dimanche 4 décembre 2016

Toro de cinco, torero de veinticinco

Un adage connu en tauromachie : le toro de cinq ans, et le torero de vingt-cinq ans. Sur ce superbe cliché de Chapresto, on voit Enrique Ponce, celui des années 90, torero de vingt-cinq ans à ce moment-là et correspondant ainsi à la formule.
Deux décennies plus tard, Enrique Ponce réalise toujours des saisons complètes. C'est même colossal de parvenir, après un quart de siècle d'alternative, à tenir toute une année (corridas sur le continent Américain comprises), sans montrer signes de fatigue ou de lassitude.
Enrique Ponce, pourtant, a récemment déclaré qu'il ne serait pas contre certaines fantaisies, sans pour autant modifier l'essentiel de la corrida. En quelque sorte, il aimerait bien, plusieurs fois par an, connaître des sorties version spectacle sons et lumières, comme à Istres en juin 2016.
Il profite aussi d'une critique qui ne lui a jamais été autant favorable. Enrique Ponce a toujours eu des partisans et des détracteurs, mais c'est une forme d'unanimité qui se rapproche ineroxablement d'année en année. Du style "pas touche à Ponce". Quasiment toutes les faenas semblent faciles pour le torero de Chiva, qui n'a guère besoin de se forcer pour dominer la situation. Il faut dire aussi que les toros qu'il a tendance à affronter ces dernières saisons ne sont pas les plus coriaces qui existent. Pourtant, quand ceux-là sortent, tel le dur toro de Puerto de San Lorenzo que Ponce eut à estoquer en 2010 à Bilbao, parce qu'il avait blessé Iván Fandiño et son banderillero, le torero avait assuré avec grande technique.
C'est cette technique, ce temple et ce calme qui permettent à Enrique Ponce de mener une telle carrière, et de paraître souvent en démonstration. En revanche, il arrive parfois d'entendre – propos rares mais avérés ! – que Ponce n'est regardable que depuis deux ou trois ans, tandis qu'auparavant il semait l'ennui.

Mémoire courte. Si l'on se replonge dans les archives des années 90, Enrique Ponce était déjà considéré comme une figure. Celui qui alternait dans une période incroyable, et fournie en toreros vedettes, partageant l'affiche avec Manzanares père, César Rincón, Joselito, José Tomás, entre autres. Une époque de véritable rivalité dans l'arène, chose qui a tendance à disparaître aujourd'hui, et où les toreros se mesuraient dès le tiers de piques avec des duels aux quites.

Dire qu'Enrique Ponce est en 2016 au meilleur moment de sa carrière est un postulat contestable. Cela voudrait dire que toutes les années précédentes auraient moins de valeur. Mais Enrique Ponce était déjà au plus haut niveau dans les années 90. Torero de vingt-cinq ans, en pleine forme, à l'apogée de sa carrière... même si celle-ci durera considérablement.

Enrique Ponce a débuté très jeune en novillada piquée, à l'âge de 16 ans à peine. Prétendre qu'il faut un autre Ponce à l'heure actuelle est impossible, car toutes les carrières sont différentes. Cependant, avoir un équivalent de maîtrise technique et de calme face aux toros paraît difficile. Pas seulement parce que l'avenir de la corrida est menacé par de potentielles lois, mais parce qu'il y a beaucoup moins de novilladas qu'à l'époque de la génération de Ponce, et généralement peu d'opportunités pour les novilleros. Dans ce contexte, voir un torero éclore et pouvoir envisager une telle carrière semble pratiquement impossible. En grande partie responsables sont ceux qui auront laissé à l'abandon les novilladas...

Florent  

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