mardi 4 octobre 2016

La bataille des justes

C'est toujours un ciel incertain qui rythme les fins de saisons. Celui de Mont-de-Marsan était capricieux ce samedi, avec pas mal de gouttes tout au long de la journée, avant de s'abstenir finalement sur les coups de 17 heures. La corrida de Victorino Martín attendant dans les loges aurait dû normalement être combattue à Saint-Sever. Mais après divergences entre les organisateurs et la mairie, elle fut finalement annoncée au Plumaçon.
Hormis le premier toro qui n'était pas conforme à l'arène, les autres étaient à la fois fins de type et plutôt corrects. Quinze rencontres au cheval, en étant bravitos, sans jamais sortir seuls, mais en donnant peu de puissance et d'émotion à ce moment-là du combat. C'est d'ailleurs ce qui laisse parfois l'aficionado sur sa faim vis-à-vis du fer de Victorino Martín. Sans transmission le premier, et encastés les cinq autres.
À l'entrée en piste de ces six toros gris, on assista à une première, puisque le torero (certains disent "torère") landais Baptiste Bordes réalisa un écart à chaque fois, permettant peut-être au public d'entrer encore plus dans le vif du sujet.
C'était la seule corrida d'El Cid en France cette année. À part à la cape face au quatrième, son après-midi fut un voyage démotivé, en faisant passer les toros très loin, et sans s'engager avec l'épée. Que ce soit au premier qui était le moins intéressant, ou au quatrième, qui était un bon toro. Il n'empêche que le Cid a l'essentiel de sa carrière derrière lui. Avec les années, et quand Manuel Jesús aura pris sa retraite, ses nombreuses sorties discrètes auront été oubliées. Et pour cause, les gens ne se souviendront que du meilleur : Madrid, Séville, Bilbao, certainement Bayonne 2002 aussi. Et puis, El Cid est un torero riche. Pas seulement au sens économique du terme, mais aussi au niveau prestige et trophées. C'est d'ailleurs étonnant de le voir encore accepter autant de contrats en 2016.
Emilio de Justo et Alberto Lamelas n'ont pas, pour leur part, un statut aussi aisé. Mais quand on les voit toréer, on se dit qu'ils le mériteraient. Ces deux toreros évoluent dans des registres différents, mais ont des points communs. Deux apoderados français, Ludovic Lelong "Luisito" pour l'un, Robert Piles pour l'autre. Une situation quasi-similaire, celle de devoir gagner des contrats à chaque course. Offrir le meilleur d'eux même, s'en taper complètement de salir le costume ou de voler sur les cornes. Emilio de Justo a 33 ans, Alberto Lamelas 32. Ils ne sont pas les plus jeunes du circuit, mais à les voir, on dirait des toreros de 25 ans, morts de faim, et avec tout à prouver.
Emilio de Justo a "gagné" sa corrida de Mont-de-Marsan grâce à son triomphe d'Orthez deux mois plus tôt face à de difficiles toros de Hoyo de la Gitana. Au Plumaçon, il se présente dans un sobre costume grenat et or, et le toreo classique qui va avec. Le toro de Victorino Martín poursuit dangereusement Rafael Cañada qui a glissé au sol lors du deuxième tiers, heureusement sans conséquences. Puis Emilio de Justo, pour qui c'est seulement la seconde corrida de l'année, est disposé à triompher, à toréer pour de vrai. L'entame de faena avec le genou plié a beaucoup de cachet. Les séries qui suivent encore plus, avec torería et élégance, face à un Victorino exigeant qu'il faut tout de même canaliser. Une faena assez courte. Juste ce qu'il faut, s'arrimer comme un dingue, sans même une passe à genoux, sans une passe en rond et sans manoletinas. Juste un toreo sérieux et avec beaucoup de classe. Une estocade engagée, et deux oreilles pour Emilio de Justo, le triomphateur de l'après-midi. Devant le cinquième, difficile, le torero d'Extrémadure donne la distance, et montre aussi une facette courageuse. S'il se fait soulever en fin de parcours, il reste jusqu'au bout, en étant déterminé.
Le toreo d'Alberto Lamelas n'est pas de la même trempe, mais sa fougue et sa volonté permanentes à chaque corrida donnent envie de le revoir. Il se cogne d'ailleurs avec courage le troisième Victorino de l'après-midi, un toro difficile. Et au dernier, noble, après un début de faena brouillon, il s'adapte au fil des séries et parvient à donner de beaux muletazos. Oreille méritée.
S'ils ne seront peut-être jamais des figures de leur discipline, c'est une véritable place qui doit être faite aux toreros les plus déterminés.

Florent

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