mardi 12 juillet 2016

The show must go on

Depuis samedi, on n'a pas arrêté d'y penser. Víctor Barrio, torero de 29 ans. On a tous le coeur lourd dans ces moments. Déjà, quelques heures après le drame, des commentaires indignes sont apparus sur la toile. Il fallait tenter d'en faire abstraction, car ces mots sont un puits d'inutilité et d'inculture. Mais l'on y pense tout de même, et cela fait réfléchir sur l'époque. En évoquant sa passion pour la corrida, chaque aficionado a un jour ou l'autre été dans l'obligation de s'infliger une conversation médiocre. Phrases récurrentes, du type "pourquoi n'y a-t-il pas autant de toros que de toreros morts chaque après-midi ?" ; "pourquoi si la corrida existe encore, ne faudrait-il pas remettre aussi les combats de gladiateurs ?". Commentaires infondés, nombreuses insanités, jusqu'à en épuiser votre stock de patience en certaines occasions.
Ceux qui se sont réjouis de la mort de Víctor Barrio sont des cons. Mais comment s'en étonner à une époque ou la mort d'un chien du RAID par exemple, affecte plus certains esprits que les 130 victimes du Bataclan et des bars parisiens en novembre dernier. Je n'arrive pas à comprendre leur exutoire. Ni à eux, ni à ceux qui commentent en flots les articles de presse quand survient un fait divers, en marquant le mot "peine de mort" à tout bout de champ... tandis que les enquêtes parfois révèlent qu'il s'agit d'accidents. Toutes ces réactions aux sujets médiatiques ont quelque chose d'extrêmement écoeurant. Peut-être que demain dans l'édition de Charlie Hebdo, ceux-là se réjouiront de la mort du torero, de façon dégueulasse, ce qui n'aurait rien d'étonnant. Si tel est le cas, il faudra alors répondre et s'indigner avec grande fermeté.
On essaye de faire abstraction, car Víctor Barrio est dans toutes les pensées. Ceux qui salissent sa mémoire agissent avec une petitesse lamentable. Les obsèques de Víctor Barrio n'avaient même pas eu lieu que l'on pouvait déjà lire et entendre des tonnes de saloperies. En espérant seulement que ceux qui les ont proférées se rendront un jour compte de leur connerie. Pourtant, l'époque ne donne pas espoir.
Dimanche, pour la novillada de Tarascon, l'ambiance était fortement marquée, et centrée sur la tragédie toute récente. Comment aller aux arènes sans penser au torero défunt ? En plus, il y a eu plein de choses émouvantes durant cette novillada. La minute de silence, respectée religieusement, les brindis au ciel d'Andy Younès au premier et d'Adrien Salenc au sixième, le pasodoble "Nimeño" joué au paseo pour saluer les acteurs français en piste (trois novilleros, neuf banderilleros, six picadors), et le pasodoble "Martín Agüero", le plus beau des pasodobles, joué par l'orchestre Chicuelo pour la faena de Tibo García face au deuxième novillo.
Dans une ambiance glacée au départ, les six novillos, quatre avec le fer du Laget et deux des frères Jalabert (premier et cinquième) ont permis d'assister à une course sérieuse et fort intéressante. Treize rencontres à la pique, lors de tiers assez mouvementés, animés, et des novillos plus violents que braves dans le caparaçon. Tous ont été exigeants au cours de leurs combats. Excepté le dernier, du Laget, aucun autre n'a montré de signes de faiblesse. Si le quatrième eut un tour de piste discutable, car pas vraiment brave, il fut tout de même un novillo encasté, intéressant, et qui prit quatre piques sans fléchir.

Six oreilles au total, d'inégales valeurs, généreuses parfois, attribuées par une présidence assez distraite, mais des oreilles qui relevaient franchement de l'anecdote compte tenu des circonstances. Les trois novilleros français ont été bien. Si jeunes, on a ressenti chez eux une volonté à toute épreuve malgré la dureté du contexte. Andy Younès tout d'abord, Tibo García ensuite, qui semble progresser et réalisa face au deuxième la meilleure faena de l'après-midi, d'un bon niveau, et enfin Adrien Salenc, qui toucha un novillo difficile et un autre faible, mais fut à la hauteur et resta devant jusqu'au bout. Les trois novilleros ont porté six estocades, en rentrant avec honnêteté, sans un pinchazo, sans un descabello. Le point majeur pour aller plus loin, atteindre l'objectif, devenir matador de toros, assurer la relève, et se souvenir de façon émue de tous ceux qui sont tombés sur le sable au fil de l'Histoire.

Florent  

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