mardi 12 décembre 2017

Céret de Robleño (Rétro 2017)

A l'heure où est annoncée une feria, on retrouve de plus en plus fréquemment l'expression "plaza talismán". Traduire par arène fétiche, ou porte bonheur. Une étiquette que l'on donne souvent à un torero vedette avec une arène précise, où généralement il a ses habitudes et récolte de nombreux trophées. Plaza talismán, après tout, c'est un symbole de régularité, et presque de garantie pour ceux qui l'annoncent.
Il est vrai que la publicité en tauromachie circule aujourd'hui en vase clos, réservée seulement à ceux qui connaissent le domaine. Alors, pour attirer du monde vers une arène, utiliser cette formule, qui serait une assurance de réussite, c'est peut-être devenu le meilleur sponsor.
Bien loin du circuit des vedettes, pourtant, l'expression prendrait encore plus de sens pour Fernando Robleño avec les arènes de Céret. Ce qui est là une toute autre affaire.
Fernando Robleño, qui en 2017, dans un sobre costume rouge et noir, quasiment pourpre, donnant des airs de torero ancien, faisait son vingtième paseo à Céret. Et bien au-delà de la statistique, c'est quand même quelque chose.
Qu'un torero puisse s'imposer ici, alors qu'on ne lui a jamais fait de cadeau depuis le début de sa carrière, et ce malgré des succès à Madrid et ailleurs. Ainsi, à Céret où il est habitué à estoquer des toros redoutables et aussi grands que lui, il était impressionnant de le voir entrer dans l'arène, en se disant que c'était ici son vingtième paseo.
Fernando Robleño est passé en quelques saisons à peine du statut de troisième matador au cartel à celui de chef de lidia régulier. En partie parce qu'il y a moins de toreros dans cette catégorie, et que les corridas toristas, sur la planète taurine, se font aussi un peu plus rares et moins répandues, quoi qu'on en dise. Il y a pourtant, en 2017, une génération de toreros parfaitement capables de s'illustrer dans ces corridas là.
De ces corridas dures qui usent et face auxquelles il n'est pas évident de mener une longue carrière. Robleño a débuté à Céret en l'an 2000, en sortant en triomphe après avoir coupé des oreilles à des toros du Curé de Valverde et de Rocío de la Cámara. Depuis, les autres élevages qu'il a pu affronter à Céret sont ceux de Miura, Escolar Gil, La Quinta, Hernández Pla, Cuadri, Adolfo Martín, Victorino Martín, Dolores Aguirre et Moreno de Silva. Avec bien sûr, on le devine, une préférence pour les toros d'Escolar.
Et cinq sorties en triomphe lors de Céret de Toros, ce qui là non plus n'est pas quelque chose d'anodin. 2000, 2002, 2003, 2010 et 2012.
Et même les fois où il n'y avait pas forcément d'oreilles, l'impression pouvait être forte. Ce fut le cas à de nombreuses reprises. En 2004 lors d'une baston avec un toro d'Hernández Pla dont le lot avait envoyé la moitié de l'effectif des picadors à l'infirmerie. En 2008 aussi, toujours face aux Hernández Pla, avec un Fernando Robleño au visage de guerrier, complètement ensanglanté après une estocade. En 2011, face aux toros d'Escolar, et cette fois-là une longue et incroyable série de naturelles.
Puis 2012, bien sûr, ce seul contre six Escolar Gil, et cette ultime estocade, face au sixième toro, en y laissant un bout de gilet sur la corne. C'était, ce 15 juillet 2012, peut-être le début de la plus belle semaine dans la carrière de Robleño. Une corrida en solitaire qui allait l'amener le samedi suivant à briller face à des toros de Veiga Teixeira à Orthez, et cela avant de retrouver le dimanche à Mont-de-Marsan une terrible course d'Escolar Gil. Ce jour-là, Robleño avait été héroïque.
On pourrait penser que depuis, la carrière de Fernando Robleño n'est pas sur une pente ascendante. Les contrats, peut-être, se font plus rares, mais le madrilène ne rate jamais son rendez-vous fétiche. Et c'est bien qu'un torero qui a tout de l'anti-vedette soit porté par le public d'une arène. Celui de Céret, le sien.

Florent

(Image de Louise de Zan : Fernando Robleño à Céret le 16 juillet 2017)

jeudi 30 novembre 2017

Zortziko (Rétro 2017)

Après ce qui venait de se passer, cela faisait forcément bizarre d'aller voir des toros au Pays Basque cet été. Les lieux taurins, dans cette région, sont très variés. Il y a des arènes où la continuité est fragile, tandis que d'autres affichent une solide tradition de plusieurs siècles.
Il y a quelques années à peine, on pouvait commencer la temporada basque dans les petites arènes d'Orduña, le village de Fandiño. Il y avait toujours une course le 8 mai, pour les fêtes dites du "Otxomaio". Mais des soucis d'organisation ont fait qu'il n'y a plus systématiquement de course à cette date à Orduña. Pourtant, cette petite arène, entourée de reliefs verts, vaut le détour.
Mais c'est en été que la saison taurine du Pays Basque bat son plein et que l'on peut faire de superbes découvertes.
L'une des choses les plus caractéristiques de la tauromachie basque, c'est le Zortziko joué à la mort de chaque troisième toro lors des corridas et novilladas aux arènes d'Azpeitia et de Deba.
Le Zortziko, c'est une mélodie funèbre, aux notes graves. Ce Zortziko là a été composé en mémoire du banderillero José Ventura Laca. Il a reçu un coup de corne, mourant presque instantanément, à Azpeitia. Les spécialistes de l'histoire de la région se disputent par ailleurs au sujet de la date, car pour certains, il s'agit de 1846, et pour d'autres, de 1841 !
Il réside quelque chose de vague autour de cette histoire et du drame de José Ventura Laca, mais le Zortziko pour ce banderillero né à Deba est respecté religieusement dans les deux arènes. Les toreros sortent découverts des burladeros, l'arrastre est à l'arrêt, et le public debout.
Il y a malgré tout, du fait de la grande distance dans le temps avec cette tragédie, un côté joyeux dans cette mélodie. Et le public semble si content d'être là. Aussi bien dans les arènes d'Azpeitia, où les cartels sont prestigieux pour une troisième catégorie, que sur la place du village de Deba, où l'on est tout proche des acteurs de la novillada.
Ce Zortziko donc, aussi appelé Martintxo à Deba, c'est en l'honneur d'un torero blessé, touché, mortellement et beaucoup trop pour qu'il puisse voir une dernière fois son village et son si joli bord de mer.
La brume et les nuages bas au-dessus des arènes d'Azpeitia donnent quelque chose de très authentique en plein été, avec les bonnes soeurs qui observent la corrida depuis le couvent d'à côté. Les arènes temporaires de Deba, elles, sur la place principale du village, sont un rectangle merveilleux où les novilladas qui s'y donnent semblent tellement éphémères.
En parlant d'Iván Fandiño, il était venu deux fois à Deba en 1999, et trois fois en l'an 2000... mais toujours au poste de sobresaliente ! Pourtant, au mois d'août, Deba s'est souvenue du jeune homme d'Orduña. Et qui sait, désormais, à chaque fois que retentira le Zortziko, il y aura également une pensée pour lui. Un matador du Pays Basque, cela n'est pas si fréquent. Et un grand matador, comme lui l'a été, encore moins...
En se rendant là-bas, dans les arènes de cette région, situées entre montagnes, littoral, verdure et brume, il y a comme un truc de magique.

Florent

mardi 28 novembre 2017

La gloire des inespérés (Rétro 2017)

Côte à côte, Iván Fandiño et Paco Ureña, l'un en gris plomb et or, et l'autre en bleu nuit et or, à l'été 2016 aux arènes de Saint-Gilles. Ils observent, à cet instant-là, un quite de Thomas Joubert.
Une histoire de quite... comme quelques mois plus tard, pour la corrida du 17 juin 2017 à Aire-sur-l'Adour. C'est à la cape, devant un toro qui n'était pas le sien, que le drame s'est tramé pour Iván Fandiño.
Juin, en tauromachie, cela reste tout de même le début de saison. Et c'est ainsi qu'une absence a grandement de quoi se faire sentir jusqu'au bout de la temporada.
Alors, on se prend parfois à des réflexions et à des considérations teintées d'absurde. A chercher, chez ceux qui restent, des caractéristiques que possédaient ceux qui sont partis.
Il y a, chez Paco Ureña, des vertus qui étaient celles d'Iván Fandiño. Parmi les matadors en activité, il est peut-être même celui qui en possède le plus.
Plein de paramètres, pourtant, semblent séparer et opposer ces deux toreros. Fandiño était du Pays Basque, Ureña de la province de Murcie. Le concept de Fandiño était basé sur la puissance, alors qu'il y a plus de finesse chez Ureña. L'impact physique de Fandiño, d'ailleurs, avec son visage fermé et concentré, se faisait davantage sentir dans la bataille, tandis que Paco Ureña lui démontre plutôt une forme de fragilité derrière une mine triste.
Mais ces deux-là ont aussi tellement de similitudes, et pas des moindres. Car ils ont fait partie de ces toreros dont l'unanimité s'est un jour portée vers eux en affirmant qu'ils allaient s'égarer. De ceux qui au mieux toréeront l'an prochain deux corridas, une dans leur village et la seconde dans le village d'à côté. Des hommes aux figures de futurs toreros retirés, auxquels on ne croit absolument pas. Des toreros avec qui personne, il y a quelques années, n'aurait osé prendre un selfie à leurs côtés. Des toreros que l'on aurait regardé passer à la sortie d'une arène, condamnés par l'indifférence d'un "silence et silence".
A bien regarder les débuts de carrière de Fandiño et d'Ureña, il y avait davantage de chances de croire que ces deux-là n'y parviendraient jamais, plutôt que l'inverse.
Comme point commun, Iván Fandiño et Paco Ureña ont toréé leur première corrida en France dans la même arène : Vergèze. Ce qui en dit long, car c'est une petite plaza où les toreros à l'agenda fourni n'ont jamais été tentés d'aller. Mais il faut se rappeler que Fandiño et Ureña, eux, sont passés par là.
Et ils ont déjoué les terribles pronostics, qui les laissaient dans l'indifférence, alors que l'on avait réservé le présage de gloire aux seuls esthètes.
Ils ont émergé et obtenu de beaux triomphes. Et oui, chez Fandiño, il y avait quelque chose qui touchait plus profondément que chez d'autres toreros. Un courage hors du commun, un don total de soi-même, et une exceptionnelle façon de se surpasser, qui le menèrent lors de la San Isidro 2014 à aller chercher une grande porte en estoquant sans leurre un toro de Parladé.
Chez Paco Ureña aussi, il y a ces caractéristiques-là, l'abandon du corps, et le seuil maximal du courage franchi. Madrid, automne 2015, des toros d'Adolfo Martín, et des cornes passant au plus près de la chair.
On a encore retrouvé cette force cet été, à Bayonne, lors de la corrida d'El Freixo. Avec pour Paco Ureña une détermination et un sens du placement qui rappelaient les plus grandes heures d'Iván Fandiño. Sauf que ce jour-là, il n'en restait plus qu'un seul des deux.

Florent

jeudi 16 novembre 2017

Miurada (Rétro 2017)

Évoquer le toro de Miura, c'est forcément songer à des clichés comme celui-là. Des toros pour lesquels la seule entrée en piste est impressionnante et dont les premiers instants sur le sable font croire aux légendes. Oui, à bien y regarder, on dirait qu'elle est réelle l'histoire selon laquelle ces toros disposent d'une vertèbre supplémentaire.
Ce Miura là, dont l'image figure sur la page internet des arènes de Béziers, a été combattu à l'été 2002. Certes, à Béziers, les barrières sont relativement basses, mais ce toro-là, il fait sensation. Le genre de toro dont on connaît au premier regard la provenance.
Squelette sans fin, cou long et tête chercheuse. A Béziers en plus, là où a été combattue l'une des plus légendaires corridas de ce fer. 15 août 83, Miura pour Nimeño, Richard Milian et Víctor Mendes.
Mais la légende des Miura, ces derniers temps, est décriée. Car la réputation des toros de Miura, qui se vendent à prix d'or, c'est un tempérament à part, et une vraie Miurada, par définition, ce serait une course dure et imprévisible.
Elle s'annonçait belle la saison 2017 de Miura. Et l'on se prenait à rêver. Et si dans la petite piste de Céret, il en sortait un comme sur la photo de Béziers 2002, et si c'est Octavio Chacón qui venait à l'affronter... Hélas, il n'en a rien été.
Depuis un bon moment, la faiblesse est récurrente, les problèmes d'armures aussi, même s'ils n'ont rien de nouveau.
Ces toros ont tendance à frapper très fort lors des opérations d'embarquement et de débarquement. De là à savoir si l'on a procédé à d'autres manoeuvres, il est difficile de l'affirmer.
Il n'empêche que, quand des toros de Miura se traînent sur le sable et affligent l'aficionado, le mythe s'éloigne. Et pourtant, on reste indulgent, à la recherche d'authentiques toros de Miura, dont quelque part, on est persuadé qu'il en existe encore.
Sept corridas complètes en 2017, à Séville, Madrid, Céret, Pamplona, Béziers, Bilbao et Cehegín. À Madrid comme ailleurs, des toros changés. À Céret, des comportements à peu près conformes à ce que l'on peut attendre de Miura, mais des cornes dans un état déplorable. À Béziers, un naufrage paraît-il. À tel point qu'à cause de cette dernière corrida citée, la direction des arènes d'Arles a décidé de changer ses plans et de garder seulement trois toros de Miura pour sa corrida de septembre en prenant un autre élevage pour compléter l'affiche. Un toro compliqué et intéressant à Vic, certes. Une novillada à Carcassonne. Des toros isolés combattus ici et là, et même au Portugal pour rejoneadores et forcados.
Mais surtout, des inquiétudes pour ce nom légendaire, dont l'irrégularité a de quoi déboussoler. Preuve en est, la saison 2014, et à un mois d'intervalle, un lot catastrophique à Nîmes et une grande corrida à Mont-de-Marsan. En tout cas, à l'avenir, on espère moins de désastres. Car ils n'ont absolument rien à voir avec l'idée que l'on se fait d'une Miurada.

Florent

mercredi 8 novembre 2017

Il est né à portagayola (Rétro 2017)

Et ce jour-là, il y est allé deux fois. Le garçon sur la photo, c'est Maxime Solera, 24 ans, novillero français. Un parcours atypique, ancien élève de l'école taurine d'Arles, ce qui lui permit de toréer en non piquée dans pas mal d'arènes françaises. Un jour, à Maubourguet, il a même officié en tant que sobresaliente dans une course de cette catégorie, ce qui généralement n'est pas bon signe pour l'avenir. Et puis, Maxime Solera est parti de l'autre côté des Pyrénées, pour tenter de passer à l'échelon supérieur.
Alors, début septembre 2016, le voir au paseo de ce qui était sa deuxième novillada piquée, à Peralta, en Navarre, était une inconnue totale. Il avait, à cette occasion, un bandage sur le front. Comme un boxeur, un vrai bagarreur. Celui-là, sans doute, il a du tempérament et ne va pas rester dans l'anonymat. Sa prestation face aux novillos de Pincha est une immense surprise, et il obtient le prix au triomphateur de la feria.
Pour autant, même si Peralta est une véritable feria de novilladas, sérieuse et intéressante, sa répercussion est limitée. La première sortie française de Maxime Solera en tant que novillero avec picadors aura lieu de longs mois plus tard, à Boujan-sur-Libron face aux Dolores Aguirre.
Mais c'est au moment où il part s'agenouiller face au toril de Céret, l'arène la plus difficile en France pour les toreros, que beaucoup d'aficionados le découvrent.
Matin brûlant du mois de juillet, de ceux où les touristes maculés de crème solaire garnissent les plages, tandis que d'autres bloqués sur les routes tentent de survivre la clim à fond.
Maxime Solera, qui n'est pas en vacances, va accueillir à portagayola son premier adversaire, Tabanero. Et il n'est pas rare de le voir accomplir ce geste, avec lequel l'espérance de vie est encore plus incertaine. À Céret, néanmoins, peu sont les toreros qui s'y aventurent. La piste y est étroite, et le toro qui déboule est généralement fort et armé.
Ah comme elle est incroyable, et sans superflu, l'intensité dramatique de ce foutu moment précis, quand un torero tente un tel geste aux arènes de Céret. A fortiori quand il est novillero, qu'il est français, qu'il est originaire du coin, et qu'il va en bonne partie jouer sa carrière sur cette seule course.
Au rayon des images marquantes, il y a ce novillero que l'on voit parcourir les quelques mètres séparant le burladero et le toril, dans le silence, sans musique, parce qu'à cet instant-là, la Cobla ne joue plus.
D'autant plus qu'à portagayola, Maxime Solera y est allé une seconde fois, pour attendre Universal, le sixième Raso de Portillo. Sacrés défis, et tout cela alors que Daniel García vient d'être cueilli de façon glaçante en fin de faena par le cinquième, un Raso très fort et terriblement armé.
Ici, les novilleros sont attendus par le public avec des exigences parfois égales ou supérieures à celles demandées aux matadors, et il y aurait beaucoup à redire, car d'un côté, c'est trivialement injuste.
Ça en jette d'aller faire deux portagayolas à Céret face à des tontons de Raso de Portillo. Mais ce qu'a livré Maxime Solera ce matin-là, c'était bien plus. Beaucoup d'efforts et de volonté dans la lidia, en mettant quatre fois en suerte le dernier novillo pour le picador Gabin Rehabi.
Au troisième tiers, la tension n'est pas retombée, car le Raso de Portillo, sérieux et encasté, est à peu près tout sauf un bonbon. Dans la passe, d'ailleurs, il a tendance à venir vers l'intérieur, entre la muleta et l'homme. On voit, chez Maxime Solera, des choses très plaisantes, comme des cites de loin valeureux. Mais c'est à gauche qu'il arrive à convaincre et même au-delà. Naturelles vibrantes d'un novillero qui se joue la peau. Chose rare pendant une faena cérétane, la Cobla se met à jouer. Après, Maxime Solera se fait secouer mais se relève sans mal. On attend un beau triomphe, mais l'épée, malheureusement, vient se loger bien trop bas sur un faux-départ du cornu.
Pas grave, dans la liste des tours de piste mémorables, mais sans trophées, celui-là occupe une bonne place. Et il y restera.

Florent

(Photo de Louise de Zan : Maxime Solera attendant Universal de Raso de Portillo, le 15 juillet à Céret)  

mardi 7 novembre 2017

Brigadier chef (Rétro 2017)

De moins en moins de grandes arènes entretiennent un lien privilégié et habituel avec une ganadería. Dax si, avec Pedraza de Yeltes, et l'enthousiasme qui existe avant chacune de ces rencontres est bien réel. On ne va pas s'en plaindre.
Au 14 août, jour des Pedrazas, le début de feria de Dax était, paraît-il jusqu'alors, morose. Le matin, ce fut une noyade dans le triomphalisme avec les noblissimes erales de Guadaira : quatre erales, trois vueltas, sept oreilles, et multiples sorties en triomphe. Il y avait là une forme d'aliénation, et c'est dommage, car vu la forte affluence pour une non piquée, les choses auraient mérité de se dérouler un peu plus sérieusement.
Et l'après-midi, c'était comme prévu la corrida de Pedraza de Yeltes, pour la quatrième année d'affilée. La sensation des deux premières, 2014 et 2015, est encore tellement forte que l'on a toujours du mal à les départager.
Pedraza de Yeltes, c'est certainement le Domecq le plus exigeant pour le torero, et le plus passionnant pour l'aficionado a los toros.
Les pensionnaires de cet élevage combattus le 14 août à Dax n'ont pas dérogé à la règle. Rafaelillo et Daniel Luque ont connu le succès, le premier face à "Bello", un toro brave et encasté, et le second devant une opposition située en-deçà de ce qui plaît chez Pedraza.
Les toros du jour, corpulents, n'ont pas été suffisamment mis en valeur à cette occasion, et leur potentiel n'a pas été complètement exprimé à la pique, loin de là même. Et c'est dommage, car il y avait, encore une fois, plusieurs grands toros.
Comme le sixième, Brigadier, matricule 10, de pelage colorado comme le sont beaucoup de toros dans cet élevage. 630 kilos et bientôt cinq ans.
Brigadier, en piste, c'est lui qui commande. Une première pique prise avec bravoure et puissance, en soulevant la cavalerie, puis une deuxième également avec bravoure. Et là, juste après, c'est l'incompréhension, car la présidence change de tiers.
Dans le flottement, le picador est finalement maintenu en piste, et la troisième rencontre se produit, avec une pique de tienta. Une pique qui pourtant, conformément à son nom, devrait seulement être utilisée en tienta. Brigadier est placé loin, et charge encore avec bravoure, c'est vraiment un très grand toro.
Un toro qui dès ce moment-là méritait déjà les honneurs du tour de piste, même si de manière frustrante, on remarque qu'on aurait pu le laisser briller encore. Et puis, il ne faut jamais sanctionner les qualités d'un toro du fait des décisions ou errances de ceux qui sont en charge du déroulement de la corrida.
Un brave Pedraza donc, dans la lignée des "Miralto", "Resistente", et autres toros illustres de la maison combattus dans la même plaza. Román, qui était chargé de l'affronter, passa totalement à côté du sujet. Personne ne s'en souviendra, et cela n'aura pour lui aucune incidence dans sa carrière, car le lendemain, il ouvrait la grande porte de Las Ventas.
Mais reste en mémoire le combat de ce brave toro sur le sable dacquois l'un des plus beaux soirs de l'été. Comme une bronca, l'orage attendit sagement la fin de soirée pour éclater.

Florent

(Photo de Niko Darracq : Brigadier, numéro 10, de Pedraza de Yeltes)

lundi 6 novembre 2017

Bleu nuit et or (Rétro 2017)

J'aime bien la géométrie de la plaza d'Aignan, et ce paseo qui à chaque fois fait demi-tour pour venir saluer la présidence située juste au-dessus de la porte d'entrée.
Aignan, c'est la plus rurale des plazas à organiser une corrida le week-end de Pâques. Habituellement, c'est la première corrida de l'année dans le Sud-Ouest, même si cette fois il y a eu Gamarde deux semaines auparavant.
Aller à Aignan a toujours un côté dépaysant, et il n'est pas rare de voir s'afficher "Aucun service" sur le téléphone en arrivant dans les parages.
Ce dimanche 16 avril, le joli soleil au-dessus de la petite arène d'Aignan ne laisse en rien deviner que 2017 va être une autre saison de soupirs.
Il y a même une belle affiche, avec trois toros de Gallon, malheureusement bien trop faibles pour donner du relief, et trois de Camino de Santiago, avec plus de consistance. Deux élevages français pour Manuel Escribano, Iván Fandiño et Emilio de Justo. Les deux premiers en bleu nuit et or, le troisième en blanc.
Ils sont en quelque sorte, ce jour-là, à la croisée des chemins. Manuel Escribano revient d'une gravissime blessure en juin 2016 à Alicante ; Iván Fandiño tente un retour en force après deux saisons délicates, surtout depuis son seul contre six de mars 2015 à Madrid ; et puis Emilio de Justo lui voit sa carrière décoller peu à peu.
Fandiño, en bleu nuit et or donc, coupe l'oreille du deuxième toro, de Jean-Louis Darré, après une faena sans grande intensité, mais magnifiquement illustrée par Les Armagnacs qui jouent "Agüero", pasodoble au nom d'un torero basque. Et le point culminant de ce combat, c'est la grande estocade portée par Iván Fandiño, et qui à elle seule vaut l'oreille.
Fandiño a signé pour quatre paseos en France cette année. Aignan, Arles où il va triompher dès le lendemain face aux Pedraza de Yeltes, Aire-sur-l'Adour, et Mont-de-Marsan.
Au cours du même après-midi d'Aignan, Manuel Escribano touche le meilleur toro de Camino de Santiago et empoche deux oreilles, alors que c'est Emilio de Justo qui réalise les plus beaux gestes devant le dernier.
Un beau soleil à ne pas prendre en compte, là où tout avait bien commencé. De bons présages qui n'en étaient pas.

Florent

lundi 30 octobre 2017

L'âge est un naufrage

À la recherche d'une fulgurance ce dimanche après-midi dans les arènes couvertes de Samadet.
Une fulgurance qui n'est jamais venue. Un espoir perdu.
Celui de voir ce torero maintenant âgé de 62 ans réaliser ne serait-ce qu'une pose de banderilles, près des barrières, dans un terrain réduit, et en ressortir avec brio comme à la plus belle époque.
Rêver d'un bond dans le temps. Si t'es pas un minimum nostalgique, ça va être difficile d'être aficionado...
Non, Morenito de Maracay n'a pas posé les banderilles, et a laissé ce soin à ses subalternes, tout comme celui des mises en suerte au premier tiers. Dommage, car le novillo de Patrick Laugier, du fer de Piedras Rojas, avait suffisamment de mobilité, de caste et d'allant pour permettre un combat intéressant. On ne lui en voudra guère à Morenito de Maracay, et puis c'était un festival, mais il recula tout au long du combat, à la peine physiquement. Lui qui avait forgé sa réputation sur un toreo athlétique, dans les trois tiers.
Morenito de Maracay, une vie, une histoire et un parcours dont pas mal de choses frôlent le légendaire.
On espérait un peu plus ce dimanche, car l'aficionado est gourmand et parfois se prend à rêver quand il voit un nom sur une affiche. Les festivals, par ailleurs, permettent de voir des toreros qui ont cessé il y a un moment d'être en activité.
Mais arrivé à un seuil, que ce soit en corrida ou en festival, pour l'homme, quand la force s'échappe, sauf miracle, il est difficile de continuer. Et impossible de faire semblant.
L'âge – ou la vieillesse comme dit l'adage – est un naufrage. Considération non pas intellectuelle mais physique qui fait que dans beaucoup de domaines, et dans le sport en premier, les années qui défilent amènent un peu plus vers la porte de sortie.
C'est encore plus dur en tauromachie, où l'on convient bien évidemment que si tous les toreros le sont pour toujours, même après la retraite, le toro lui peut tout arrêter en un instant.
Une seule jeunesse. Mais pourvu qu'elle soit longue. Comme me racontait un jour mon ami Marc Lavie, qui avait vu la première novillada en France de Morenito de Maracay. C'était en 77 à Céret. Un costume déchiré dès les premières passes de cape, mais un grand triomphe du vénézuélien. Quarante ans après, forcément, le contexte, le physique et l'envie n'ont absolument rien de comparable.
On en est même conscient sans vraiment l'avouer. Mais un seul coup d'éclat, pourtant, aurait eu de quoi ravir...
Les toreros vieillissent eux aussi. Et c'est également pour cela que la corrida trouve sa raison d'être. Une raison simple. Les hommes dans l'arène changent, et nul n'est éternel, pas même les opposants à la corrida. Seule la fête reste.
La fête, à Pamplona ou ailleurs, Morenito de Maracay y a contribué en faisant vibrer les publics. Les critiques les plus durs disaient de lui qu'il était virevoltant avec la cape et les banderilles, et qu'ensuite, c'était bien plus léger. D'autres disaient avec à-propos qu'il s'agissait, quand il était en activité, d'un matador courageux, brillant banderillero... et souvent aidé par des sorteos chanceux. Quelques toreros, dont fait partie le vénézuélien, ont ou ont eu cette curieuse réputation.
Hier, Morenito de Maracay n'a pas eu de gestes pouvant rappeler l'illustre passé. Mais tant pis. La tauromachie, souvent, c'est partir à la conquête de ce que l'on ne retrouvera pas...

Florent

mercredi 4 octobre 2017

Matière grise

En voyant ce personnage traverser les décennies, il y avait de quoi le penser immortel. De ceux qui s'inscrivent tellement dans le paysage que l'on se dit qu'ils ne disparaîtront jamais.
Mais d'après les nouvelles, ces derniers jours, l'issue semblait malheureusement inéluctable. Et Victorino Martín Andrés, âgé de 88 ans, est parti hier. C'est une époque, une page colossale de la tauromachie qui se tourne.
De son vivant, Victorino aura été honoré tant de fois pour le chemin accompli. Dans la tête du sorcier devaient encore persister de nombreux secrets. Lui qui, de modeste condition au départ, n'a pas eu d'héritage. Contrairement à beaucoup d'autres histoires ganaderas, où en général on hérite avec tous les moyens à portée de main. Lui, Victorino de Galapagar, est parti de rien. Le sorcier.
Sourcier aussi, en parvenant à faire monter à la surface tant de sérieux, de caste et de bravoure chez ses toros. Et que ce soit aujourd'hui, ou même demain, on ne pourra jamais tout dire tellement l'histoire est riche en éléments et en anecdotes. Même si, bien sûr, les semaines et mois de trêve à venir permettront d'évoquer les plus grandes heures.
Et puis, après tout, les chiffres et statistiques sont secondaires. Car c'est avant tout l'émotion procurée par les toros de Victorino Martín qui prime et est à la base d'une telle gloire. Des noms de toros célèbres, il y en a plein.
Ah, comme elles seront nombreuses ces jours-ci les plazas à se proclamer fétiches de la ganadería ! Car il faut bien dire que Victorino Martín a connu le triomphe et même la régularité dans plein d'arènes.
Pour dire à quel point l'empreinte laissée par cet homme est importante en tauromachie, on l'appelait et le devinait par son seul prénom. VICTORINO. En étant sûr de ne jamais se tromper.
Et d'ailleurs, quel aficionado n'a jamais vu une corrida de Victorino ? Qui n'a jamais attendu sur les gradins d'une arène la sortie de ses toros gris ?
Le chemin parcouru par cet homme a fait prendre conscience aussi du difficile travail agricole qu'est l'élevage du toro de combat. Avec du bétail acheté au départ à la famille Escudero Calvo. En France, la première corrida de Victorino remonte au 14 août 66 à Arles, il y a un demi-siècle.
Et puis, rapidement, une évolution fulgurante et des succès. Des triomphes même, qui firent que l'élevage parvint à remplir les arènes sur son seul nom. Des toros avec plein de particularités, exigeants, intelligents même. Les alimañas, les plus durs et coriaces, ou les tobilleros, ceux qui cherchent les chevilles en fin de passe et qu'il faut dominer, toréer avec la muleta la plus basse possible. Sur la cuisse de ces toros, le A d'Albaserrada, leur origine, sans confusion possible.
Depuis des années, l'héritage a été transmis au fils, Victorino Martín García, qui assure la relève.
Mais l'histoire du père Victorino, parti hier, s'étend bien au-delà. Grâce à ses toros exigeants, et à la dimension de combat qu'ils ont transmis dans l'arène, cela a laissé de la place pour tous les autres élevages de créneau torista. Qui sait, s'il n'y avait pas eu les toros de Victorino, et ses fameuses alimañas, l'approche de la corrida aujourd'hui serait peut-être encore plus uniforme, et avec beaucoup moins de variété.
Victorino Martín Andrés, au fil des années, a bâti un toro vedette, se vendant cher, à prix d'or. Mais en face, peu souvent s'aventuraient les vedettes. Des toros de sueur, face auxquels se sont avant tout illustrés des belluaires. Ils s'appellent, entre autres, Francisco Ruiz Miguel, Luis Francisco Esplá, Stéphane Fernández Meca, El Tato, ou Pepín Liria. Ceux qui ont triomphé ont réalisé au préalable un effort considérable face aux toros de Don Victorino. De durs labeurs, comme son travail et ses sacrifices à lui.

Florent

lundi 2 octobre 2017

Jouer sa carrière

C'est certainement la saison qui veut ça, mais en général, hormis pour Madrid et éventuellement Saragosse, le public se rend aux corridas d'automne avec moins de tension, et plus grand chose à espérer, car les dés sont déjà jetés. Cette ambiance était encore vérifiable samedi aux arènes de Mont-de-Marsan.
Pourtant, les toreros, en fonction de leur situation, peuvent parfois jouer gros sur des corridas de fin d'année. Gagner ou perdre. Historiquement, il y a près de trente ans, à la fin du mois d'octobre 89, Hubert Yonnet, directeur des arènes d'Arles, organisait une corrida de clôture de la saison avec des toros de son propre élevage. Entre autres, à l'affiche, il y avait El Fundi, qui toréait sa première corrida en France... Et El Fundi, aujourd'hui, c'est le matador espagnol qui en a toréé le plus dans notre pays. Avec comme point de départ à toute cette trajectoire, une corrida de fin de saison.
Les trois toreros de samedi totalisaient avant le paseo à peine une petite dizaine de corridas à eux trois cette année. Et pourtant, il était franchement intéressant de les voir.
Ils rencontrèrent une corrida de Victorino Martín, inégalement présentée, et dont les 18 piques reçues furent flatteuses, car si les toros ont été bravitos, ils ont en général eu peu d'emploi et de puissance sous le fer. Après, ils furent nobles à divers degrés.
Mathieu Guillon semblait avoir joué sa carrière il y a cinq ans, au soir d'une alternative pendant les fêtes de la Madeleine où il vécut l'un des pires cauchemars envisageables pour un torero : entendre les trois avis à cette occasion. C'était un sacré pari pour le torero local de revenir qui plus est face à une corrida de Victorino Martín. Mais le manque de pratique et d'expérience s'est fait sentir. Si Guillon eut ses meilleurs moments avec les banderilles, et semblait être conscient de ses limites, il ne fut pas à la hauteur du deuxième toro, le meilleur Victorino du lot, et accumula trop de passes sans jamais donner de distance face au cinquième. Néanmoins, l'estocade efficace portée face à ce toro parut le libérer d'un poids qui pesait depuis cinq ans sur ses épaules. Il sera difficile tout de même de remplir l'agenda l'année prochaine.
Manolo Vanegas a pris une alternative de catégorie au mois de juin à Vic, face à de sérieux toros d'Alcurrucén, et c'était une sacrée performance. Le vénézuélien a eu peu de corridas depuis, et après avoir affronté samedi un premier adversaire éteint et manquant de fond, il montra face au dernier Victorino, le plus dur du lot, toutes les qualités que l'on avait pu entrevoir quand il était novillero. Un solide espoir, indifférent aux deux corrections infligées par le toro, et une volonté à toute épreuve malgré le danger. Il y a par ailleurs, chez Manolo Vanegas, un véritable métier, et de quoi espérer pour aller beaucoup plus loin. Oreille fort légitime après une estocade spectaculaire et l'envie de revoir ce garçon.
En 2016, il y avait déjà eu une corrida de clôture avec des Victorino Martín à Mont-de-Marsan. A ce moment-là, c'était seulement la deuxième de la saison d'Emilio de Justo, qui avait triomphé deux mois auparavant aux arènes d'Orthez. Mais sans un autre succès à Mont-de-Marsan, qui sait, de Justo aurait probablement eu plus de portes fermées en 2017. Mais voilà, il y a un an quasiment jour pour jour, il déballa sa torería sur le sable du Plumaçon, et coupa les deux oreilles d'un Victorino.
Cette année, si son nom est revenu souvent dans les discussions, le nombre de corridas qu'il eut à toréer est peu élevé. Et pour tout dire, ce matador n'est pas reconnu à sa juste valeur.
Samedi, contrairement à d'autres sorties cette année, l'épée fit défaut à Emilio de Justo, qui repartit avec juste une oreille en poche. Mais cette dimension, en fin de faena face au quatrième toro, cette façon de toréer de la main gauche, en relâchant complètement le corps, c'était du beau, du pur et du grand toreo. Un talent qui peut-être serait resté inédit pour toujours si n'avaient pas existé des opportunités de fin saison...

Florent

mardi 26 septembre 2017

L'académie du bonnet vert

Courage linéaire, et certainement aussi vision rugbystique de la tauromachie. Il y a vraiment, chez les forcados, quelque chose de pas commun. Car dans quasiment toutes les autres disciplines face au toro, le principe est d'esquiver la bête. Mais ici, il est question de la recevoir de plein fouet, au cours d'un puissant duel et d'un choc inévitable. Offrir son corps à la science.
J'ai d'ailleurs du mal à comprendre pourquoi, du fait de cette tradition, le rugby connaît aussi peu d'engouement au Portugal. Certes, il y eut une percée en la matière, un peu anecdotique, puisque le Portugal participa au Mondial 2007 de rugby en France. Cela donna notamment un curieux Nouvelle-Zélande – Portugal, avec une valise à la clé pour nos amis de Lusitanie, mais tout de même un essai inscrit face aux All Blacks, un exploit, fêté comme la conquête d'une autre planète.
Chez les forcados également, c'est le collectif qui doit s'imposer. Derrière le forcado qui reçoit en premier le toro sur lui, la ligne qui suit doit être solidaire et ne jamais rompre. C'est une obligation, quand on sait que les toros du Portugal en général sont forts, robustes, et arborent des origines de type Pinto Barreiros ou Comte de la Corte.
En France, voir des forcados dans une arène est relativement récent, puisque cette forme de tauromachie n'est arrivée qu'à la fin des années 60. S'il y a des corridas portugaises chez nous, elles restent assez rares tout au long de la saison, et sont cantonnées à des soirées d'été.
Évidemment, le plus impressionnant dans ces courses-là – et pardon pour les toreros à cheval –, reste le duel de fin de combat. Entre ces forcados anonymes, dont les groupes qui existent ont tous le label amateur, et le toro. Quand le silence s'installe sur les gradins, les impacts sont forts, et parfois terribles.
Au cours de ce mois de septembre, deux forcados sont morts suite à des blessures en piste au Portugal. Pedro Primo, 25 ans, du groupe de Cuba, et Fernando Quintela, 26 ans, que l'on voit sur la photo, et qui lui était du groupe d'Alcochete.
Pour tous les forcados qui font des saisons complètes au Portugal, et pour ceux qui viennent parfois l'été dans les arènes françaises, sous les lumières des projecteurs et des lampions, on leur prête par moments un aspect comique. Avec une tenue particulière, tout comme l'est aussi leur façon d'appeler les toros. Mais c'est un grand moment de vérité, et quelque part, eux aussi sont toreros.

Florent  

mardi 19 septembre 2017

Revenir à Nîmes

Ou pas. Ce n'est pourtant pas l'envie qui manque, et c'est même bien plus sérieux qu'il n'y paraît. L'idée et la sensation ont de quoi travailler l'esprit au moins pour qui un jour y a habité. 
A suivre de loin les ferias de Nîmes, d'un oeil ou d'une oreille, la chose taurine semble y être arrivée à un moment délicat, et avec forcément de quoi susciter l'inquiétude. 
La dernière feria des Vendanges, pourtant, avait débuté avec un remarquable et brillant discours d'Éric Dupond-Moretti. Un brindis qui donnait l'envie d'y être, d'écouter et de regarder. Dupond-Moretti, qui un jour avait dit à propos de son métier d'avocat, spécialisé en matière pénale "quand vous vous adressez aux jurés en Cour d'assises, il faut passer pour la personne avec qui ils aimeraient prendre le Ricard. Pas le champagne". Instaurer un lien profond et populaire.
Populaires, comme le sont les racines de la corrida, et cette dernière ne devrait jamais être tentée de s'en couper ou de s'en défaire. 
Revenir à Nîmes, peut-être un jour. Plutôt un doux week-end de septembre, car à Pentecôte, il y a Vic. Arriver du côté de la gare, traverser l'avenue Feuchères, voir l'esplanade, puis les arènes.
Un lieu chargé d'histoire où il est arrivé d'y faire rentrer près de 20.000 personnes pour des corridas. Les années fastes, elles, semblent avoir vécu. L'engouement est en baisse. Les raisons sont multiples, mais, rassurez-vous, les antis-corridas n'y sont pour rien là-dedans.
De loin, en voyant la cuvée 2017 de la feria des Vendanges s'achever, ce furent encore les mêmes soucis et remarques de la part de l'afición.
Les facteurs sont donc nombreux. Il arrive même désormais que des affiches de vedettes ne fassent que moitié d'arène, impensable il y a quelques années encore. Peu de variété, surtout au niveau des élevages ; la vitrine que pouvait être Canal + France n'est plus là depuis belle lurette ; et le panel des toreros vedettes pouvant remplir les arènes a considérablement diminué (Manzanares père, Ojeda, Muñoz, Espartaco, Rincón, Joselito, José Tomás...).
Les places y sont chères, même vers le haut des gradins, et ce que certains trouvaient autrefois exceptionnel est devenu aujourd'hui du pur conformisme. Ils en ont trop fait, et cela a même été probablement contre-productif : confirmations d'alternatives à Nîmes, oreilles, queues, corridas de présentation moyenne voire médiocre, vueltas, indultos, même en corrida à cheval.
Et une inarrêtable dégringolade dans le sérieux. Nîmes, aussi, s'est coupée du monde, plus de commission taurine, plus de lien avec les autres villes taurines françaises, et peu de rapports avec l'afición locale hormis le temps d'un week-end pédagogique en début de saison. 
Simon Casas, pourtant, de par sa stature, dispose théoriquement de tous les éléments pour relancer la machine nîmoise. Mais revenir au premier plan, cela restera extrêmement difficile. 
Il y a quand même l'envie d'y revenir. Qu'importe l'affiche. Faire le trajet habituel, passer près de la gare, de l'avenue Feuchères, et croiser la statue représentant l'homme qui a donné tellement de force à cette passion. Même plus de vingt-cinq ans après sa disparition, il donne envie de se battre pour celle-ci. De voir une belle et grande course de toros aux arènes de Nîmes. Et admirer ses vieilles pierres.

Florent

lundi 18 septembre 2017

Danse avec les loups

Dans la quête d'un monde meilleur, quoique puissent en dire nos opposants, il y aurait certainement des courses de toros. Deux petites heures à peine passées sur les gradins des arènes de Sangüesa, à discuter, et à partager des verres avec des gens du cru, puis partir plus tard et se dire au revoir, comme si l'on se connaissait depuis vingt ans. Peu de scènes de la vie quotidienne pourraient offrir ce genre de moments.
Sangüesa, à l'Est de Pampelune, est l'une de ces nombreuses ferias de Navarre d'août et de septembre. Sangüesa est en altitude, quasiment à la limite de l'Aragon, et ce samedi après-midi, il n'y faisait pas bien chaud. Douze ou treize degrés à l'ombre. Au loin, des éoliennes sur les sommets, et derrière, le grand lac de Yesa, paysage impressionnant, très vaste, et où peu de touristes s'aventurent à cette saison.
Les arènes de Sangüesa, si elles ont beaucoup moins de charme que celles de Peralta ou de Tafalla, sont une enceinte de briques, et à l'intérieur, il y a des gradins à la fois en bois et en fer. Un long mur circulaire de briques donc, on pourrait se croire à Toulouse.
En arrivant à Sangüesa, en début d'après-midi, on a l'impression d'un village en fête mais désertique. Peu de monde dans les rues et le long du parcours de l'encierro, couru chaque matin. Sangüesa, c'est aussi là où en 2005, un novillo s'est barré des arènes pendant la course, et a été repris et "estoqué" par la police un kilomètre plus loin.
A Sangüesa, le grand intérêt du cartel était le lot de toros d'Alberto Mateos Arroyo, un élevage peu connu, inédit en France, bien que certains s'y soient intéressés à un moment. De source sûre, il y a même failli y avoir un lot de toros à Orthez il y a quelques années.
Un élevage de pure origine Baltasar Ibán, et dont on peut dire, si c'est compréhensible, qu'il est plus Ibán que Baltasar Ibán ne l'est à l'heure actuelle.
L'élevage d'Alberto Mateos Arroyo, situé dans la province de Salamanque et en allant vers Zamora, a une triste particularité. Il est régulièrement décimé par les loups qui peuplent la zone, et ainsi, s'attaquent aux veaux et au troupeau en général. C'est un petit élevage, dont les sorties annuelles sont peu nombreuses. Pas trop d'opportunités, si ce n'est dans de petites arènes, et il faut jongler entre les dégâts des loups et ceux des requins du mundillo.
A Sangüesa, c'était un très beau lot, en pointes, avec du trapío, sauf peut-être le premier plus léger. Des toros qui devaient peser entre 470 et 500 kilos, mais étaient parfaitement dans le type Ibán. En comportement, de la caste, et de la bravoure aussi. Ce qui est frustrant dans ce type d'arènes, c'est le tiers de piques. Les chevaux étaient démesurés ce samedi, et les piques furent trop longues. Alors que les Mateos Arroyo auraient pu sans problème supporter deux à trois rencontres raisonnables. Braves face aux picadors assis sur des montagnes, et sans jamais sortir seuls du matelas.
Je pensais, après avoir entendu pas mal de témoignages sur cet élevage, qu'il y aurait peut-être un poil plus de sauvagerie. La tendance générale de cette corrida fut la noblesse. Mais attention, il y avait de la caste, des toros exigeants, mourant le plus souvent la gueule fermée, fièrement, vers le centre de la piste.
Les toreros, s'il faut souligner leur mérite d'avoir combattu une corrida sérieuse et en pointes, ont coupé des oreilles généreuses. Cinq au total. Sánchez Vara a toréé avec métier, posant les banderilles dans le berceau, mais toréant assez loin avec la muleta. Le colombien José Arcila a été bien mieux qu'à Tafalla un mois auparavant, et quelque part, ce n'était pas bien difficile. Il fit deux jolis quites à la cape. Enfin, le navarrais Javier Marín, qui a pris l'alternative en juillet à Tudela, malgré sa grande volonté et sa sincérité, semble manquer de pratique.
Curieuse fut la présidence au cours de cette corrida, faisant jouer la musique quasiment dès les premières passes de muleta, et mieux encore, applaudissant les arrastres à la fin des combats !
Il n'empêche que la vuelta au sixième, Aceitunero, numéro 2, un toro brave, encasté, et avec beaucoup de transmission, n'avait rien de contestable. Un grand toro, vraiment. Faire ce genre de déplacement, pour des découvertes, et revenir avec de telles images en tête, cela vaudra toujours le coup. Puissent les Alberto Mateos être épargnés et danser avec les loups.

Florent  

mardi 12 septembre 2017

On dirait le Sud

Vient un beau jour où un tas de choses vous donnent envie de fuir. Comme le microcosme taurin du sud-ouest, qui à force de guerres d'égo, en vient parfois à se prendre plus au sérieux lui-même qu'il ne prend au sérieux la dramaturgie de ce qui se passe en piste. Dommage, regrettable, et tout ce que l'on veut. Goutte d'eau faisant déborder le vase, les commentaires lamentables ayant suivi la novillada-concours de Saint-Perdon, et le salut en piste à la fin de la course de José Antonio Baigorri et de sa fille Patricia, propriétaires de l'élevage de Pincha.
Je me souviens qu'au lycée, alors que le mois de septembre réservait encore de splendides journées, un copain m'envoyait des messages de ses escapades en Rioja ou en Navarre, terres de vignes et de toros. Peralta, Arnedo, Sangüesa, Corella, et bien d'autres.
Mais il fallait s'armer de patience afin d'en faire de même. Le même copain, un jour, m'incita à sécher les cours à la fac quitte à manger un zéro pour aller assister à la dernière novillada de l'histoire des arènes d'Arnedo. Le choix était vite vu, il n'y avait pas photo ! Et ce fut Arnedo.
En septembre, la route qui mène au paysage désertique du Sud de la Navarre est beaucoup moins chargée que durant les heures de pointe de l'été. Entre routes littorales et routes de montagne, on se sent vacancier solitaire. Sur le chemin de fêtes où à cette saison les gens s'habillent encore de rouge et de blanc, alors qu'en France, au mois d'août, tout ça, c'est déjà terminé.
C'est différent là-bas, et ça respire à fond l'authenticité. Comme les tertulias d'après course dans le joli local du Club Taurino de Peralta. Chacun s'exprime, et les avis sont très divergents, on évoque une vuelta potentielle pour le sixième Cuadri, l'appréciation des novilleros n'est pas la même, celle du tiers de piques non plus, mais personne ne hausse le ton et tout se passe dans une extrême simplicité.
Peralta, dont les arènes ont été inaugurées en 1883, est un village dont la feria dure une semaine ! Quatre novilladas piquées, une corrida à cheval et un festival sont programmés, mais malheureusement éparpillés sur toute la semaine, ce qui oblige à faire des choix. Cette année, les quatre piquées provenaient des élevages de Pincha, Cuadri, San Isidro (qui venait souvent en France à une époque sous le nom de Bernardino Giménez ou Giménez Indarte) et Ana Romero. Ce sont ces derniers, les Santa Coloma d'Ana Romero, qui ont obtenu le prix de la feria.
Dimanche 3 septembre, la novillada de Pincha est sérieuse et très armée, et inégale en comportements. Quatorze piques, des novillos plus ou moins encastés. Fernando Flores et le très courageux Aquilino Girón coupent chacun une oreille. Maxime Solera, qui avait été triomphateur de la feria en 2016, est allé a portagayola, a fait une bonne lidia au troisième, mais a connu des difficultés avec l'épée face au lot le moins évident. On aurait aimé voir le français El Adoureño ce jour-là, afin de se faire une idée, car il est inédit pour le moment en novillada piquée chez nous. Mais il déclara forfait et fut remplacé par Girón.
Le jeudi 7, les Cuadri ont été très nobles et mobiles, avec un véritable fond de caste. Les novilleros en général n'en ont pas profité, et Juan Carlos Benítez, qui a été le plus novillero des trois, a coupé la seule oreille face à l'excellent sixième. Le lot de Cuadri a confirmé la tendance de cet élevage à avoir des sorties irrégulières. Mais il y a toujours, c'est une certitude, des choses intéressantes, comme ce lot de Peralta.
Fête, encierros en grand nombre, et novilladas, c'est ça Peralta. Une vieille arène où en fin d'après-midi, on remarque que les gradins du soleil sont exclusivement peuplés de jeunes. Et c'est bien, car il faut penser à l'avenir.

Florent   

dimanche 10 septembre 2017

Ça existe encore

Soleil frais de fin d'été, du mois de septembre, le mois des choses inattendues en tauromachie, et où l'on se dit avec désarroi qu'une fois de plus, ce con d'été en question, il est passé bien trop vite.
Du Sud de la Navarre au Pays Basque, il y a une petite centaine de kilomètres, mais les paysages sont clairement tranchés. L'aride et l'ocre pour la Navarre, et le vert pour le Pays Basque.
Zestoa, pour faire simple, est située à peu près à mi-distance entre Azpeitia et Deba, qui sont deux autres places taurines de la province de Guipúzcoa. Azpeitia, Deba, Zestoa ainsi que San Sebastián sont les quatre seules arènes actives de la province à l'heure actuelle, tandis que d'autres, si elles sont encore debout, ne donnent pas ou plus de courses, comme c'est le cas d'Eibar et de Tolosa.
C'est la région taurine la plus proche de la France, et cette proximité fait que l'on peut en profiter. A l'autre bout de la chaîne des Pyrénées, côté catalan, il y a également d'autres arènes proches, et des belles, comme celles d'Olot en pierre volcanique, ou celles de Figueres, dont on déplore comme d'autres l'abandon.
En arrivant à Zestoa le midi, on remarque un long couloir de sable, un peu en pente, avec autour des façades, un bar, une église et la mairie. A cette heure-ci, les tables et les chaises du bar sont de sortie sur la piste. Pourtant, à six heures du soir, il conviendra de les ranger. A midi, le novillero à l'affiche et ses banderilleros inspectent les lieux.
C'est là que je fais la connaissance d'Asier Campos, banderillero d'Azpeitia que l'on a souvent vu en France cet été, et souvent à son avantage. Avec Asier, on parle des plazas du coin, Azpeitia, Deba, Zestoa. Asier évoque aussi les liens tauromachiques de sa famille. Son frère était rejoneador et s'appelle Igor.
D'Hossegor ? Cherche pas t'as tort.
A Zestoa, le charme des arènes est différent de celui de Deba, mais tout aussi fort. Quel régal dans les deux cas.
Pas mal de villages d'Espagne – plus qu'on ne le pense – donnent encore des toros sur leur place principale, et il s'agit de la meilleure évocation des racines de la tauromachie.
A Zestoa, la fête taurine peut paraître folklorique ou improvisée, mais l'on est loin du compte en pensant cela ! Il s'agit d'une tradition très ancienne, et en 2016, on y avait fêté les 350 ans de tauromachie en organisant un festival où l'on fit venir toréer José Pedro Prados "El Fundi" !
Et un jour, il y a quelques années, des antis-taurins firent une consultation pour le maintien ou non de la tauromachie dans le village... et c'est le "oui" qui l'emporta de façon écrasante.
A dix-sept heures trente, l'orchestre municipal joue "Amparito Roca" dans la rue qui mène aux arènes. C'est le pasodoble fétiche du village et qui crée l'effervescence. D'ailleurs, l'harmonie le jouera encore une fois en piste, puis une autre fois au paseo !
Les arènes sont pleines à six heures du soir, comme à Deba, et les balcons aux alentours sont bien garnis. L'élevage à l'affiche est toujours le même : Adolfo Rodríguez Montesinos, du Santa Coloma de Castille, un fer qui était venu en corrida à Orthez en 2009.
Il y a seulement deux erales lors des non piquées de Zestoa, précédant un lâcher de vachettes. C'est le novillero Alfonso Ortiz qui affronta les erales, un premier fuyard et un autre noble, saluant au premier et coupant une oreille à l'autre. Il connut, face au Montesinos d'ouverture, une énorme frayeur en se faisant coincer contre un mur après l'estocade. Des contusions à la cuisse l'obligèrent à passer par la case ambulance au moment de quitter les arènes.
Celui qui fut le plus ovationné lors de cette novillada express fut le tout jeune sobresaliente colombien Sebastián Gómez "El Bogotano", à peine 16 ou 17 ans, et invité par Ortiz à poser les trois paires de banderilles face au deuxième eral.
La novillada, dans une ambiance festive, est passée extrêmement vite. Mais il y avait tout de même le temps de s'arrêter quelques secondes, et de se demander si tout cela était bien réel.

Florent

mercredi 6 septembre 2017

Ce soir, ou je t'achèterai une maison...

Torero mystère, Paco Ureña aurait pu le rester dans l'anonymat de l'escalafón. Il fait partie, dans cette profession, des miraculés qui sont tardivement parvenus à éclore. Quand le nom de Paco Ureña n'est plus devenu un inconnu sur les affiches, il avait déjà plus de trente ans.
Et samedi dernier à Bayonne, il a laissé l'un des plus beaux souvenirs tauromachiques de l'été.
Je me suis alors souvenu d'une conversation avec un novillero il y a huit ans. Paco Ureña, au terme de sa première corrida en France, à Vergèze, dans le Gard, venait de couper deux oreilles à des toros de Pagès-Mailhan. Après cette corrida du printemps 2009, le novillero m'avait dit "tu vas voir, Paco Ureña a énormément de qualités, de potentiel, il va percer et aller très loin". Passèrent ensuite les saisons, et de petites temporadas pour Ureña. Des saisons avec parfois deux, trois, quatre corridas seulement. Des corridas dans des bleds et des petites arènes. Où quand il s'agissait de corridas sérieuses, elles étaient noyées par la fête. Comme à Tafalla, en Navarre, où Ureña a toréé plusieurs fois. On le voit sur cette photo prise en 2011 à Tafalla par Laurent Larrieu, lever l'épée face à un toro de Prieto de la Cal.
Mais Paco Ureña s'est fait violence. Et après quelques triomphes dans des arènes importantes, et une oreille obtenue un été à Madrid, c'est dans la capitale qu'il est parvenu à se consacrer pour de bon, à l'automne 2015. Face à des toros d'Adolfo Martín, il a été d'une pureté rarement égalée. Avec l'épée, il n'avait pas eu de chance ce jour-là, repartant sans oreilles ni grande porte. Mais s'il existe une preuve que ce fut un véritable triomphe, c'est que l'on en parle encore aujourd'hui. Grâce à celui-ci, on sait ce dont Paco Ureña est capable. Cette corrida l'a propulsé au plus haut niveau. Comme quoi, le novillero avait raison en 2009, bien des années auparavant. Les toreros sont souvent de très bons aficionados avant tout.
La mine triste que promène Paco Ureña sur le sable des arènes suscite parfois moqueries et railleries sur les gradins. Mais quand ce torero avance la jambe, envoie son courage et son coeur dans la bataille, à vrai dire, plus personne ne rigole.
Samedi à Bayonne, les toros d'El Juli faisaient partie de l'une des toutes premières corridas de l'histoire de l'élevage. Une sortie expérimentale, et comme souvent dans ce cas-là, une corrida peut sortir aux antipodes de ce qu'en attend le ganadero. Pas sûr qu'El Juli cherche des toros avec de telles difficultés. A Bayonne, la corrida fut intéressante du fait de ses défauts. Un manque de caste, une tendance à s'enfuir de la muleta à mi-faena ou avant, et beaucoup de coups de tête.
C'était, par ailleurs, une corrida sérieuse de présentation.
Paco Ureña, costume vert feuille et or, a affiché ses intentions dès le premier toro de l'après-midi. Celui de Juan Bautista, avec un quite en plein centre de l'arène, par gaoneras, et sous le silence le plus total.
Ensuite, Ureña eut affaire à Niñero, un toro qui venait bien dans la muleta, avant de donner des avertissements presque à chaque passe. A trop s'exposer, Paco Ureña fut pris, soulevé, mais ressortit de l'accrochage comme si de rien n'était. Une estocade très engagée au second essai, comme un coup de canon, et une première oreille.
Le cinquième toro, Notificado, était lourd et imposant. Juan Bautista venait de couper les deux oreilles du toro précédent, et on imaginait bien que Paco Ureña ne voulait guère en rester là. Notificado désarçonna le picador Pedro Iturralde, et s'avéra dur aux banderilles, manso, âpre, difficile, en filant plein de coups de tête. La faena, d'abord au centre, fut un modèle de toreo stoïque, avec dedans de très beaux passages, dont des naturelles. Le toro du Juli, finalement, décida de partir vers les planches, et Paco Ureña se mit dans les cornes, au cours d'une impressionnante démonstration de courage et de domination. La corne toucha même son corps à un moment, mais il n'en avait que faire. Là encore, une énorme estocade, et cette fois, les deux oreilles.
Mais surtout une question qui planait en sortant des arènes : est-il possible de toréer avec autant de sincérité ?

Florent

vendredi 25 août 2017

Toros en Tafalla

Partir à l'aventure. Comme Fabrice Torrito, né en 1964 à Nîmes, la veille d'une corrida des Vendanges. Signe du destin. De ceux qui ne trompent pas.
Partir de loin surtout, car je n'ose même pas imaginer l'état dans lequel ce dernier a récupéré l'élevage du Marqués de Albaserrada il y a quelques années. Un fer qui devait être, comme on peut l'imaginer, dans une situation plus que délicate et précaire.
Et puis, savoir ce français partir un jour en Andalousie, élever des toros d'origine Pedrajas, et tenter de relancer la machine, cela a de quoi attirer l'attention. Soit il est fou, soit il a vu la lumière, ou bien dans le monde des passionnés et des rêveurs, il tient le haut du pavé.
Car dans l'origine Pedrajas cette dernière décennie, on est plus proche du vide que d'autre chose. Il paraît qu'il reste encore quelques bêtes chez Isaías y Tulio Vázquez, mais en revanche, chez Guardiola, avec la fameuse devise de María Luisa Domínguez Pérez de Vargas, hélas, plein de fois hélas, le crépuscule est tombé.
Il faut être un peu fou aussi pour envoyer un lot de toros aux arènes de Tafalla. La petite ville de Navarre, qui possède une très belle feria avec encierros et corridas, n'est pas la plus regardante qui existe sur la rigueur des combats de chaque toro.
Tafalla, dont au mois d'août la campagne aux alentours est de couleur paille, a une superbe plaza, bâtie au XIXème siècle. Pour les combats de chaque toro, malgré tout, le club taurin local essaye d'imposer du sérieux ces dernières saisons, et c'est une initiative remarquable. Après le paseo de la corrida de Marqués de Albaserrada du 15 août, la présidence annonça au micro qu'aucun tiers de piques ne serait changé avant deux rencontres au minimum. Le même message était affiché à l'intérieur du callejón sur de petites pancartes afin d'en avertir les picadors et cuadrillas. Curieusement, à l'écoute du message de la présidence, la moitié des picadors au moins se mit à rire et à pester. Comme si c'était un fardeau, alors qu'il s'agit simplement d'une volonté de tirer les débats vers le haut. Réagir ainsi, et plus tard piquer les toros de très mauvaise manière pour la plupart d'entre eux, c'était se tirer une balle dans le pied.
Dix jours à peine après la novillada de Riscle, forte mais dénuée de tout moteur d'après les présents, une vraie et déchirante déconvenue comme en ont connu au moins une fois dans leur existence tous les ganaderos, Fabrice Torrito faisait combattre à Tafalla une course sérieuse et âgée dans sa majorité.
Des poids lourds, qui auraient certainement pu franchir le toril des plus grandes arènes. Ils sortirent, pour pas mal d'entre eux, avec des pointes abîmées du fait des manoeuvres successives : desencajonamiento, encierro, enchiqueramiento...
Les quatre premiers, imposants et âgés, eurent tendance à s'arrêter vite dans le combat et à se défendre sur place. Il y avait face à eux un cartel sans rien de pimpant. Le catalan Serafín Marín, qui doit certainement songer au fait qu'il aurait pu avoir une autre carrière, le castillan Joselillo, et le colombien José Arcila, un torero méconnu.
Ce qui n'est écrit sur aucune pancarte en revanche, pour les toreros, c'est que Tafalla est une arène où en règle générale on ne fait pas le pas de plus. Certes, le danger existe dans chaque arène, mais les toreros réfléchissent probablement à la répercussion que pourrait avoir une prestation en se jouant la vie pour de vrai au centre de la plaza de Tafalla. Un écho sûrement minime, et on a quand même tendance à le remarquer chaque année à Tafalla.
Sauf si tu t'appelles José Miguel Pérez "Joselillo", et qu'avant une corrida la veille à Cenicientos (!), cela faisait onze mois que tu n'avais pas mis d'habit de lumières. Joselillo, qui possède une bonne situation dans le civil, est un torero d'afición débordante, à l'ancienne, avec un répertoire sec, rustre et sans élégance, mais avec une terrible envie de bien faire. Il le montra déjà face au deuxième, difficile et qui balançait de sacrés coups de tête, puis au cinquième, un toro encasté et intéressant. Encasté fut aussi le sixième toro pour le colombien Arcila. Dommage que celui-là ait été mal abordé, mal piqué, et soit reparti inédit. Au moins deux toros pour garder espoir, rêver encore, et se dire que dès le départ, Fabrice Torrito avait eu raison d'y aller. Y aller, et se battre pour une si belle cause. Celle des toros puissants, mobiles, aux armures fines, et redoutables, et en rêvant qu'un jour, peut-être lointain, au cours d'un même après-midi, il en sorte six braves.

Florent

jeudi 24 août 2017

Ponce à Roquefort

J'aime bien, voire beaucoup même, les arènes en bois de Roquefort. Cela fait authentique comme cadre. Peut-être aussi, parce qu'au détour d'une route de vacances, à l'été de l'an 2000, j'avais copieusement tanné mes pauvres parents dans l'idée d'y aller. Ce sont les premières arènes où j'ai assisté à une course dans le département des Landes, le plus taurin de France.
Avec le souvenir d'un jeune novillero décousu mais extrêmement courageux, Antonio de Mata, qui ce jour-là avait volé sur les cornes d'un novillo de San Martín. J'ignore exactement ce qu'il est devenu aujourd'hui, il a disparu du circuit, et j'avais lu un jour qu'il s'était essayé à une carrière de comédien. Sans nouvelles depuis. En tauromachie, les places au soleil sont malheureusement bien trop rares pour pouvoir contenter tout le monde.
Cette année à Roquefort, c'était le retour des Saltillos de Joaquín Moreno de Silva après la grande novillada de 2016. Et hélas, cette fois, par rapport à la cuvée 2016, le lot de cette année fut quelques niveaux bien en-dessous. En présence déjà, en caste aussi, et surtout en cornes, avec de nombreuses armures abîmées.
C'était pourtant le fer de Saltillo, un élevage à la fois fantasmé par les toreros et les aficionados. D'un côté parce que beaucoup de professionnels taurins considèrent qu'il est un élevage de l'impossible avec six démons par après-midi. Et de l'autre, l'idée des aficionados les plus toristas qui en attendent à chaque fois des comportements exclusivement sauvages et dignes du XIXème siècle. Or, en réalité, il y a un peu de tout chez Moreno de Silva. Du Saltillo, mais aussi du Santa Coloma – Buendía. Et à Roquefort, d'ailleurs, plusieurs novillos, avec noblesse, se laissaient parfaitement manoeuvrer. En revanche, s'il existe une tendance souvent confirmée dans cet élevage, c'est que plus les toros et les novillos ont le museau fin, s'approchant de la morphologie Saltillo, plus ils sont durs et coriaces.
Devant ce lot inégal, dont le sixième fut supérieur, c'est Daniel García qui triompha en coupant deux fois une oreille. Un triomphe assez généreux, avec deux faenas longues et pas forcément des choix de terrains opportuns. Il n'empêche que Daniel García délivra tout de même de beaux gestes.
Miguel Angel Pacheco empocha également un trophée, face au deuxième, dont les cornes étaient très délabrées et suscitèrent des protestations.
Et puis il y avait Ponce. Pas Enrique. Même si en retraçant la carrière du torero de Chiva, cela aurait été parfaitement possible de le voir dans les années 80 annoncé du côté de Roquefort.
Il s'agissait de Manuel Ponce, jeune novillero sans lien de parenté avec lui, vêtu d'un costume vert émeraude et or. Une semaine après son combat face aux Monteviejo de Parentis. Cette fois, dans la Monumental des Pins de Roquefort. Et puis, Ponce et bois, ça va bien ensemble.
Manuel Ponce, face aux Saltillos, est le seul à ne pas avoir obtenu de trophée. Pourtant, l'audace ne lui a pas manqué. Deux fois à portagayola, à s'agenouiller face au toril et à attendre. Un combat exposé face au premier, avant la foudre du quatrième, Lechucito, numéro 22, le plus Saltillo du lot. Peut-être affublé d'un problème à un oeil, mais dans tous les cas difficile dans le combat. Entre les piques et les banderilles, l'hilarité d'une partie du public devant les problèmes rencontrés par un subalterne à la surcharge pondérale était cruelle et n'avait rien de rassurant. Dans de telles situations, on a l'impression que le réel danger existant n'est pas pris en pleine considération. Lechucito était un novillo dur, très dur. Et ce que fit Manuel Ponce à la muleta, de manière brève, ce fut essayer plus que dignement. Quatre ou cinq tentatives de muletazos, pour capter une charge âpre, venant directement sur l'homme. Ce n'était pas une faena moderne, avec un quota minimal de passes. Manuel Ponce a essayé avant d'aller chercher l'épée, pour porter une estocade plus qu'honorable. Pas besoin d'une faena complète pour apprécier la sincérité du moment.

Florent

mercredi 23 août 2017

Vive la mariée

Mêlées entre tourisme et fêtes, les rues de San Sebastián sont bondées ce samedi 12 août ensoleillé. C'est la Semana Grande, qui chaque soir, connaît une immense effervescence, avec la baie de la Concha noire d'un monde venu contempler les feux d'artifices.
A l'angle de la rue principale (Kale Nagusia) et de la rue du 31 août se dresse la Basilique Sainte-Marie-du-Choeur. C'est jour de noces, et on devine aisément que les nouveaux mariés n'ont pas innocemment choisie cette date. Le carrosse de la mariée est une jolie décapotable, ancienne, avec un conducteur impeccablement vêtu et arborant un chapeau haut de forme. Tenue d'apparat pour la jeune femme, une belle et longue robe blanche, qu'observent tour à tour les passants, les locaux et les touristes qui y vont de leurs photos. Noces guindées. Le nouveau marié, lui, doit déjà être arrivé. Moment religieux d'une grande cérémonie. On leur souhaite une longue vie... commune.
A San Sebastián, ce jour-là, c'est aussi la première corrida de feria. Dans l'ovni d'Illumbe, de grandes arènes couvertes et polyvalentes aux sièges couleur bleu ciel. Elles ont été inaugurées en août 1998. Perchées au-dessus du stade d'Anoeta, elles succèdent au Chofre, situé bien plus près du centre, et qui avait été fermé dans les années 70.
A l'affiche d'Illumbe, des toros de Zalduendo pour Morante de la Puebla, Andrés Roca Rey et Ginés Marín. Zalduendo, qui est du pur Domecq appartenant désormais à de riches propriétaires mexicains, est un fer d'histoire très ancienne. Pour faire court, il fête en 2017 ses deux-cents ans, et était initialement basé en Navarre et détenteur, forcément, d'une toute autre origine.
Le Zalduendo d'aujourd'hui, c'est l'archétype du toro commercial, la quantité privilégiée à la qualité. Et souvent, le manque de caste, de bravoure, de moteur, de forces. Il y avait de belles armures, mais peu de trapío derrière, trop peu pour une arène de première catégorie.
Face à ces toros mièvres, le moment le plus vibrant de l'après-midi aura été un duel de quites face au deuxième bis, entre les jeunes espoirs Andrés Roca Rey et Ginés Marín. Des saltilleras – qui sont des manoletinas avec la cape – pour chacun. Un toro qui passe près, et quasiment le seul moment haletant de cette corrida. Le péruvien Roca Rey coupa une oreille qui ne restera pas dans les souvenirs, et Ginés Marín lui proposa les gestes les plus profonds de l'après-midi.
Morante de la Puebla, chef de lidia, fête en 2017 ses vingt ans d'alternative. A San Sebastián, devant seulement une moitié d'arène, son apparition fut très brève, si bien que le chic public de la belle ville balnéaire s'énerva. Morante avait d'abord abrégé devant le premier Zalduendo, complètement figé, décasté et arrêté, si bien qu'il n'y avait pas à en tenir rigueur à Morante... outre le fait d'avoir choisi un tel élevage. Et au quatrième, rebelote, face à un toro qui peut-être permettait un peu plus. Juste quelques passes en cassant le corps vers l'avant, comme un aveu d'impuissance et d'une envie disparue. Pas d'inspiration, et une bronca qui poursuivra le torero même jusqu'à la sortie des arènes.
La photo avec la famille Chopera en arrière-plan, parue le lendemain dans la presse, est édifiante, et retranscrit un peu le sentiment laissé au cours de cette corrida de San Sebastián.
Le lendemain soir, après une corrida au Puerto de Santa María, on apprit que Morante mettait un terme à sa carrière, au moins de façon provisoire. Une envie de divorce, quelque part. Un torero qui pourtant, dans sa situation, est loin d'être le plus à plaindre. On pourra rebondir sur le caractère unique de ses talents, mais aussi penser à ses 350 ou 400 collègues d'escalafón qui existent eux aussi. Ne versez pas de larmes, il n'y a pas mort d'hommes, et peut-être mieux encore, il reviendra certainement.
Que Morante décide de s'arrêter pour un moment n'a rien de nouveau ou de surprenant. A la rigueur, la peine que l'on pourrait avoir se dirige vers ceux qui l'apprécient et le suivent.
Moins pour ses caprices, pour les toros qu'il impose, et ses fulgurances tellement rares. D'ailleurs, en parlant de rareté, ses plus beaux gestes auraient encore davantage de cachet devant autre chose que la panoplie d'élevages habituels. On pourra toujours parler du Victorino Martín de Dax, mais en ce qui concerne l'adversité, ces dernières années, Morante s'y est trop rarement aventuré. Il y avait pourtant, pour briller encore plus, le besoin d'un cocktail de choses rares. Cela aurait eu meilleure figure que d'expédier sans procès des toros que l'on impose mais dont on se plaint. Comme un rendez-vous manqué.
Au fait, l'après-midi, avec une si fastueuse cérémonie, on pouvait songer à de jolis souliers pour la mariée. Belle et envieuse allure de cette dernière... Mais quand papa souleva la longue robe pour monter les escaliers sans trébucher, on découvrit des claquettes aux pieds de la mariée. Le paraître s'écroule.

Florent

mardi 22 août 2017

Château de cartes et de sable

Deba, Pays Basque, province de Guipúzcoa, vendredi 18 août. Au balcon de la mairie, et pour les malheureuses raisons que l'on connaît, le drapeau est en berne. Il s'agit du drapeau Basque, solitaire, car celui du Royaume d'Espagne n'est pas convié au balcon. Preuve d'une identité régionale extrêmement forte en ces lieux.
En bas, pourtant, sur le rectangle de sable surplombé par le drapeau, c'est l'Espagne et sa fête nationale qui sont invitées de longue date. Et ce 18 août, c'était autant le cas pour l'élevage que pour les jeunes toreros à l'affiche. Par ailleurs, la coutume et le formalisme classique d'un après-midi de toros y sont respectés.
Beaux paradoxes qui font que la tauromachie existe et se maintient vivement même hors Castille ou Andalousie.
Les rendez-vous de Deba sont rarement annoncés dans les médias taurins. Mais il est difficile de se tromper à ce sujet, car Deba est située pile entre San Sebastián et Bilbao, aussi bien géographiquement que dans le calendrier taurin.
L'arrivée à Deba, après avoir quitté l'autoroute, vaut plus que le détour. Une route en pente, des virages, la côte et l'océan. Un décor rêvé.
Le village, lui, bercé d'un climat humide mais doux, célèbre une fois à l'année, pour la San Roque, des novilladas sur sa place principale.
Et là, en y arrivant (relativement tôt, c'est mieux, car les arènes font le plein et y trouver des places peut être une quête difficile), on a la sensation de vivre et d'assister à quelque chose d'une autre époque. Sous l'arène rectangulaire et temporaire, il y a des bars, une banque et des commerces. Les façades autour sont belles et les balcons se remplissent à six heures du soir, au moment du paseo.
De la plage à la place, puisque le sable de l'arène provient directement du littoral situé à cinq-cent mètres à peine.
Cette arène, où se côtoient brise et soleil, a quelque chose de magique. Elle fait penser aux lieux que l'on connaît et où l'on rêverait d'y voir une arène. Lieux historiques et maritimes de préférence. De la plage à la place.
A Deba, la banda municipale joue divinement bien, interprétant notamment en piste avant le paseo le splendide "Agüero", du nom du célèbre torero de Bilbao.
Dans l'arène improvisée, un peu plus tard, sortirent quatre pensionnaires de La Ventana del Puerto, d'origine Domecq, le second fer de Puerto de San Lorenzo, sérieux, mobiles, encastés, exigeants, mais offrant tous des possibilités. Le matin, ils avaient couru l'encierro dans les rues du village, avant d'entrer en piste à partir de six heures du soir par le toril situé à l'angle de la place. Ils avaient vraiment de la présence dans cette petite et singulière piste.
Les deux novilleros à l'affiche étaient le madrilène Fernando Plaza et le salmantin Manuel Diosleguarde, qui réalisa les plus beaux gestes face au deuxième.
Le combat, dans une telle arène, n'est pas évident, puisqu'elle est étroite, rectangulaire, sans callejón, et que le sable y est incertain par endroits.
A la mort du troisième, comme à Azpeitia, le Zortziko (mélodie funèbre) est également respecté par le public debout et les toreros découverts, car José Ventura Laca, mortellement blessé en 1846 à Azpeitia, était originaire de Deba.
Les reflets du soleil sur cette arène temporaire, les façades et les habits de lumières ont quelque chose d'unique. Comme une arène qu'un enfant aurait imaginée de façon improbable, au beau milieu d'un village. Une place connaissant la vie routinière toute l'année durant, mais se payant le luxe de s'offrir des toros l'espace de trois ou quatre jours.
Château de cartes et de sable, comme cette plaza de toros de Deba, en Basque ils disent "Zezen plaza". Et bien plus loin, la jetée, le bord de l'océan, les surfeurs, et le même sable que celui des arènes. Une pensée aux éternels estivants. En se rappelant que ces fêtes annuelles, cette tradition, et ces nombreuses couleurs, sont précieuses. Mais il faut s'y rendre, profiter de la puissance de ces moments, se souvenir des rêves d'enfants. Et goûter à l'éphémère.

Florent