vendredi 15 avril 2016

Manuel Assunção Coïmbra

En parcourant les sites spécialisés portugais ce matin, on pouvait apprendre la disparition de l'éleveur Manuel Assunção Coïmbra, 58 ans, deux mois à peine après celle de Fernando Pereira Palha.
Les souvenirs récents des toros de Coïmbra à Céret sont encore présents. Il y avait eu une belle course en 2009. Et en 2010, juste avant le paseo, les critiques du Sud-Est avaient remis en piste leur prix à la meilleure corrida de 2009 à Manuel Assunção Coïmbra. Sous un ciel lourd, cette corrida de 2010 avait été épique, avec des toros puissants, voire violents, et 26 rencontres au total face à la cavalerie Bonijol. Il y avait une belle affiche ce jour-là, avec Rafaelillo, Sergio Aguilar et Morenito de Aranda. L'après-midi avait commencé de manière mémorable avec ce toro, Espião, numéro 34, de 550 kilos, et face auquel Rafaelillo avait livré une bataille intense.

Florent

(Photo de François Bruschet)

mardi 12 avril 2016

Le maillon faible

Prendre le chemin des arènes, un matin ensoleillé, les Pyrénées toujours enneigées en arrière-plan, et repenser à l'ami qui est parti trop tôt, trop jeune. Se dire qu'on se reverra peut-être, aujourd'hui, dans six mois, ou un an, se le dire innocemment. Se dire aussi que la vie serait en réalité plus légère qu'on ne le penserait, et croire encore en cette rencontre malgré tout. Il existe une expression qui affirme qu'il faut "vivre avec", même si la réalité condamne en fait à "vivre sans".
Si un périple lors d'une grande feria est alléchant, en consacrant son attention sur une grande arène, il ne faut pas négliger la saison des petites plazas, toutes différentes les unes des autres, et offrant chacune un charme particulier. Dimanche, c'était au tour de Garlin, qui annonçait pour la quatrième année d'affilée des novillos de Pedraza de Yeltes. Car c'est dans cette petite arène du Béarn que les Pedraza ont été présentés pour la première fois en France. Schématiquement, l'histoire publique de cet élevage commence en Espagne par les corridas d'Azpeitia, et en France avec les novilladas de Garlin. La première à Garlin en 2013, avec un statut d'outsider, et trois ans plus tard, celui d'un élevage parmi les plus demandés, y compris par les plus grandes arènes. L'impact de Pedraza de Yeltes à Garlin en a même fait oublier que quelques années auparavant, c'est l'élevage de Joselito qui y était souvent sollicité, avec comme point culminant "Oracundo" en 2010, un novillo exceptionnel au pelage blanc. Garlin, par prime à l'ancienneté, a bénéficié cette année de la seule novillada de Pedraza de Yeltes, avec des exemplaires qui ne pouvaient pas prétendre à une sortie en corrida. Si avec le temps, Garlin doit se passer de cet élevage, il ne faudra pas désespérer. Pourquoi pas une autre bonne surprise après Joselito et Pedraza.
Pour la quatrième année d'affilée aussi, Garlin proposait une formule unique en son genre. A savoir que le meilleur des deux novilleros du matin participerait à la novillada de l'après-midi. Une arme à double tranchant, qui permet de découvrir un novillero en plus le matin. Mais l'on peut aussi peser le pour et le contre. Car qualification signifie aussi élimination. Dans ce cas de figure, cela ressemble un peu à ce qu'était la Coupe Intertoto pour les clubs européens. Si tu perds en début de saison, c'est fini, et l'on ne te reverra plus. Malheur au perdant. Par exemple, le novillero Luis Manuel Terrón, qui avait été intéressant en montrant de bonnes dispositions en 2015, n'a plus été revu en France depuis. Cette année, c'était au tour d'Alberto Escudero, souffrant d'une lésion à l'épaule nous dit-on. Une lidia appliquée de sa part, face à un novillo brave et noble, avec l'impression d'un novillero qu'il faudra revoir. Hélas, sa cuisante déconvenue avec l'épée l'a quasiment éliminé d'office. Le second novillo de cette qualif' matinale était impressionnant, et faisait penser en morphologie à ce que l'on a déjà vu de Pedraza de Yeltes en corrida. Sauf pour les cornes, qui cette fois étaient défectueuses. "Pomposito", ce colorado qui ne devait pas être loin des 600 kilos, a été très puissant et brave en trois piques, après avoir dégommé un burladero à son entrée en piste. Un toro-novillo, brave, exigeant, devant lequel Diego Carretero fit de son mieux avec sincérité. Une conclusion efficace lui permit d'intégrer le cartel de l'après-midi.
Devant des arènes pleines, à partir de 16 heures 30, on remarqua que les lidias furent beaucoup moins appliquées que le matin. Quasiment tous les novillos (sauf le dernier) allèrent au cheval sans être mis en suerte. Attirés comme des aimants, mais rarement canalisés par les cuadrillas. L'endroit de la pique, à une dizaine de mètres à peine du toril, semble à revoir, même si la configuration de l'arène ne permet pas beaucoup de solutions. Oscar Bernal reçut logiquement le prix au meilleur picador pour la lidia du sixième, qui fut la seule appliquée de l'après-midi. Pour le reste, il y eut des moments d'absence, voire de panique, heureusement maîtrisés par les interventions de messieurs Bonijol et Langlois. L'an dernier, Luis Miguel Leiro avait eu le prix au meilleur picador, cette année, c'est lui qui a été le pire (face au quatrième). Tout peut donc basculer d'une année à l'autre.
Chez les novilleros, Joaquín Galdós a confirmé ce qu'il avait montré à Mugron, un toreo mécanique, très profilé, sans surprise, et peut-être déjà l'esprit à l'échelon supérieur, car Galdós est d'ores et déjà annoncé dans d'autres arènes après son alternative, un luxe dont peuvent se vanter bien peu de novilleros. A Garlin, il toucha d'abord un petit novillo, laid de présence, mais qui possédait du fond, brave en deux piques, et noble ensuite. Après cela, le péruvien Galdós fut en-dessous du quatrième, "Bellito", le novillo de l'après-midi, brave et puissant au cheval, en provoquant une grande chute, et qui tint debout tout le combat malgré le lourd châtiment, avec caste, bravoure et noblesse. Grande ovation à l'arrastre, et une oreille qui ne passera pas à la postérité pour Galdós.
On retrouva aussi Diego Carretero, qualifié le matin, qui montra encore un bon concept, mais allongea jusqu'à l'excès chacune de ses faenas. Un peu léger techniquement, Carretero est intéressant dans ce qu'il propose de par ses placements face au toro et son désir de bien faire les choses. Il eut tout d'abord un adversaire noble et de peu de forces, qui lui infligea une rouste d'anthologie au moment de l'estocade, puis un autre novillo plus intéressant cette fois, encasté, mais étouffé après une accumulation de muletazos et trop peu de distance dans la faena.
La technique que l'on devine chez le mexicain Luis David Adame devrait lui permettre de faire davantage que ce qu'il a montré à Mugron et Garlin. Toujours sérieux et spectaculaire aux banderilles, intéressant dans le registre mexicain avec les zapopinas, le reste est un peu plus truqueur. Tout d'abord face au troisième, très protesté à cause d'une boiterie à son entrée en piste, qui prit une seule pique, mais récupéra au cours du combat. Et aussi face au sixième, brave en deux rencontres et très noble, auquel Adame servit une faena portant sur le public, mais avec des effets un peu faciles. Ce sixième novillo eut un tour de piste, alors qu'il ne semblait pas être le meilleur du lot. Adame repartit quant à lui de Garlin avec trois oreilles, après avoir cherché à chaque fois des estocades basses et d'effet rapide laissant songeur. Le petit frère de Joselito Adame devra être moins filou à l'avenir s'il veut faire carrière.
Aux arènes, on s'intéresse à ce que l'on voit, et l'on est aussi curieux de ce qui se passe en coulisses, de ce que l'oeil ne peut apprécier. On pouvait donc repenser à Alberto Escudero, ce novillero "éliminé" le matin. Peut-on malgré tout assister à une course à laquelle on n'est pas convié pour toréer ? Mystère. Le fait est que généralement, le novillero éliminé le matin à Garlin n'est pas revu ailleurs au cours de la saison. Il y avait de quoi y repenser en voyant Luis David Adame et le mayoral (Curro Sánchez, qui avait changé de tenue après avoir piqué le cinquième) sortir en triomphe au soleil couchant. Escudero, lui, ne goûtera probablement pas à ce type de triomphe au printemps et à l'été qui viennent, et il ne pourra guère apprécier l'ambiance des grands soirs. Vous êtes le maillon faible, au revoir.

Florent

vendredi 1 avril 2016

José Tomás à Mugron

Ce n'est ni un poisson d'avril, ni l'image d'un sosie. Au regard fermé et un brin maléfique, dans un habit turquoise et or, José Tomás a bel et bien toréé à Mugron. Alors novillero, c'était le 17 avril 1995, en compagnie du rejoneador Pablo Hermoso de Mendoza (qui n'était pas encore une vedette), du français Luisito, et du cordouan Rubén Cano "El Pireo" (qui comme l'Olympiakos, doit son surnom au port du Pirée, à Athènes), face à des novillos d'Antonio Ordóñez. Ce cliché figurait la semaine dernière au sein d'une exposition affichée à Mugron, sous un chapiteau, et qui retraçait l'histoire des arènes.
Une expo fort intéressante, et qui faisait mesurer à quel point les longues destinées (de toreros ou de ganaderías) commencent avant tout dans les petites arènes. D'ailleurs, c'est également lors d'un week-end pascal, un matin de mars 1997, que Sébastien Castella porta pour la première fois l'habit de lumières... à Aignan.
Par ailleurs, on remarque que ce sont surtout les petites arènes du Sud-Ouest qui sont parvenues à pérenniser leur identité avec le temps, bien plus que celles du Sud-Est, et même s'il existe des exceptions. Le maintien de ces valeurs, qui passent par les novilladas avec ou sans picadors, est salutaire. Et l'aficionado qui s'empresse seulement aux portes des grandes arènes, en quête d'événements, ne devrait pas oublier que l'histoire débute en d'autres endroits, la plupart du temps dans de petites places.
Ces petites arènes sont souvent celles qui vivent les aléas de la vie associative, peuvent se retrouver pénalisées par la météo, ou faire la différence dans le budget grâce à la buvette. Elles dépendent surtout de leur seule course annuelle.
Toutes ces histoires-là, d'afición locale, qu'elles soient dans les mémoires, ou qu'elles figurent sur des panneaux d'expositions, ont leur importance.

Florent