on continue d'aller aux arènes. Le plus important dimanche à Aire, même s'il ne s'agissait pas d'un lot complet, c'était d'apprécier le retour des Palha, avec l'envie d'en revoir...

Florent


(Image d'Olivier Viaud : Le toro Peletero, numéro 439, de Palha, dans les corrales d'Aire-sur-l'Adour)

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