mercredi 16 novembre 2016

Le toro de Céret (Rétro 2016)

Quelques jours avant que ne débute la feria de Céret, il y avait un toro dans les corrales qui animait déjà les conversations. Un toro noir d'Aurelio Hernando, le numéro 16. Imposant, avec des cornes infinies et pointues. C'était "Casote", et le tirage au sort le désigna comme premier toro de la feria, le samedi 16 juillet, pour Curro Díaz.
En plein coeur d'un été malheureusement fourni en tragédies. Quoi qu'il en soit, Céret reste Céret, et ce toro au centre de l'arène plante le décor. Céret est l'épicentre tauromachique d'une région, puisque c'est elle qui donne désormais le coup d'envoi de la saison taurine catalane depuis cinq ans. Pour l'ouverture cette année, c'était une corrida d'Aurelio Hernando, dont plusieurs toreros prétendent que cela peut "salir bueno" : sortir bon, de leur point de vue, et donner des possibilités. Curro Díaz qui n'est jamais venu dans cette arène, et Iván Fandiño qui n'a plus fait le paseo ici depuis neuf ans, sont à l'affiche. Et ce premier toro "Casote", de 540 kilos, est d'une présence terrible. Il est applaudi à son entrée en piste, prend quatre piques en sortant seul... mais alors, quelle impression de voir un toro comme ça sur une aussi petite piste. "Casote" aura au final été un toro dur et coriace, sans facilités. Un toro de Céret.
Un jour, l'aficionada cérétane Denise Amalia Vargas, qui signait souvent ses chroniques "D.A.V", avait affirmé que Céret était une sorte de Bilbao française. Certes, ces deux plazas ont sur la forme peu d'éléments comparables. Bilbao est une arène de 15.000 places, avec une feria d'une semaine, durant laquelle viennent toréer les vedettes. Céret est une arène de 3.700 places, avec une petite piste, et une politique taurine bien différente, basée sur des audaces.
Cependant, si l'on compare ces deux arènes dans leur propre environnement, on remarque que Céret est restée fidèle à sa tradition, et que Bilbao beaucoup moins, l'arène Basque se retrouvant désormais à la recherche d'une stabilité et d'un second souffle.
Avant 1988, et donc avant que n'existe l'ADAC, on trouvait déjà à Céret un attrait pour le toro fort, sérieux et des plus respectables. Les anciens pourront raconter les courses les plus épiques, souvent même des novilladas : Cortijoliva 1973, Picazo de Malibrán 1977, et bien d'autres...
Céret de Toros est de nos jours une feria très attendue par les aficionados. Peut-être même trop parfois. À bien y regarder, il arrive à certains d'oublier l'aspect expérimental de pas mal de corridas dans cette arène, en exigeant des toros qui poussent lors de quatre ou cinq piques chacun, et permettent une cinquantaine de passes avec émotion ensuite. Une alchimie pratiquement impossible à trouver. Et il ne pourra probablement jamais en être ainsi. Il y a bien trop d'incertitudes en tauromachie, et aucune recette miracle.
Néanmoins, Céret attend son grand toro, ou son grand lot de toros, depuis plusieurs saisons. Un truc hors du commun. Le meilleur, au niveau toro, ces trois ou quatre dernières années, c'était probablement des exemplaires d'Adolfo Martín en 2014. Mais au niveau feria complète et vibrante, on reste toujours sur le souvenir de 2010.
Pour 2016, les toros les plus intéressants sont sortis au début de chaque course, exception faite du toro de réserve de Miguel Zaballos. Les plus marquants auront été le premier Aurelio Hernando, les deux premiers novillos de Vinhas, et le premier Moreno de Silva. Et ce n'est jamais un avantage pour un ganadero de voir ses meilleurs produits sortir en début de corrida.
Si ce n'est qu'un seul week-end dans l'année, Céret est toujours une feria très attendue. Le toro au centre des débats. Mais il faut aussi respecter tous ces toreros et novilleros qui viennent à Céret, car c'est accomplir un geste que de toréer à cet endroit. Ce serait peut-être encore mieux aussi, si à l'avenir, les présidences indépendantes de l'ADAC étaient plus justes avec les toreros, et un peu moins radines. Pas en balançant systématiquement des trophées, mais en donnant des oreilles qui tout de même, en y réfléchissant quelques instants, n'auraient rien de superflu. En donner cette année à Curro Díaz pour son valeureux combat face à "Casote", à Fandiño pour son modèle d'estocade, ou à Alberto Aguilar pour avoir bataillé face à un toro gris de Moreno de Silva. Des choses à valoriser absolument.
En 2017, ce sera la trentième édition de Céret de Toros. Reviendront certainement une ou plusieurs ganaderías qui ont marqué l'histoire de l'Association des Aficionados Cérétans. On pense notamment à José Escolar Gil, qui a connu bien des triomphes dans cette arène. Escolar Gil ou autres, l'espoir d'assister en ces lieux à des choses sortant de l'ordinaire demeure, et ce chaque année. En attendant le toro de Céret.

Florent

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