samedi 20 août 2016

Les tontons de Doña Dolores

"Ce que je vais dire peut paraître horrible, mais dans l'arène, je préfère que le torero souffre un peu avant d'obtenir le triomphe". Il s'agissait des mots de la ganadera Doña Dolores Aguirre Ybarra, disparue début 2013, et qui un jour avait été interrogée sur ses préférences en matière de toros. Souffrir, mais pas dans le sens où le torero vivrait un calvaire à la merci du coup de corne à chaque instant. Mais souffrir dans le sens de devoir consentir un véritable effort pour aller chercher le triomphe.
Toros en Tafalla. Mardi 16 août. C'est toujours un plaisir, à chaque fois, de voir ce nom annoncé sur une affiche. On aime ces toros, leur présence, leur force et leur sérieux.
En voyant sortir un à un du toril les exemplaires de Dolores Aguirre, il y avait de quoi être admiratif devant leur présence. Des toros de respect. Et de quoi se dire : comment est-ce possible qu'aucune grande arène française n'ait retenu ce lot pour clôturer sa feria ? Un lot superbe en trapío, et qui aurait pu être combattu dans n'importe quelle plaza.
Cette année, les grandes arènes de France et d'Espagne, sauf pour la novillada de Vic, ont boudé les toros de Dolores Aguirre, et c'est bien dommage. Mais ces tontons devaient bien sort quelque part. L'une des explications de la présence de ce sacré lot à Tafalla.
Tafalla, en Navarre, arène du Nord de l'Espagne. Une arène, un contexte et une ambiance à découvrir. Et les Dolores Aguirre : des toros pour toreros couillus. Si souvent dans les comptes-rendus, on cherche bien des détours pour ne pas avoir à mentionner cette formule, c'est bien celle-ci qui est la plus vraie.
Pour triompher du toro de Dolores Aguirre, il faut être en forme et se parer d'un grand courage. Les toros pour Tafalla ont été braves et puissants au cheval, mais ont eu droit à un traitement particulier de la part des picadors. Des piques rechargées et assassines. Mais rien n'y fit, et les piques honteuses et exécrables n'entamèrent pas la force de ces si beaux toros. Dans de grandes arènes, il n'y a pas si longtemps que cela, plusieurs lanciers de service auraient eu droit à une amende. Mardi, un seul d'entre eux avait une pique montée à l'endroit : Juan Antonio Agudo, dit "Titi".
Une épreuve de force à la pique, où les toros ont dominé, et poussé les chevaux sur de belles distances avec la tête fixe dans le caparaçon. Pendant le combat du sixième toro, on entendait au patio de caballos un début de rixe entre un picador et le patron de la cavalerie. On ne connaîtra probablement jamais le motif, mais la police est intervenue pour séparer les protagonistes ! Le charme de Tafalla où il se passe toujours quelque chose.
Si les toros de Dolores Aguirre sont bien plus intéressants que la moyenne des toros combattus dans les arènes à l'heure actuelle, c'est qu'ils possèdent une identité propre. Leur sang Atanasio Fernández – Conde de la Corte, la fierté de leur présence, leur force, leur combativité, leurs charges vibrantes avec une sensation de danger, et l'émotion qu'ils procurent.
Pour beaucoup de toros de Dolores Aguirre, on retrouve dans leurs assauts ce que les espagnols appellent la "bondad". Des toros exigeants, mais qui mettent vraiment la tête dans la muleta quand on fait bien les choses face à eux. C'est aussi pour cette raison qu'il y a encore quelques années, les toros d'origine Atanasio Fernández étaient moins rares face aux toreros vedettes.
De cette "bondad", c'est Alberto Aguilar qui en a le plus profité face au premier toro. "Cigarrero", rugueux et avec une charge forte du côté droit, et plus doux sur l'axe gauche. Aguilar a tiré face à lui les plus beaux muletazos de l'après-midi : des naturelles. Joselillo a pour sa part eu beaucoup d'envie, dans son style, celui d'un torero sans grâce, brut, mais avec beaucoup de courage. Et quant au navarrais Javier Antón, c'était sa toute première corrida de l'année, et la barre était trop élevée.
On retiendra particulièrement de cette corrida les deux paires de banderilles de José Otero face au sixième, le seul manso du lot. Et surtout, le cinquième toro, à l'image, "Caracorta", numéro 16, âgé de cinq ans, qui poussa le cheval sur vingt mètres à la première rencontre, puis cassa la pique à la seconde. Il distilla tout au long du combat une véritable caste. Celle des grands toros. Dans n'importe quelle arène française, où les toros sont mieux mis en valeur, ce "Caracorta" aurait très certainement été fêté par un beau tour de piste.

Florent  

1 commentaire:

  1. ..Et voilà qui est bien dit !
    Huele a la Fiesta Brava !
    Merci.
    ernesto

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