mardi 27 décembre 2016

Just(o) do it

C'est enfoncer une porte ouverte d'affirmer que la tauromachie repose sur un système injuste. Cela vaut autant pour les élevages que pour les toreros. Il y a ceux qui sont programmés du début à la fin de la saison, et puis il y a les autres, qui doivent se contenter des miettes.
Si elle était un sport, la tauromachie serait la seule discipline où une éclatante victoire ne vaut pas automatiquement qualification pour le tour suivant de la compétition.
Ressassez les noms de toreros qui ont connu le succès, auraient mérité d'être revus, mais sont tombés aux oubliettes, malgré leur potentiel et leurs qualités. Il en existe pas mal. Emilio de Justo devrait être un de ceux-là.
On dit parfois que l'on n'a "jamais aussi bien toréé qu'à l'heure actuelle". Une affirmation absurde, tout d'abord parce qu'elle n'est pas vérifiée, et puis parce qu'il est inutile de comparer les époques, les toros, les toreros et les publics. Ce dicton aurait même tendance à maintenir l'hégémonie de ceux qui se partagent la plus grande part du gâteau. Et pourtant, ce n'est pas injurier ces vedettes que de dire qu'il arrive de voir toréer mieux qu'elles. Magie de la tauromachie, de l'incertitude, et de la motivation de toreros prêts à tout pour aller au bout de leur rêve.
Ces derniers sont essentiels pour le renouvellement dans la corrida, pour son maintien et son avenir.
Sur l'affiche d'Orthez au mois de juillet, assez déloyalement concurrencée par une autre corrida de registre torista le même jour à Mont-de-Marsan, c'est le nom d'Emilio de Justo qui apparaissait en troisième pour affronter les toros d'Hoyo de la Gitana.
Et déjà, quelques semaines avant cette corrida, on pouvait noter la confusion dans certains esprits. Pas mal avaient un sentiment de déjà vu, avec en tête le nom de "Justo". Mais ce n'était pas le même ! Le grand, il s'agit d'Alvaro Justo, né en 84, torero de la région de Madrid, et qui avait été plus qu'un espoir dans les années 2000. Leader du classement en 2004, avec en prime une sortie en triomphe à Madrid. Malheureusement, au fil des années, et après avoir pris l'alternative, Alvaro Justo a disparu de la circulation.
Pour Emilio de Justo, qui n'a pas de lien de parenté avec le précédent, né en 83 en Extrémadure, c'est un peu (voire beaucoup) le chemin inverse. Emilio de Justo n'a toréé qu'une seule fois en France en novillada, c'était en 2006 à Garlin. Alternative en 2007 chez lui à Cáceres, confirmation à Madrid en 2008 avec honneur face aux Juan Luis Fraile, et une oreille à Madrid en 2009 ! Mais en 2010, en pleine San Isidro, Emilio de Justo affronte une corrida de Los Bayones, se plante, et entend les trois avis ! Les arènes étaient pleines ce jour-là. Et c'est le purgatoire qui suivit, l'obligeant à toréer uniquement en Extrémadure les saisons d'après, sauf une année où il alla au Pérou.
Il est difficile pour un torero de rebondir après un tel coup du sort. Pourtant, Emilio de Justo a ensuite retrouvé le succès dans de petites arènes. Et en 2015, il a même toréé un seul contre six à Hervás, dans la région de Cáceres, face à des toros d'origines différentes. Un grand triomphe, mais qui ne lui laissera incompréhensiblement aucun contrat pour la saison suivante en Espagne.
Alors quand il torée en juillet 2016 à Orthez, c'est sa toute première corrida de l'année. Les présents racontent que la corrida d'Hoyo de la Gitana, ce n'est pas de la tarte, mais qu'Emilio de Justo se débrouille et s'accroche pour glaner deux oreilles et une sortie en triomphe, la première pour un matador depuis 2008 à Orthez.
Un triomphe qui n'est pas sans lendemain pour Emilio de Justo, puisqu'il se retrouve à l'affiche de la corrida de Victorino Martín début octobre à Mont-de-Marsan. La chance semble être revenue par rapport aux dernières saisons. Le toro du succès s'appelle "Vencedor" de Victorino Martín. Emilio de Justo est en pleine confiance, tandis que c'est seulement sa deuxième corrida de la saison. On le voit dès les passes de cape et les mises en suerte appliquées. Cela se confirmera à la muleta, avec classicisme, authenticité, courage et pureté. Deux oreilles après une faena brève et intense. Peut-être pas jusqu'à une ressemblance, mais il y a au moins des airs de José Miguel Arroyo "Joselito" chez cet Emilio de Justo. Des airs rassurants, ceux de la maîtrise, sans aucune précipitation.
L'hiver dernier, nul n'aurait pu prédire qu'Emilio de Justo allait recevoir en fin de saison des distinctions le considérant comme triomphateur. Nul n'aurait même parié le voir annoncé sur une affiche. Et pourtant, grâce à deux corridas, Emilio de Justo a de quoi regarder l'avenir avec davantage de sérénité, loin des périodes de vaches maigres. Il sera particulièrement attendu en 2017, à l'égard des prix décernés, mais aura certainement à coeur d'aller plus loin et de ne pas en rester sur ces deux succès...

Florent

(Image de Laurent Bernède : Emilio de Justo le 1er octobre à Mont-de-Marsan)

vendredi 23 décembre 2016

Samedi 9 (Rétro 2016)

C'était son dernier brindis. Un brindis au public, celui des arènes de Teruel. Le dernier brindis n'est pas qu'une simple hypothèse, cela peut aussi être un fait réel. Il montre en tout cas que le métier de torero ne ressemble à aucun autre au monde. Le brindis, dédier le combat d'un toro, c'est un élément solennel de la corrida parmi tant d'autres. La gravité qu'il peut revêtir rappelle que l'espérance de vie reste précaire dans une arène, et que tout peut basculer.
Ce samedi 9 juillet 2016, pour le torero Víctor Barrio, tout a basculé. Et il y a des dates comme ça pour lesquelles on est voué pour toujours à se souvenir. Dans la vie d'un aficionado, la mort brutale d'un torero, quel qu'il soit, est toujours marquante.
Un événement dramatique, qui nous fait même nous rappeler ce que l'on faisait à ce moment-là.
Samedi 9 juillet. Dans d'autres circonstances et contextes, la saison comporte déjà deux toreros disparus après avoir été blessés dans l'arène : Rodolfo Rodríguez "El Pana" le mexicain, et Renatto Motta le jeune novillero péruvien.
Le samedi 9, c'est encore calme au niveau tauromachique dans les arènes d'Europe, la grosse vague de courses n'arrivant qu'à partir de fin juillet et début août. On pourrait être à Céret ce samedi 9, puisque c'est le week-end traditionnel de la feria. Mais cette année, les organisateurs l'ont décalée au week-end du 16 et du 17. Comme raisons qui ont été évoquées les mois précédant Céret de Toros, il y avait la possibilité de téléviser la feria grâce à cette nouvelle date, qui ne coïncidait pas avec Pamplona. La feria de Céret des 16 et 17 juillet ne fut pas télévisée. Et il n'y eut donc pas de course le 9 dans cette arène.
Je me souviens que ce samedi 9, j'étais du côté de Marseille, une ville que je connais très peu. C'était une superbe journée estivale. Au loin, j'ai aperçu une pancarte indiquant le Parc Borély, ce qui tauromachiquement parlant n'est pas anodin, même s'il ne reste aujourd'hui aucune trace et bien peu de témoignages des vestiges taurins. C'est dans ce Parc que se tenait l'une des dernières plazas de toros de Marseille, dans les années 50. Y ont notamment toréé en l'espace de quelques années Julio Aparicio père, Chicuelo II, Manolo Vázquez, Antoñete, Diego Puerta, Antonio Ordóñez, Pepe Cáceres, Luis Miguel Dominguín... ce qui n'est pas rien ! Et des toros aussi, qui y ont été combattus, des Yonnet, des Dionisio Rodríguez, des Rocío de la Cámara, et des portugais, des Oliveira Irmãos, des Duarte de Atalaya, des Infante da Cámara, etc. Cela fait toujours quelque chose d'imaginer ce que pouvaient être les après-midis de toros dans une grande ville, là où tout le monde ou presque ignore désormais cette histoire. Imaginer, et s'imaginer, l'époque, les arènes, le décor, la vie d'une ville taurine un jour de corrida. Et il y a bien sûr un décalage, comme s'il était dorénavant impossible de recréer pareille atmosphère alors que tout s'est évaporé depuis des décennies.
On entend souvent parler de Marseille dans l'actualité, mais rarement pour des choses positives. Je suppose pourtant que cette ville ne se résume pas à la criminalité, aux trafics et à l'insécurité.
Il y a des bouchons ce soir-là à Marseille, et la nuit n'est pas encore tombée. Le temps de consulter les infos relatives aux quelques corridas de ce samedi. Pamplona, Éauze, Teruel, entre autres.
Le début de l'été est déjà marqué par de graves blessures. La pire, c'est celle subie par Manuel Escribano le 25 juin à Alicante. Un type de blessure qui a davantage tendance à se produire en fin de saison, comme au mois de septembre. Un peu avant 8 heures du soir, j'aperçois des photos et des nouvelles assez préoccupantes de Thomas Dufau, blessé à la cuisse par un toro de Bañuelos à Éauze. Sur l'image, le coup de corne a l'air impressionnant. Il sera heureusement assez superficiel et sans conséquences. Cela doit être à peu près à ce moment-là que Víctor Barrio s'avance sur le sable de Teruel pour dédier au public le toro "Lorenzo" de Los Maños. C'est un défi ganadero avec trois Ana Romero et trois Los Maños pour Curro Díaz, Morenito de Aranda et Víctor Barrio, qui après avoir beaucoup toréé en tant que novillero, tente de se faire une place parmi l'escalafón des matadors.
Le coup de corne de Dufau est inquiétant, et quelques minutes plus tard, on apprend que Víctor Barrio a lui aussi été touché. Les réseaux sociaux (notamment Twitter) sont impressionnants dans la variété de l'information et dans la façon dont cette dernière évolue. D'après les premières nouvelles, c'est sérieux, et le torero est inconscient au sol. La corrida est diffusée à la télé sur deux chaînes régionales. De courtes séquences vidéos apparaissent ensuite sur les réseaux sociaux. On voit la corne entrer au travers du gilet, sous l'aisselle, côté droit du corps, ce qui peut naïvement sembler rassurant.
Les nouvelles suivantes le sont aussi, puisque l'on apprend que Víctor Barrio est en train d'être opéré à l'infirmerie. Cela aide à rester optimiste, cela exprime quelque part que le matador est toujours en vie et que la médecine de toute façon n'a jamais été aussi performante. Et puis, les accrochages plus ou moins spectaculaires sont légions en tauromachie, et on s'accommode quand même ces dernières années de l'immense baraka à laquelle on peut assister (Julio Aparicio, Padilla, Jiménez Fortes...). Quasiment pas de drames à déplorer sur le sable des arènes malgré de gros coups de cornes et vols planés.
Enfin, ce sont des infos moins heureuses qui viennent noircir le tableau. Sur Twitter, un aficionado présent aux arènes écrit "eso tiene mala pinta", ce qui veut dire que les nouvelles ne sont pas rassurantes, et il décrit des toreros et des banderilleros avec les larmes aux yeux près de l'infirmerie. Mais l'on n'en sait guère plus, on n'ose même pas imaginer un seul instant une issue tragique, et puis personne n'a déclaré quoi que ce soit puisque Víctor Barrio est certainement en train d'être opéré, ou alors il est en train d'être transféré vers un hôpital.
C'est à 20 heures 25 qu'apparaît la nouvelle "Fallece Víctor Barrio". Impensable et extrêmement dur à réaliser, car avec les moyens médicaux d'aujourd'hui, on n'imagine pas, par naïveté là encore, un torero laisser sa vie dans une arène au XXIème siècle. C'est sans compter sur les coups de corne mortels. Irrémédiables.
Il y a de quoi être incrédule, on ressasse quelque part dans la tête les images issues de magnétoscopes que l'on a pu voir de plusieurs blessures fatidiques : celle de Paquirri, celle du Yiyo (avec un coup de corne similaire à celui de Víctor Barrio), celles des banderilleros Manolo Montoliú et Ramón Soto Vargas. Elles ont l'air d'appartenir à un passé révolu et lointain.
La société et les moyens techniques ont changé, mais les toros tuent encore. Víctor Barrio était jeune, il avait 29 ans, et "Lorenzo" de Los Maños avait tout d'un toro de triomphe. Quand on voit les images du combat, on remarque un toro venant avec caste et moteur, sans être fourbe, sans être difficile, sans donner d'avertissement, et pouvant ainsi permettre le succès. Mais la malchance en a fait tout autrement. Un jour triste pour la tauromachie. Et la disparition d'un torero, quel qu'il soit, fera toujours cet effet-là.
Il y a chaque jour dans le monde des nouvelles tristes et malheureuses. Pour l'aficionado, la mort d'un torero dans l'exercice de sa profession est forcément marquante. Les commentaires et le flot de haine qui ont pu suivre la mort de Víctor Barrio sont purement indignes, répugnants, dégueulasses et inhumains. Tout cela dans une société où l'on a parfois tendance à oublier l'importance de l'humain, qui est et devra toujours figurer au tout premier plan. Ce samedi 9 juillet un homme est mort, c'était un torero. Mais c'était un homme avant tout.

Florent

mercredi 21 décembre 2016

La croix des Granier

Étonnante information parue ce mardi soir sur la page "Tauromaquia para el recuerdo". Les Granier, Joël et Gérard, ont décidé de mettre en vente leurs 48 vaches et leurs deux toros reproducteurs, pour se consacrer désormais à leur autre élevage, pas brave celui-là, mais estampillé viande bio depuis des années.
Et c'est bien dommage, à plusieurs titres. Tout d'abord parce que le fer de La Cruz, basé au Mas de Farinon, le long de la Nationale 113 après Saint-Martin-de-Crau, est l'un des seuls représentants de l'encaste Santa Coloma en France.

Cette annonce symbolise la fin d'une aventure. Et pourtant, il y avait récemment encore eu des choses prometteuses. A Vic-Fezensac, en septembre 2015, une novillada de Granier pour Manolo Vanegas, Guillermo Valencia et Joaquín Galdós. Six novillos gris, très beaux de présentation, solides, qui allèrent 22 fois au cheval sans jamais fléchir et vendirent chèrement leur peau... A l'image, Aladero, le cinquième, brave, qui avait pris quatre piques et fut honoré d'un tour de piste.

Florent  

lundi 12 décembre 2016

Miurada céretane ?

Le sujet est récurrent ces dernières semaines sur la toile. C'est ce qu'a affirmé par ailleurs le ganadero Antonio Miura auprès du média Mundotoro il y a quelques jours.
Pour les trente ans de l'ADAC, du 14 au 16 juillet 2017, l'une des trois corridas porterait le mythique fer de Miura.
Pour le moment, les organisateurs n'ont rien annoncé d'officiel, et il existe des précédents en matière de démentis pour des ganaderías dont on avait dit qu'elles seraient certainement sur une affiche.
Néanmoins, la piste Miura pour Céret de Toros semble sérieuse et crédible.
Et si c'était le cas, ce serait seulement la deuxième fois. La dernière, en 2001, devant des arènes combles, avec six toros de Miura pour Luis Francisco Esplá, Antonio Pérez "El Renco" (que l'on voit sur cette photo d'Yvon Parès) et le tout jeune Fernando Robleño.
Si l'on pourra toujours affirmer que les Miura ne constituent pas une nouveauté pour les aficionados, cela aurait quand même de la gueule de voir le "A" dessiné en plein centre de la piste de Céret...

Florent

jeudi 8 décembre 2016

Les vingt ans d'alternative de Rafaelillo (Rétro 2016)

En 2016, Rafael Rubio "Rafaelillo" a fêté ses vingt ans d'alternative. Pourtant, il n'a même pas été convié à la feria de sa ville, Murcie, où avait eu lieu la cérémonie en 1996.
Rafaelillo est un torero à la carrière atypique. Il a commencé très jeune, figurant même parmi les novilleros les plus en vue au milieu des années 90.
Puis l'oubli et les années de galère. C'est Robert Piles qui l'aida à se relancer bien des saisons après.
Rafaelillo est aujourd'hui le spécialiste des toros de Miura, le torero qui parvient le mieux à les comprendre et à déjouer leurs difficultés. Son plus grand succès de l'année 2016 a justement eu lieu à Béziers face aux toros marqués du "A".
Comme tous les autres toreros, il possède ses fidèles et ses détracteurs. Mais il faut reconnaître sa trajectoire plus que digne après vingt ans d'alternative.
À l'image (un cliché de François Bruschet), on le voit à Arles, devant un toro de Miura, lors de la pluvieuse feria de Pâques 2010. Et une naturelle de face, la main basse, d'enfer ! On évoque parfois son côté électrique, son toreo en mouvements, mais Rafaelillo est aussi capable de se poser et de toréer relâché.

2010 fut même, avec 2015, l'une de ses meilleures saisons. Il y a six ans, il était à deux doigts d'ouvrir la grande porte à Madrid face à une corrida de Dolores Aguirre, et en 2015, ce fut face à une corrida de Miura. Pour ces deux corridas, c'est l'épée qui le priva d'un succès considérable. Mais peut-être qu'à l'avenir, cette possibilité de triomphe viendra se présenter de nouveau...

Florent

dimanche 4 décembre 2016

Toro de cinco, torero de veinticinco

Un adage connu en tauromachie : le toro de cinq ans, et le torero de vingt-cinq ans. Sur ce superbe cliché de Chapresto, on voit Enrique Ponce, celui des années 90, torero de vingt-cinq ans à ce moment-là et correspondant ainsi à la formule.
Deux décennies plus tard, Enrique Ponce réalise toujours des saisons complètes. C'est même colossal de parvenir, après un quart de siècle d'alternative, à tenir toute une année (corridas sur le continent Américain comprises), sans montrer signes de fatigue ou de lassitude.
Enrique Ponce, pourtant, a récemment déclaré qu'il ne serait pas contre certaines fantaisies, sans pour autant modifier l'essentiel de la corrida. En quelque sorte, il aimerait bien, plusieurs fois par an, connaître des sorties version spectacle sons et lumières, comme à Istres en juin 2016.
Il profite aussi d'une critique qui ne lui a jamais été autant favorable. Enrique Ponce a toujours eu des partisans et des détracteurs, mais c'est une forme d'unanimité qui se rapproche ineroxablement d'année en année. Du style "pas touche à Ponce". Quasiment toutes les faenas semblent faciles pour le torero de Chiva, qui n'a guère besoin de se forcer pour dominer la situation. Il faut dire aussi que les toros qu'il a tendance à affronter ces dernières saisons ne sont pas les plus coriaces qui existent. Pourtant, quand ceux-là sortent, tel le dur toro de Puerto de San Lorenzo que Ponce eut à estoquer en 2010 à Bilbao, parce qu'il avait blessé Iván Fandiño et son banderillero, le torero avait assuré avec grande technique.
C'est cette technique, ce temple et ce calme qui permettent à Enrique Ponce de mener une telle carrière, et de paraître souvent en démonstration. En revanche, il arrive parfois d'entendre – propos rares mais avérés ! – que Ponce n'est regardable que depuis deux ou trois ans, tandis qu'auparavant il semait l'ennui.

Mémoire courte. Si l'on se replonge dans les archives des années 90, Enrique Ponce était déjà considéré comme une figure. Celui qui alternait dans une période incroyable, et fournie en toreros vedettes, partageant l'affiche avec Manzanares père, César Rincón, Joselito, José Tomás, entre autres. Une époque de véritable rivalité dans l'arène, chose qui a tendance à disparaître aujourd'hui, et où les toreros se mesuraient dès le tiers de piques avec des duels aux quites.

Dire qu'Enrique Ponce est en 2016 au meilleur moment de sa carrière est un postulat contestable. Cela voudrait dire que toutes les années précédentes auraient moins de valeur. Mais Enrique Ponce était déjà au plus haut niveau dans les années 90. Torero de vingt-cinq ans, en pleine forme, à l'apogée de sa carrière... même si celle-ci durera considérablement.

Enrique Ponce a débuté très jeune en novillada piquée, à l'âge de 16 ans à peine. Prétendre qu'il faut un autre Ponce à l'heure actuelle est impossible, car toutes les carrières sont différentes. Cependant, avoir un équivalent de maîtrise technique et de calme face aux toros paraît difficile. Pas seulement parce que l'avenir de la corrida est menacé par de potentielles lois, mais parce qu'il y a beaucoup moins de novilladas qu'à l'époque de la génération de Ponce, et généralement peu d'opportunités pour les novilleros. Dans ce contexte, voir un torero éclore et pouvoir envisager une telle carrière semble pratiquement impossible. En grande partie responsables sont ceux qui auront laissé à l'abandon les novilladas...

Florent  

samedi 3 décembre 2016

Tradition Vicoise (Rétro 2016)

Avec les mois d'automne arrivent les distinctions concernant la saison écoulée. Cette année, de nombreuses novilladas auraient pu être primées compte tenu des beaux et intéressants lots vus dans les arènes françaises. Même si les prix resteront toujours quelque chose de symbolique, une novillada semble avoir fait l'unanimité en 2016. Celle de Dolores Aguirre du 18 septembre à Vic-Fezensac. Elle a remporté le prix des critiques taurins du Sud-Ouest, le prix des clubs taurins Paul Ricard section Sud-Ouest, ainsi que le prix de l'association des Amis de Jean-Louis Fourquet.

Au-delà, des palmarès, on doit remarquer que l'exemple de Vic-Fezensac est précurseur pour toutes les arènes désirant se baser sur le toro en tant qu'élément essentiel de la corrida.
Vic a connu des bonnes et des mauvaises courses ces dernières années. Mais on constate aussi que sur ces cinq dernières saisons, les aficionados y ont eu la chance de voir au moins une fois par an quelque chose sortant de l'ordinaire, et conforme à l'histoire de la corrida à Vic :
. En 2012, le combat d'Antonio Barrera face au gigantesque "Panero" d'Esteban Isidro.
. En 2013, la novillada de Valdellán au mois d'août.
. En 2014, la corrida de Dolores Aguirre de clôture de la feria de Pentecôte, et la rencontre entre Alberto Lamelas et "Cantinillo".
. En 2015, le bravissime "Cubano" de Valdellán, combattu par César Valencia
. En 2016, le toro "Salta Cancelas" de Los Maños, et sa lidia, avec le picador Gabin Rehabi et le matador Javier Cortés. Et toujours en 2016, au mois de septembre, ce grand lot de novillos de Dolores Aguirre...

Florent