jeudi 8 septembre 2016

La Tour Magne

La gare de Perpignan, un vendredi matin, et un soleil qui se lève encore tôt sur les Pyrénées en arrière-plan. Pas sûr que Salvador Dalí, s'il était encore vivant à 112 balais, aurait cautionné l'extension de la gare, avec des bâtiments modernes, hôtels et petit centre commercial. Son centre du monde, où lui vint un jour une "espèce d'extase cosmogonique". Mais le monde évolue, quelle que soit la patte des maîtres qui sont passés par là auparavant. Et puis le train, à Perpignan, pour aller vers l'Espagne il y a quelques années encore, il passait obligatoirement par le chemin de fer littoral : Collioure, Cerbère, Portbou, entre autres. Plus maintenant, car les trains sur cette ligne ont même tendance à se raréfier. S'il n'y avait pas eu les toros et le sport dans la vie, je me serais peut-être pris de passion pour les trains. Pas de la composition sociologique avec les gens qui les peuplent, mais pour leurs modèles, et surtout, pour les improbables sentiers ferrés qu'ils peuvent emprunter, près de la mer ou en montagne. Pas le feu au lac ce matin-là, la novillada de Bayonne est à 19 heures 30. De l'air de la Méditerranée à celui de l'Atlantique. Une vraie différence, question de salinité des eaux.
Un peu plus à l'Est, à Nîmes, il y a la Tour Magne. Au pied de celle-ci, certains ont connu leurs premiers rendez-vous avec l'afición pour ne plus jamais la lâcher. C'est beau ça l'afición, et c'est même encore plus beau s'il s'en crée encore. D'ailleurs, celui qui sera le plus estimé dans ce siècle n'est pas celui qui saura résoudre la substance de la corrida avec un juste équilibre torista / torerista, mais bien celui qui aura la solution pour remplir les arènes.
La Tour Magne. Une étymologie latine qui a un rapport avec la grandeur. Pas loin de là non plus, il y a les arènes de Vergèze, et celles de Fourques au bord du Rhône. Ce sont les deux premières plazas françaises à avoir fait combattre des lots de l'élevage de Los Maños, en 2005. Il y a seulement onze ans, mais bien des choses se sont passées depuis. Un élevage qui attire de par l'identité de ses toros, leur caste, leur combativité. Il y eut, malheureusement, dans un passé tout à fait récent, le drame de Víctor Barrio aux arènes de Teruel. L'accident redouté, inattendu et irréversible qui peut encore arriver de nos jours. Malchance, c'est tombé sur Los Maños.
L'élevage de Los Maños (qui est le gentilé des gens d'Aragon et de Saragosse) est situé en altitude, près du village de Luesia. Luesia, on dirait un nom Romain. La ganadería de Los Maños était à l'affiche de Bayonne ce vendredi, à 19 heures 30 donc, pour une novillada. Hormis un bémol à mettre sur quelques cornes abîmées, il y avait là une présence remarquable, avec des novillos pour la majorité dignes d'un gabarit de toro adulte. Et puis, au-delà des comportements variés : pas de faiblesse, de la puissance, du moteur, de la caste. On comprend mieux pourquoi cet élevage d'encaste Santa Coloma à l'évolution si récente est autant sollicité. Bons les 1er, 2ème et 6ème, avec vraiment de quoi toréer, encore plus encastés et exigeants les 4ème et 5ème, et très dur le 3ème, qui blessa le banderillero Alexis Ducasse. Au cours de cette novillada, la présidence laissa deux piques minimum/maximum à chaque novillo. Erreur, car l'on aurait pu apprécier la bravoure de plusieurs d'entre eux lors d'une troisième rencontre. Certaines poussées au cheval étaient vraiment belles. Et faute de la présidence aussi, en mettant fin au tiers de piques du troisième novillo dès la deuxième rencontre, avec une superbe pique de Gabin. Ce novillo encasté, mobile et avisé aurait dû être piqué davantage plutôt que d'être laissé cru.
Un beau début de soirée du côté de Bayonne, avec les pensionnaires de Los Maños. Chez les novilleros, Manolo Vanegas a prouvé qu'il était une valeur sûre, en avançant toujours la jambe, sans jamais reculer, en restant sérieux et sans jamais tomber dans la facilité. Il passa à côté d'un beau triomphe à cause de l'épée. Le mexicain Luis David Adame, en revanche, n'est pas aidé par les "bien" intempestifs de son entourage. Et ces "bien", ce n'est pas pour le public qu'ils sont le plus dérangeants, mais pour lui-même. Baser uniquement sa tauromachie sur le superficiel est une chose à laquelle il faut remédier au plus vite, surtout à quinze jours de son alternative. Espérons pour lui qu'au moins une des personnes de son entourage saura élever la voix et lui indiquer. Quant à Adrien Salenc, il est un véritable espoir pour la tauromachie française. En difficultés face au troisième, dangereux, il ne baissa jamais les bras, avec seulement trois mois de novilladas piquées à son actif. Au sixième, "Salta Cancelas", frère du toro primé lors de la corrida-concours de Vic-Fezensac, Salenc montra de beaux gestes, du sérieux et une envie d'aller plus loin.
À la fin, alors que les arrastres avaient été fortement ovationnés, le mayoral de Los Maños a été invité à saluer. Et s'ils sont assez rares à l'heure actuelle, l'élevage de Los Maños est un de ceux sur lesquels l'aficionado peut compter. Los Maños, c'est grand.

Florent

2 commentaires:

  1. Salut Florent
    Si je suis d accord avec ton analyse concernant les toros et les 2 novilleros L.D Adame et A Salenc, je partage un peu moins celle concernant Vanegas (nous avons évoqué un peu ce sujet lors de notre sympathique mais rapide rencontre sur les gradins); pour moi, bien qu' il soit exact qu' il y a eu au cours de ses 2 faenas de bons moments démontrant que Manolo Vanegas possède déjà une assez solide expérience , je trouve qu'il met trop souvent la jambe contraire en arrière, cédant ainsi aux tendances de la tauromachie moderne et ne se croisant pas suffisamment à mon gout. J'éprouve néanmoins beaucoup de satisfaction d'avoir assisté à cette novillada avec des Los Manos de cet acabit.
    Par contre, le lendemain, lors de la corrida de Pedres, quel ennui de voir des toros décastés qui ne voulaient pas combattre et, pour la plupart, qui fuyaient la muleta dès les 2 premières passes. Et quelle chaleur dans la plaza en commençant a 16H!! Si ce n était pas la joie d'avoir partagé ce jour un bon moment (restau, discussions,....) avec un couple d'amis Montois, je regretterais presque de n'avoir pas été à la plage.
    Au plaisir de se revoir, peut être à Pel....nne ou dans d'autres arènes. P.Sabatier 13300 Salon de Pvce

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  2. ah oui, j'oubliais: les "BIEEEEEENNNNNNNNNNN" de certains péons ou autres "callejoneux" ou plutôt "callejonnoeuds" cassent allègrement les cou....S. PS 13300

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