mercredi 5 octobre 2016

La Catalogne et les toros

Si ce personnage – ou du moins son esprit – rôde au-dessus de la gare de Perpignan, à Figueres, à Cadaqués ou ailleurs, et qu'il prend connaissance de l'actualité, il doit bien rigoler.
La loi d'interdiction de la corrida en Catalogne est sur le point d'être annulée par le Tribunal Constitutionnel d'Espagne. C'est le très sérieux journal La Vanguardia qui a publié l'information ce matin. La Vanguardia est un quotidien basé à Barcelone. Par ailleurs, le Tribunal Constitutionnel doit se prononcer sur une loi qui a été promulguée par le Parlement régional de Catalogne en 2010. Soit il y a déjà six ans. Et il ne doit pas se prononcer au fond, mais sur la constitutionnalité du texte. Or, on avait remarqué l'anomalie depuis le début. La tauromachie fait partie des domaines qui ne peuvent être interdits par un Parlement régional. Et la corrida n'a pas été interdite en d'autres Communautés autonomes auparavant. Comme aux Canaries par exemple, où on dit qu'elle est "interdite" depuis 1991, chose qui est fausse car il s'agissait d'une loi de protection des animaux dans un archipel où il n'y avait déjà plus de corridas. Le Tribunal Constitutionnel répond donc à une question de droit, pas à un débat.
Et puis, quand on entend les grandes gueules de la Catalogne anti-taurine évoquer le vote d'il y a six ans, on a l'impression qu'il s'agissait d'une majorité écrasante. Or, si l'on rappelle les faits, il y avait eu 68 votes pour l'interdiction, 55 contre, et 9 abstentions. Des chiffres plus serrés que sans appel !
Cela apprendra à ceux qui ont voulu utiliser la tauromachie à des fins électorales, faisant de celle-ci un sujet de société ! En 2010, il y avait dix corridas annuelles en Catalogne, à Barcelone, soit soixante toros combattus. Honte à ceux qui en ont fait un sujet de société. Honte à ceux qui un jour ont traité les aficionados d'assassins, de pervers, ou en ont fait des sous-citoyens. Honte à ces donneurs de leçons qui ont voulu imposer un mode de pensée unique. Honte à ceux qui exploitent l'héritage de Salvador Dalí en omettant son indéniable afición.
La réalité est que la corrida n'a pas de couleurs politiques, et que mieux encore, elle fait partie de l'histoire de la Catalogne. Personne n'est obligé d'aimer la corrida ou d'y assister, mais personne ne doit pour autant se sentir obligé d'affirmer que l'interdiction de la corrida est un bien, et que ceux qui l'apprécient souffrent de troubles. Généralement, les plus farouches opposants à la corrida sont ceux qui n'ont aucune idée du sujet.
Plusieurs arènes à Barcelone, et des "plaças de braus" également à Olot, Figueres, Tarragone (celles-ci sont toujours debout), à Lloret de Mar, à Gérone, à Lérida, à L'Hospitalet, à Sant Feliu de Guíxols et à d'autres endroits encore.
Si les toros reviennent effectivement en Catalogne, cette dernière ne sera probablement pas une aussi vaste région taurine comme elle a pu l'être. Mais quelques corridas, en restant raisonnable, seraient suffisantes pour combler l'afición Catalane qui s'est sentie bafouée pendant tant d'années.
Des corridas, mais aussi des courses avec des recortadores et des "correbous", car la tradition taurine de Catalogne provient également des jeux d'esquive face aux toros. Et puis, la Catalogne possède et a possédé ses toreros. Le plus actuel, et le plus emblématique au moment de l'interdiction par le Parlement régional, c'est bien sûr Serafín Marín.
Chaque jour, on recense dans ce triste monde bien des malheurs, des peines et des tragédies. Que peut-il bien y avoir de scandaleux dans la corrida au sein de ce monde actuel ? Beaucoup d'idées reçues à combattre. Le soleil d'été, les habits de lumières, les braves attendant dans le toril, et la tension habituelle d'un après-midi de toros, c'est quand même autre chose...

Florent

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire