jeudi 22 septembre 2016

Dernière cuvée

Il existe dans l'histoire des toros en France une tradition des courses de fin saison. Selon les endroits, soit elles se sont maintenues dans le calendrier, soit elles ont disparu. Corrida des Vendanges à Nîmes (devenue feria complète), corrida des Vendanges à Arles (devenue feria du Riz), Saint-Matthieu à Vic-Fezensac, Saint-Ferréol à Céret, entre autres.
Dimanche à la sortie des arènes de Vic, il se murmurait que cette date ne serait plus à l'avenir reconduite, à cause des trop modestes affluences (Barcial 2014, Granier 2015, Dolores Aguirre 2016). Beaucoup de toro, peu de public. Comme pour la sensationnelle novillada de Valdellán au mois d'août 2013, devant là-aussi une affluence réduite.
La ganadera Doña Dolores Aguirre Ybarra est décédée le 12 avril 2013. Ses novillos de dimanche à Vic étaient nés entre novembre 2012 et mars 2013. Sa dernière cuvée, les derniers qu'elle ait pu voir naître. Mais l'on peut en revanche être certain que l'histoire de ce si bel élevage durera encore.
À Vic, six novillos splendides et d'une présence remarquable. Dignes représentants de la devise jaune et bleue, du "mucho toro", qui s'oppose au "poco toro" de nombreuses ferias actuelles. La caste en permanence, à fleur de peau. Solides, encastés, et à leur actif, les plus beaux tiers de piques de la saison 2016. Vingt piques à y laisser leur peau, à terrasser les chevaux avec une force incroyable, les faire tanguer, les soulever, les envoyer aux planches. Et après cela, les pensionnaires de Dolores Aguirre gardèrent toujours de l'allant, finissant même souvent leurs combats au centre de l'arène.
La course, qui n'était pas évidente du tout, a été de bonne tenue grâce à des cuadrillas expérimentées. Même si les tiers de banderilles n'ont pas toujours été évidents, plusieurs subalternes y sont allés avec cran et ont été ovationnés : David Adalid et El Pela au troisième, Jesús Talaván et José Antonio Ventana "Toñete" au quatrième.
Il faut dire que la course avait commencé avec "Pitillito II", le fameux numéro 32, qui éblouissait déjà sur les photos. Magnifique de présentation, quatre piques avec puissance et caste, et de l'émotion dans la muleta. Manolo Vanegas, qui l'affronta, connaît une grande saison et ne passa pas à côté. Quel beau combat, avec des naturelles très valeureuses en fin de parcours, et une belle estocade. Une oreille méritée, et grande ovation à l'arrastre. Cela ne pouvait guère mieux débuter. Et si le quatrième Aguirre aura été le moins intense du lot, il possédait lui aussi de la caste !
Mais pas autant que le deuxième de l'après-midi, "Comadroso", qui poussa avec grande bravoure en trois piques, faisant mordre la poussière à l'équipage à la deuxième rencontre. A la muleta, il était encasté avec des charges vibrantes. Tout comme le cinquième, "Pitillito III", un autre grand novillo. C'est le colombien Juan de Castilla qui affronta ces deux-là, et si certes tout ne fut pas parfait, il eut le mérite de faire face, avec courage, dans un esprit bagarreur, et en s'engageant toujours à l'épée.
Les deux Dolores Aguirre destinés au mexicain Gerardo Rivera, vêtu d'un costume tout noir, étaient aussi des cornus fidèles à la réputation de la maison. Le troisième, "Guindoso", fut surpuissant face au cheval, avant que sa caste ne déborde le novillero à la muleta. Enfin, le novillo combattu en dernier aurait initialement dû sortir en troisième position. Mais le personnel des arènes n'arrivant pas à lui faire quitter le toril, il fut finalement sorti en sixième. Un novillo très compliqué, manso, encasté, violent et dangereux, face auquel Gerardo Rivera montra encore son métier insuffisant. Ce dernier alla rapidement chercher l'épée, reconnaissant quelque part et avec honnêteté ses lacunes, avec son impossibilité d'en faire davantage. Silence et silence pour Gerardo Rivera. Applaudissements aux trois novilleros à la sortie des arènes, même pour Rivera, car c'est toujours une performance d'aller affronter les toros marqués du fer de Dolores Aguirre.
Un élevage qui aura connu une superbe année 2016, en étant malheureusement boudé par les grandes arènes. On se souviendra de cette novillada de dimanche à Vic, de la caste et de la puissance des Dolores Aguirre, de leur entrée en piste jusqu'à l'estocade. Le mayoral aurait dû saluer. Et de cette cuvée, on aimerait bien en reprendre encore...

Florent

2 commentaires:

  1. Bonjour Florent
    Dommage si cette date de la saint Matthieu n'est plus maintenue à Vic car, bien que ne pouvant pas être présent cette année, j'étais bien décidé a y aller les prochaines années, la retraite enfin là.
    Mais nos amis Noel et Jean Claude de Pe.....nne y étaient et je me délecte à l'avance de ce qu'ils vont nous raconter dimanche matin où tu sais (viens nous voir si tu es dans le coin)
    Patrick Sabatier 13300

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  2. A la tienne !
    Une grande Réserve que cet Aguirre Ybarra de Frias-Gasconhia 2013.
    Quelles "remarquables" dégustations,cette année , en novilladas dans notre S.O :
    Virgen Maria M2m - Saltillo Roq - Manos Bay - Quinta Dax
    En voilà des "figures" !
    In novillos-toros véritas !
    ernesto

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