lundi 12 septembre 2016

Navarre de paroles

Septembre, en tauromachie, est assurément le mois le plus improbable. Après la vague du 15 août, on pense que le calme arrive et que c'est bientôt fini. Erreur, il y a autant de courses en septembre qu'en août, et le calendrier est surchargé.
Beaucoup de ferias de novilladas intéressantes, entre autres. Au Sud de la Navarre notamment, une région qui a de quoi faire le bonheur des aficionados et des coureurs d'encierros. Il y a aussi de vieilles arènes dans ce coin, et celles de Peralta, inaugurées en 1883, en font partie. Si cette région pourtant si proche de la France est dépaysante, c'est qu'elle a quelque chose de différent, un paysage aride, et des arènes qui sont un régal à découvrir. Avec parfois des détails cocasses, à Peralta, la porte des toilettes donne directement sur le couloir du toril !
Peralta, jeudi 8 septembre, jour d'une novillada de Pincha, propriété de José Antonio Baigorri, élevage situé à Lodosa, soit à 30 bornes tout juste de Peralta. UÀ Pamplona, les Marqués de Domecq ont produit pas mal d'encierros historiques. D'après le Diario de Navarra, l'encierro des novillos de Pincha de ce 8 septembre a été intense. Un novillo a même explosé une barrière sur le parcours.
n fer qui fait parler de lui ces dernières saisons en Navarre, et qui aurait pourquoi pas sa place dans une arène française. Chez Pincha, le bétail est d'origine Marqués de Domecq. Le matin, il a fait honneur au prestige de la maison mère (Marqués de Domecq, qu'on ne voit plus sur les affiches) en matière d'encierros.
C'est ce qui a énormément de charme en Navarre, et parfois ailleurs, la journée taurine commence d'emblée tôt le matin avec l'encierro, et non pas en fin d'après-midi. À 18 heures, se pointent au paseo Javier Marín (costume bleu pétrole et or, novillero navarrais), Alvaro García (blanc et argent, de San Sebastián de los Reyes, supporter de l'Atlético de Madrid) et Maxime Solera (vert bouteille et or, français). Solera est arrivé aux arènes dans un véhicule immatriculé 13. Les Bouches-du-Rhône ! Il est de Fos-sur-Mer, une commune qui en des temps immémoriaux (il y a plusieurs décennies) donnait une novillada le 15 août. Mais ici c'est la Navarre, Arles, le Sambuc, les Saintes ou les Alpilles semblent si loin. C'est la deuxième novillada piquée seulement pour Solera. A 23 ans, il n'est jamais trop tard pour débuter avec picadors. Le jeune homme de Fos assiste par ailleurs chaque année aux corridas de Céret, où on peut le voir sur les gradins. Il a un rapport étroit avec la Catalogne, et c'est l'ancien torero de Barcelone, Enrique Guillén, qui le manage. Il a aussi un autre catalan dans son staff, le banderillero Omar Guerra. Et c'est bien Solera qui sera la surprise de cette novillada de Peralta.
Si les gens rentrent aux arènes au dernier moment, le paseo ne subit aucun retard. La piste est dans un état plus que moyen, tandis que le service de piste lui est des plus étriqués et ne comporte que quatre membres. Du boulot en vue entre remise en état partielle du sable, ouverture du toril, sortie de la pancarte. Si le public de l'ombre est assez discret, celui du soleil boit et bouffe des pipas. La novillada de Pincha – un élevage qui donnait envie de se faire une idée – est remarquable de présentation, charpentée, chaque exemplaire est applaudi à son arrivée sur le sable. Les novillos ont beau taper contre les burladeros, les pointes restent intactes et ne bougent pas. À la pique, ils sont braves avec des poussées franches et fixes. Onze rencontres qui en valaient bien plus, des chevaux gigantesques en face, et des piques très appuyées. Malgré cela, les novillos de Pincha sont restés entiers jusqu'à la fin des combats, et n'ont jamais fait signe de faiblesse. De bons novillos, exigeants et intéressants. Le troisième "Oloroso", n°7, fut primé d'une vuelta, tandis que le cinquième "Tranquilo", n°4, semblait encore meilleur. Javier Marín et Alvaro García n'ont rien fait de notable, et c'est même frustrant pour eux et la suite de leur carrière. Leurs cuadrillas ont d'ailleurs eu une mauvaise gestion des lidias.


Maxime Solera est arrivé aux arènes avec le visage en sale état. Un bandage sur le front, et un cocard sous l'oeil. Il a débuté récemment, et beaucoup d'aficionados français ne l'ont jamais vu toréer. J'en fais partie. Une belle surprise, avec une technique limitée et c'est normal, mais un véritable esprit de novillero, avec la décision de bout en bout. Appliqué en mettant en valeur ses adversaires à la pique en deux rencontres au moins, du courage, une volonté de garder la muleta le plus bas possible et de peser sur les novillos. Du combat face au troisième, ce sont plusieurs séries droitières et surtout une de la gauche qui sont à détacher. Une oreille et une oreille pour Maxime Solera, pas volées du tout, une sortie en triomphe, l'anonymat pour ses deux compagnons de cartel, et l'attente légitime de pouvoir figurer l'an prochain sur les affiches de son côté des Pyrénées. Septembre en tauromachie, le mois des choses les plus inattendues.

Florent  

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