vendredi 3 juin 2016

Semana Grande, numéro 1000

Ce lundi 6 juin sort le numéro 1000 de Semana Grande. Il faut penser à remercier chaque personne qui tout au long des années a pu y contribuer, même avec des éléments infimes, qui sont tous une pierre de plus permettant à l'édifice d'en arriver aujourd'hui.
Dans la période historique récente, quand on commence à s'intéresser à la tauromachie, on croit être à une époque où les toreros ne peuvent plus mourir dans l'arène, du fait de l'évolution des moyens médicaux. On pense aux drames qui appartiennent au passé même si certains sont encore vifs, et on se force à penser que cette époque est révolue, car on redoute tous d'assister un jour à une tragédie dans une arène. Une tragédie qui est potentiellement présente sur chaque corne. La fois où j'ai vraiment réalisé que le danger planerait pour toujours, j'avais dix ans, à la sortie de l'école, quand mon père me montra l'article du journal Sud-Ouest évoquant la mort de Julio Robles, dix ans après sa blessure de Béziers. De longues années entre la blessure du torero et sa disparition, mais ce coup de corne à long terme irrémédiable.
Dans Semana Grande, et sa vie de revue dédiée à la tauromachie, le hasard nous fait prendre conscience de l'éternel danger. Quand sortait le numéro 1 de Semana en 1997, il y avait un article sur le rejoneador mexicain Eduardo Funtanet, décédé le 18 mars 1997, deux jours après avoir été renversé par un toro à la Monumental de México, la plus grande arène au Monde. Pour le numéro 1000, en ce début de mois de juin, c'est la disparition de Rodolfo Rodríguez "El Pana" qui nous rappelle les risques de l'arène. Même si en voyant les photos et les vidéos, El Pana aura toujours une gueule de bonhomme éternel et de torero unique. On aura à jamais du mal à croire en sa mort.
Dans le numéro 1000 de Semana, on parle de toros, et d'El Pana aussi, auquel une partie du journal est consacrée.
Sa blessure dramatique et sa disparition un mois après font penser aux circonstances de la mort du torero colombien Pepe Cáceres en 1987. Et puis, beaucoup plus proche de nous, il y a Renatto Motta, novillero péruvien de 20 ans, qui il y a quelques semaines à peine, a payé de sa vie sa passion pour les toros.
Les drames font partie de l'information taurine, et il convient toujours d'être sérieux au moment d'en parler. Cette semaine, le fait marquant et beaucoup plus allègre avant que n'arrive cette nouvelle, c'était la double sortie en triomphe de José María Manzanares et d'Alberto López Simón à Madrid, pour la corrida de Beneficencia. La dernière fois où l'on pouvait remarquer deux toreros franchissant ensemble la Grande porte de Las Ventas, c'était en 1991 avec José Ortega Cano et César Rincón, toujours pour une corrida de Beneficencia.
On aurait préféré que parmi les grands faits d'actualité taurine figurant dans le numéro 1.000, seul celui-ci ait à être traité. Mais le destin en a voulu autrement. Une revue taurine évoque les triomphes, les grandes faenas, les courses d'anthologie, les grands toros, mais aussi les drames, les toreros âgés qui s'en vont, ou les élevages mythiques qui disparaissent.
El Pana affirmait être le dernier torero romantique. Au mois de février, à un grand âge, c'est le ganadero portugais Fernando Pereira Palha qui est décédé. De lui, on disait aussi que c'était un romantique. Dans les toros, nombreuses sont les histoires qui pourraient être tirées d'une fiction, alors qu'elles sont parfaitement réelles et authentiques. S'il n'y a aucun lien entre El Pana et Fernando Palha, ces deux-là composent un Monde capable d'émerveiller chaque jour.
Et puis, en parlant de toros, même celui qui n'a mis qu'une fois l'habit de lumières, ou le ganadero qui n'a fait combattre que quelques exemplaires, pourront vous raconter des anecdotes uniques. Toujours en s'émerveillant, car pour continuer à aller aux arènes, il faut garder un regard d'enfant.

Florent

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