vendredi 7 octobre 2016

"Padilla maravilla"

C'était à Santander, en 2009. La corrida de Cebada Gago n'avait rien d'exceptionnel, et avait même sombré dans l'ennui. Face au quatrième toro, au moment des banderilles, Juan José Padilla avait pu entendre un chant habituel pour lui dans les arènes du Nord de l'Espagne. Les peñas situées aux gradins soleil avaient repris le "illa illa illa, Padilla Maravilla", à s'en démolir le larynx. Parce que Padilla, l'Andalou, a une relation étroite avec les arènes du Nord. La chanson, par ailleurs, n'a pas été inventée pour le torero. En 1992, après que Juanito, le prestigieux joueur du Real Madrid, se soit tué en voiture à l'âge de 37 ans, les supporters Merengues lui avaient rendu hommage en chantant "Juanito Maravilla". Ce qu'ils font toujours à chaque match du Real Madrid, à la 7ème minute de jeu, numéro de maillot du joueur.
En 2009, Padilla est un torero inoxydable qui a déjà ramassé des coups de corne par dizaines. Dans l'arène, il peut très bien amuser la galerie ou décider d'être sérieux. Sa technique lui permet par ailleurs d'assurer sans soucis la seconde option. Un torero athlétique, puissant, lidiador, qui prend les corridas dites "dures", et n'a pas peur d'aller au charbon. Lors de la même année 2001, il se fait percer au cou à San Sebastián en début de saison puis à Pamplona en juillet face à un Miura. Il reprend l'épée à peine dix jours plus tard à Santander !
L'aspect rock'n'roll, les habits colorés (orange, fuchsia ou fraise), la personnalité, font que pas mal de publics s'y reconnaissent et l'adulent. Lui qui aurait dû être boulanger...
Il torée beaucoup dans les années 2000 car les corridas sont très nombreuses en France et en Espagne. Parfois, le numéro lasse et l'ensemble paraît surjoué, tandis qu'en d'autres occasions, Padilla impose le respect en étant d'un grand sérieux.
Comme pour la saison 2011, où à Dax par exemple, le président Dussarrat lui octroie une oreille après un combat âpre et une grande estocade devant un Dolores Aguirre. Dans ces saisons-là, Juan José Padilla semble désormais hors de portée d'un grave coup de corne, car les toros l'ont déjà énormément châtié, et parce qu'il lui faut bien une période plus chanceuse.
Manque de chance, Saragosse, soirée du vendredi 7 octobre 2011. Le quatrième toro d'Ana Romero, "Marqués", le prend au sol à la sortie d'une paire de banderilles, et lui inflige un effroyable coup de corne entrant sous la mâchoire, atteignant l'oeil et s'arrêtant à la base du crâne. On pense au pire, au plus pessimiste, car le coup de corne est destructeur sur le côté gauche du visage. A peine quelques heures plus tard, Padilla fera savoir par l'intermédiaire de ses proches qu'il souhaite revenir au plus vite dans une arène. Ce qui sera le cas moins de cinq mois après...
Cette terrible blessure de Saragosse à la fin de la saison 2011 a quand même jeté un froid sur les aficionados, à un moment où l'on ne s'attendait pas à une telle chose. Et une certaine malédiction à venir... car les principales arènes d'Aragon (qui n'est pourtant pas la région la plus prolifique en corridas en Espagne) connaîtront ensuite ce qu'il faut compter parmi les plus graves coups de corne observés. Morante de la Puebla en 2013 à Huesca, Francisco Rivera Ordóñez en 2015 lui aussi à Huesca... et surtout, le coup de corne dramatique car mortel reçu par Víctor Barrio le 9 juillet 2016 à Teruel.
Il y a cinq ans, le soutien envers Juan José Padilla avait été total, avec le fameux #FuerzaPadilla. Le torero, tellement robuste, avait fini par revenir. Sa carrière est différente depuis, car il n'affronte pas les mêmes élevages qu'auparavant. Mais c'est une carrière qui a déjà plus de 25 ans dont il est question, Padilla ayant pris l'alternative en 1994.
Si aujourd'hui, en recherchant sur la toile une image de Juan José Padilla, 90% des propositions seront des clichés de lui en habit de lumières les années après l'accident, ce qui est tout de même assez rageant. Car au moment d'être blessé en 2011 à Saragosse, Padilla avait déjà plus de vingt ans de carrière derrière lui. Le voyeurisme, aussi, a fait que les images du torero "pirate" ont été les plus consultées. Mais avant d'être pirate, Padilla était Cyclone, et le sera toujours. Quelle leçon – dépassant complètement le cadre de la tauromachie – aura été celle qu'il a pu démontrer en surmontant l'une des plus grandes difficultés : un handicap. Exemplaire.
En toréant toujours à l'heure actuelle, Padilla n'est pas à l'abri d'autres coups de corne. Il en a d'ailleurs reçu d'autres et les toros continuent à lui rappeler ce danger, celui qu'il a pleinement consenti en décidant un jour de devenir torero.
Voilà donc cinq ans, après ce 7 octobre 2011. Au-delà du torero, de son style, de sa personnalité dans l'arène, appréciée ou non, il y a ce miracle. Certainement la plus dingue des histoires en plusieurs siècles de tauromachie. Comprenez si un jour vous les entendez chanter "Padilla Maravilla"...

Florent

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