mercredi 20 juillet 2016

Noël à Céret

"Dès qu'un avion s'écrase dans le monde, c'est sur les pompes à Roger Gicquel" avait un jour dit Coluche. Roger Gicquel, en charge de présenter les journaux télévisés il y a plusieurs décennies, avait souvent été amené à annoncer des catastrophes avec une mine grave. Aujourd'hui, pas besoin d'attendre le 20 heures ou d'allumer le poste de radio pour se tenir au fait des actualités. L'évolution technologique a permis à un niveau individuel d'accéder aux smartphones, aux alertes infos, en se connectant au réseau ou à une borne Wifi. Désormais, avec la rapidité de l'information, la menace guette et l'on redoute parfois de découvrir avec impuissance des drames mondiaux, ou des problèmes politiques et sociaux plus ou moins éloignés géographiquement. Peut-être sommes-nous tous devenus des Gicquel en puissance par les temps qui courent. Garder le téléphone éteint peut revêtir un aspect salvateur.
Céret de Toros au pied du sapin. Noël en juillet. Pourtant, en passant devant les arènes de Céret le reste de l'année, on dirait que celles-ci sont abandonnées et n'ont jamais été retapées. Pour leur redonner un bel aspect, les membres de l'ADAC oeuvrent plus d'un mois avant la feria. C'est un rendez-vous attendu, pour tout un tas de raisons. Il y a pourtant de quoi passer pour un troglodyte en affirmant sa passion pour cette arène si différente des autres. Céret, c'est l'étape de montagne pour les toreros. Mais pourquoi alors être fasciné par cette si petite plaza, alors qu'en même temps ou presque, chaque année, la gigantesque fête de Pamplona bat son plein et a de quoi allécher. Vu de l'extérieur, cela doit être difficilement compréhensible.
Je me souviens d'il y a une dizaine d'années, attendant dès l'hiver les choix des toros pour le prochain Céret de Toros. Peut-être des élevages dont on ignorait jusqu'alors l'existence, et que l'on allait découvrir, sans savoir du tout à quoi s'attendre. Intrigante part de mystère.
J'ai connu le public de Céret plus juste que lors de cette feria 2016. Cette année, il a alterné entre le juste, le bon, l'extrêmement dur et le carrément injuste. Il y a quelques saisons à peine, les toros d'Escolar Gil ou encore de Coïmbra ont fait atteindre dans des styles différents des sommets à la petite arène de Céret. De l'émotion en quantité extraordinaire, de quoi ressortir des gradins lessivés. Difficile par exemple d'atteindre de nouveau la très complète corrida d'Escolar Gil de 2010, qui fut sensationnelle. En attendant d'autres sommets, il faut peut-être s'armer de patience, car toutes les corridas ne vont pas prendre 20 piques avec bravoure et distribuer des charges vibrantes dans les muletas. En attendant, on se contente de détails, de petites choses intéressantes ici et là. L'arène du Vallespir étant unique, on la quitte toujours chaque année avec plein d'images en tête.
Samedi dernier, l'ambiance était pesante au moment du paseo. Moment de recueillement, l'attentat de Nice est tout frais, et le souvenir de Víctor Barrio dans toutes les têtes. Mais la fête des toros a repris ses droits et continue son chemin. De ce week-end taurin, ce sont des novillos portugais de Vinhas qui ont montré le plus de bravoure à la pique, certains d'entre eux ont vraiment été très intéressants. La présence des toros d'Aurelio Hernando était fantastique, avec un toro d'ouverture de feria, "Casote", aux cornes longues, un truc de barge, digne de sortir à Madrid et dans toutes les plus prestigieuses plazas. Ce toro a placé d'entrée le niveau de sérieux de l'arène.
Curro Díaz, qui l'a affronté, s'est payé une frayeur immense (comme à La Brède) en rentrant court et droit avec l'épée, et en étant pris au niveau de la poitrine. Curro Díaz, qui a comme style celui d'accompagner la charge des toros, a été digne avec pas mal de muletazos notables et de bel effet. Fandiño a livré au cinquième toro une faena assez moyenne couronnée de l'une des plus belles estocades de l'année qui à elle seule pouvait valoir l'oreille. Quand le diplôme compte, celui de matador de toros, une récompense pour une telle estocade n'est pas usurpée. Un toro d'Aurelio Hernando (le cinquième titulaire) a été changé sans motif sauf celui d'être manso. Et face au sixième bis de Miguel Zaballos, très armé, manso encasté, et qui faisait plein de virages au niveau des chevilles, Pérez Mota a réalisé un combat acharné, en allant chercher une belle oreille.
Lors de la novillada, le colombien Guillermo Valencia s'est montré le plus expérimenté, avec du métier. Le catalan Abel Robles, d'Olot, était soutenu par le public. Il a donné des séries droitières un peu lointaines mais avec beaucoup de temple, avant de planer dans les airs suite à un moment d'inattention... et d'écouter les trois avis malgré toute son envie. On a été content de voir Sebastián Castillo, le vénézuélien qui s'est fait connaître en toréant dans les rues. Son courage malgré son métier très limité l'ont fait sortir dignement de cette novillada qui était son début avec picadors. Dignement, pour les trois novilleros, car le lot de Vinhas était une corrida de toros de par sa présence. On aurait aimé voir le subalterne Raúl Ramírez, accompagnant Sebastián Castillo, réaliser son classique saut à la garrocha.
C'était plaisant aussi de voir annoncé le nom de Moreno de Silva, pour montrer la variété au sein de cet élevage. Plusieurs toros nobles, mais toujours exigeants, à l'affût des erreurs des matadors. Fernando Robleño n'a pas été à son niveau habituel, et n'a pas franchement profité du très bon premier. La dernière année que Robleño n'avait pas obtenu de trophée pendant la feria de Céret... c'était en 2008 ! Alberto Aguilar, très vaillant, aurait lui dû repartir avec au moins un trophée dans la poche. Face à une pétition majoritaire, le président s'est fait remarquer par un dogmatisme frisant la connerie. José Carlos Venegas, au cours d'une faena inégale, a eu quelques gestes très purs et impressionnants. Et dans cette corrida de Moreno de Silva, il y avait aussi un toro (le cinquième) "Horquito", n°1, charpenté et très armé, une véritable estampe.
Souvent à Céret, les banderilleros s'illustrent, et on a aimé voir par exemple David Adalid ou Iván García pouvoir saluer après avoir posé les bâtonnets.
Attendre Céret de Toros encore plus que Noël, pour tout un tas de raisons. Chaque année avec beaucoup d'impatience. Des raisons multiples. Le toro de Céret, les toreros qui ont le courage d'y signer un contrat. Le seul alguazil en piste, et l'un des derniers de la planète taurine à oser intervenir quand il s'agit de maintenir de l'ordre sur le sable. Le souvenir de Jean-Louis Fourquet, de ses éditos explosifs dans le livret de présentation de la feria, et de sa silhouette promenant le panneau annonçant chaque toro. Des visites aux corrales les jours précédant la feria. Le grand coup de masse dans la barrière à chaque fois que la Cobla a fini d'interpréter la Santa Espina. Et cette arène, toujours en place, grâce à l'ADAC, et sa vie associative qui demeure pleinement depuis près de 28 ans.

Florent

1 commentaire:

  1. Il se disait en Espagne au siècle dernier que la dernière chose qui soit restée démocratique sous Franco était l'octroi de la première oreille...
    ...au pays de "l'Avi Siset" que dire du comportement de la présidence , de ce Monsieur Cisset qui outrepasse le règlement pour éduquer le peuple (public et toreros: A Aguilar 2016,A Lamelas 2015) ou imposer son parti pris....(changement de toro incompréhensible et non justifié ,oreille le samedi)...merci également à l'organisateur pour la conclusion de cette tertulia et feria (on prend les mêmes et on recommence) au mépris d'un public respectueux et fidèle (plus de 20 ans) sans lequel l'aventure de lADAC eut été beaucoup plus brêve !pas très Jean louis Fourquet tout ça. Guillon O

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