dimanche 14 août 2016

C'est le Nord

La feria de Parentis avec trois novilladas, c'était le week-end dernier. Parentis, c'est le Nord. Mais pas au sens géographique du terme. D'ailleurs, cela fait un moment qu'il n'y a plus eu de corridas dans le Nord de la France, même si les archivistes pourront toujours trouver des corridas au Havre au XIXème siècle ou encore à Roubaix début XXème.
Parentis, c'est le Nord, au sens tauromachique du terme. Celui qui concerne traditionnellement les arènes du Nord de l'Espagne, axées sur un toro sérieux, et aux gradins festifs. On retrouve tout cela à Parentis. Une volonté de présenter des novilladas sérieuses, et un public hétéroclite. De l'aficionado lambda en passant par la banda bruyante qui a de quoi effrayer celui qui n'a jamais assisté à des courses de villages en Espagne. Et c'est normal, le silence traditionnel des arènes françaises est rompu à Parentis. La banda joue, gueule, boit, chante, et s'unit à chaque entrée de novillo pour vociférer "C'est plus gros qu'à Dax !". On s'y habitue avec les années.
Curiosité de Parentis ces dix dernières années : les grandes courses ont toujours ou presque eu lieu sous un sale temps. Les Raso de Portillo et Lamelas en 2007, avec une chape de plomb menaçante, les Murteira Grave sous la flotte en 2011, les Valdellán également sous l'eau en 2012, les Guardiola Fantoni en 2014, et bien entendu, le grand triomphe de Guillermo Valencia à l'été 2015 face à la novillada de Los Maños, sous un plafond gris impénétrable.
Cette année à Parentis, il faisait beau.
Certes, la réussite d'une feria tient à peu de choses, à des détails, et celle de 2016 n'échappe pas à la règle. Le samedi après-midi, la novillada de Los Maños (dont les novillos portaient une devise noire en mémoire de Víctor Barrio) avait moins de carrosserie que celle de l'an dernier, moins de combativité aussi, notamment au cheval. Néanmoins, trois exemplaires étaient parfaitement exploitables pour les novilleros, et c'est Guillermo Valencia qui a été le plus en vue face à Lorenzo (frère du toro de Teruel), le meilleur Los Maños du lot. Il y eut aussi un passionnant novillo de Raso de Portillo, brave en quatre piques, encasté et difficile.
Le dimanche matin, les novillos d'El Añadío, aux cornes escobillées au débarquement, n'ont pas donné satisfaction. Il faut dire aussi qu'ils sont rares sur les affiches.
Quant à la novillada-concours, elle a été sabordée par les cuadrillas. Pourtant, la dernière novillada-concours aux arènes de Parentis, en 2009, avait été un succès à tous les niveaux. Arènes pleines à l'époque, des novilleros et des cuadrillas jouant le jeu, un novillo vainqueur (le Moreno de Silva) alors que deux autres auraient aussi pu y prétendre (Partido de Resina et Prieto de la Cal). Cette année, plusieurs novillos possédaient de quoi permettre des combats intéressants, certains sont repartis inédits, tels le Santa Teresa (ancien Félix Hernández Barrera) ou le Raso de Portillo. Et les lidias ont été chaotiques. Pourtant, si l'on regarde l'affiche de la novillada-concours de 2009 : Daniel Martín, Julián Simón, Francisco Pajares, on remarque que ce trio n'a pas fait carrière. Probable point commun avec les trois novilleros de dimanche dernier à Parentis, dont l'avenir semble délicat pour au moins deux d'entre eux. Le manque de pratique n'empêche donc pas l'envie et la volonté de bien faire dans la lidia.

Lors de cette feria 2016 qui ne fut pas un grand rendez-vous, on pouvait repenser au titanesque combat de Guillermo Valencia face à Tostadino de Los Maños l'an dernier, dans les mêmes lieux. Ce jour-là, le novillero colombien disparaissait parfois derrière son adversaire, plus grand que lui, afin de donner des naturelles de face. Souvenir inoubliable. Valencia est revenu cette année à Parentis, et n'a bien entendu pas atteint le niveau de 2015. Face à la course de Los Maños samedi dernier, Guillermo Valencia a tout de même obtenu sa cinquième oreille en trois novilladas à Parentis. Si les trophées peuvent souvent s'avérer dénués de valeur, leur rare attribution à Parentis fait du score de Valencia un véritable exploit. Et l'autre novillero en vue ce week-end, c'était le vénézuélien Manolo Vanegas, toujours courageux et sincère. En espérant qu'après une prochaine alternative, Valencia et Vanegas ne seront pas oubliés par les organisateurs de corridas du même créneau que Parentis. Malheureusement, la liste des oubliés est déjà longue.

Florent  

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire