jeudi 18 août 2016

Moreno of Silver

Saltillo dans la pinède. Enrique, le mayoral, est un personnage discret. Il a une allure tout droit sortie d'un western. Quand on lui évoque, Enrique se souvient très bien de "Diano", numéro 5, le bravissime novillo de la maison combattu en 2009 à Carcassonne. D'ailleurs, il ne dit pas "Diano", mais "el número cinco", et fait le signe avec les cinq doigts de la main. S'il devait un jour en sortir un autre du même genre, il est à parier qu'Enrique signerait immédiatement. À Carcassonne, c'est le modeste novillero colombien Jonathan Moreno Muñoz qui avait eu à affronter "Diano". Lui et sa cuadrilla avaient malheureusement échoué, connaissant une cuisante déroute. Un novillo exceptionnel à un moment et à un endroit où on ne l'attendait pas.
Dimanche 14 août, à Roquefort-des-Landes, il y avait une novillada de Saltillo, puisque c'est désormais avec ce fer que sont marqués tous les cornus de la maison Moreno de Silva. J'aime beaucoup cette arène, toute en bois, surnommée la "Monumental des Pins", un cirque ovale érigé au début des années 50. J'éprouve même une affection pour cette plaza, puisque c'est la première dans le département des Landes où j'ai pu assister à une course.
Dimanche, les Saltillo y ont envoyé du bois. Le matin déjà, on avait eu droit à une sérieuse novillada sans picadors de l'élevage français de Turquay, des erales complexes et exigeants, et face à eux, le courage de deux novilleros : Cristóbal Reyes et Antoine Madier.
L'après-midi, les six Saltillo, dans l'ordre : Vizcaína, Lominado, Rastrojero, Algabeño, Loquerito et Jardinero ont vendu chèrement leur peau. Avec leur superbe présence sur le sable de Roquefort, et malgré plusieurs armures abîmées, ils ont eu de la caste jusqu'au bout de leurs combats. Seize piques et deux chutes face à une cavalerie Heyral d'un bon niveau.
Il est toujours intéressant d'aller voir des lots de cet élevage, car il possède dans ses champs d'Andalousie des toros très intéressants. Ceux de Roquefort, aux pelages argentés, l'ont été tout particulièrement. Certainement l'une des novilladas les plus complètes de l'année.
Cela a commencé avec le premier, "Vizcaína", un très bon novillo face auquel le navarrais Javier Marín, bien que volontaire, a montré qu'il manquait de métier et de pratique. La réduction du nombre de novilladas et donc du nombre de postes en la matière n'est pas étrangère à ce type de constats. Celui qui possède un métier affirmé en revanche, c'est le vénézuélien Manolo Vanegas, et il coupa face au cinquième une oreille très méritée, car l'adversaire n'était pas facile, et lui fut sérieux, sincère, et engagé jusqu'à l'estocade.
C'est Guillermo Valencia qui a touché les deux novillos les plus remarquables de l'après-midi. "Rastrojero" tout d'abord, qui comme son nom l'indique était un frère du toro vainqueur de la corrida-concours de Vic en 2012. "Rastrojero" fut brave en trois piques, avec une chute de la cavalerie à la première. Un Saltillo encasté, et avec des possibilités dans la muleta. De la faena de Guillermo Valencia, ce sont de belles naturelles et une bonne estocade qui ont été à détacher. Oreille méritée là-encore. Cependant, Valencia s'engagea moins face au sixième, "Jardinero", charpenté et armé, et qui clôturait cette belle novillada. "Jardinero" aura été brave à la première de ses quatre rencontres au cheval, sortant de l'épreuve très châtié sans pour autant l'accuser, mais restant au final maître de la piste de Roquefort.
S'il est parfois décrié ou sujet à polémique, on attend chacune de ses sorties l'élevage de Joaquín Moreno de Silva avec impatience et espérances.

Florent  

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire