mardi 29 novembre 2016

Toros en Boujan (Rétro 2016)

Il est assez fascinant de constater qu'en France, chaque ville où l'on célèbre des corridas et des novilladas possède une histoire taurine différente. Depuis trois ans, on entend fréquemment parler de Boujan-sur-Libron, petite commune faisant partie de l'agglomération biterroise, car elle organise pas moins de trois ferias par an ! Une en juin (qui passera en 2017 au mois de juillet), une en août, et une en septembre.
Pourtant, la tradition taurine de Boujan-sur-Libron, qui paraît récente à première vue, aurait très bien pu prendre fin il y a dix ans.

Pendant des années, ce sont des novilladas sans picadors qui s'y donnaient, dans une arène dont il n'est pas péjoratif de dire que c'était une structure de fortune. Une enceinte, avec des barrières et des burladeros, et les gradins métalliques montés à part, à quelques mètres d'écart. S'y donnaient donc des novilladas sans picadors avec l'appui du club taurin local au mois d'août, à l'exception d'une année, où Rafael Cañada fut invité à combattre un toro de Miura !
Toujours dans la même arène, le 5 août 2006, ce fut la première novillada piquée à Boujan. À l'affiche, trois novillos de Gallon et trois de Robert Margé pour Antonio João Ferreira, José Caraballo et David Oliva. Sur l'image, provenant de la page internet de la peña Oliva de Béziers, on peut voir le portugais Ferreira, exécutant une passe de poitrine face à un novillo de Margé. Les articles d'archives de l'époque font état d'un retard de trente minutes de la novillada, en attendant l'arrivée d'une ambulance. La novillada avait été un succès, aussi bien dans son contenu que dans l'affluence aux arènes, ce qui avait conduit l'organisation à renouveler le pari l'année suivante.
Samedi 4 août 2007. Novillada piquée de Gallon pour Enrique Guillén, José Caraballo et le français Jérôme Chan-The-Rang dit "El Chino". L'après-midi festif prit malheureusement très vite une tournure tragique, puisque le premier novillo de Gallon sauta les barrières et se retrouva tout proche de la foule. Dans son échappée, il blessa deux personnes, dont une très sérieusement. Le catalan Enrique Guillén, qui aujourd'hui est apoderado du français Maxime Solera et du matador Vicente Soler, avait eu à estoquer le novillo de Gallon sur le terrain de basket-ball situé à côté. Rocambolesque... mais surtout dramatique. Bernard Coffin, président d'un club taurin à Béziers, et qui fut blessé par le novillo, décéda à l'hôpital des suites de l'opération. Un drame.
Cela aurait pu par ailleurs mettre un terme définitif à la tauromachie à Boujan-sur-Libron. Et il n'y eut pas de novillada en 2008. Quelques années plus tard, en 2013, le maire de l'époque Raymond Faro (décédé en 2014), ainsi que son adjoint, furent condamnés à de la prison avec sursis ainsi qu'à des dommages-intérêts, pour violation d'une obligation de sécurité.
Avant le procès, la justice avait même eu recours à une reconstitution. Dans tous les cas, cette histoire datant de 2007 avait fait assez peu de bruit par rapport à sa gravité dans la presse taurine, et encore moins dans les médias en général. Il faut dire aussi que c'était le mois d'août, et que le nombre de ferias et de corridas à cette période de l'année est colossal.

Boujan-sur-Libron retrouva assez rapidement des toros, avec l'organisation de novilladas sans picadors dès l'été 2009. Tout cela dans de nouvelles arènes, métalliques, mais bien plus solides et aux normes cette fois. Des arènes portatives, restant cependant à l'année à Boujan, puisqu'elles ont été achetées par la commune. Elles seront baptisées plus tard du nom de Philippe Castelbon de Beauxhostes, dont un parent avait été à l'initiative à la fin du XIXème siècle de la construction des arènes de Béziers.
Le 7 août 2009, jour de la première course dans les nouvelles arènes de Boujan, il y avait une novillada sans picadors avec l'élevage français de Granier... et un certain Víctor Barrio parmi les novilleros à l'affiche.
Les non piquées se succédèrent encore d'année en année à Boujan, toujours au mois d'août. En 2013, c'est Andrés Roca Rey qui fut le triomphateur de la feria après avoir coupé deux oreilles à un eral de Robert Margé.

Et en 2014, nouveau rebondissement. À son élection, le nouveau maire déclara que la traditionnelle feria de non piquées du mois d'août se ferait désormais sans mise à mort ! Mais les aficionados furent vite rassurés, car une corrida s'organisa au mois de septembre 2014 à Boujan.
Cette date de septembre est toujours présente dans le calendrier aujourd'hui, tout comme la feria de becerradas au mois d'août.
Une nouveauté cependant, et pas des moindres, est apparue en 2015. Des organisateurs indépendants de la commune, ont décidé de monter une feria de novilladas avec picadors. Chose qui n'est pas si fréquente par les temps qui courent !
À la tête de cette audacieuse organisation, il y a Michel Bouisseren, qui s'est fait connaître par le biais d'une page sur les réseaux sociaux, "Brèves Taurines", et qui évoque la tauromachie "sans langue de bois" comme il le dit lui-même.
Première feria en juin 2015, non piquée de Robert Margé, et deux novilladas de Partido de Resina (avec Manolo Vanegas, Andrés Roca Rey et Joaquín Galdós) et de Cebada Gago (dont le triomphateur fut Vicente Soler). Et d'autres noms prestigieux en 2016, avec José Escolar Gil, les Curé de Valverde de Jean-Luc Couturier, et la présence par deux fois du valeureux novillero vénézuélien Manolo Vanegas. En bien ou en mal, mais surtout en bien car une feria de novilladas piquées est une chose rare par les temps qui courent, on entend souvent parler de Boujan-sur-Libron.

C'est l'arène française qui a dévoilé en premier ses plans pour la saison 2017. Le premier week-end de juillet, avec des novilladas de Los Maños et Dolores Aguirre, encore des noms de ganaderías prestigieuses pour les aficionados a los toros. De quoi remplir des attentes de combats complets, de la pique jusqu'à l'estocade. Un nouveau pari, une troisième feria d'affilée, la première feria de novilladas piquées de l'année en France... et un autre pari qui se murmure, celui de programmer de nombreux novilleros français.

Florent 

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