mercredi 25 janvier 2017

À jamais le premier (Rétro 97)

Seigneur de Camargue. Monsieur Hubert Yonnet, à jamais le premier.
Y'a vingt ans, s'il était bien entendu ganadero, prolongeant ainsi la très vieille histoire familiale, Hubert Yonnet était également le directeur des arènes d'Arles.
Un matin de la feria de Pâques 97, il y avait une novillada piquée de son élevage. L'un des six Yonnet, "Carabin", fut même honoré d'un tour de piste. Tentant crânement sa chance dans tous les instants de la lidia, c'est le tout jeune Rachid Ouramdane, plus connu sous le pseudonyme de "Morenito d'Arles", qui tira son épingle du jeu et sortit en triomphe après avoir coupé deux oreilles. Les deux autres novilleros étaient eux aussi du cru : Charlie Laloé "El Lobo" et Gildas Gnafoua "Diamante Negro".
En France, la ville d'Arles possède une particularité qui n'est pas anodine. C'est la plus grande commune de l'hexagone en superficie ! Elle s'étend au Sud jusqu'à Salin-de-Giraud, là où est justement situé le Mas de la Bélugue, où vivent la famille Yonnet et leurs toros.
Hubert Yonnet prit la tête des arènes d'Arles dans les années 80, et passera le témoin à la famille Jalabert en 1999. À bien y regarder, c'est délicat de diriger une arène comme Arles. Être directeur de cette arène, c'est même une position sociale à part entière.
La responsabilité est grande, et il y a très nombreuses ganaderías sur le (grand) territoire de la commune. Ce qui implique un nombre important d'observateurs et de commentateurs au moindre faux-pas. Et puis, il faut bien un jour laisser au moins une opportunité à chacun de ces éleveurs, ne pas apparaître comme snob et égoïste.
En 2017, c'est toujours à Arles et dans ses environs que se joue l'actualité et l'avenir des ganaderos français. Au campo.
Trois ans après la disparition d'Hubert Yonnet, en juillet 2014, on peut quand même avoir quelques regrets. Celui, notamment, de voir cet immense et authentique personnage être aussi peu cité en tant que référence, et disparaître des mémoires progressivement. La raison, fort probablement, c'est la réputation des toros d'Hubert Yonnet. Leur présence, leur hauteur au niveau du garrot, et leurs cornes longues et acérées. Leur comportement aussi, compliqué, exigeant, très dur aussi parfois. Car il faut le reconnaître, historiquement parlant, aller au combat face à un toro de chez Yonnet, ce n'est pas de la tarte !
Celui qui apparaît le plus en tant que référence aujourd'hui pour les jeunes ganaderos français, c'est plutôt Robert Margé, lui aussi originaire de Camargue. Certainement parce que Robert Margé a pour sa part réussi autre chose encore, celui de voir des toreros vedettes (notamment Ponce à Palavas) triompher face aux toros de son fer.
Peut-être qu'aujourd'hui, l'envie de voir des figuras être à l'affiche devant ses toros est plus répandue que celle d'avoir des toros de public, sérieux, encastés, exigeants, et qui plaisent aux aficionados purs et durs.
Mais il n'est pas vraiment utile de comparer les trajectoires d'Hubert Yonnet et de Robert Margé, avec pour chacun des mérites différents, et surtout, des destins singuliers.
Hubert Yonnet a avancé à une période où les espagnols rigolaient (jaune tout de même) en évoquant les toros français. Comme quoi il pouvait y avoir en eux des résidus de sang Camargue, avec les cornes pointant vers le ciel, et un instinct douteux. Cela fait pourtant un moment qu'il n'y a plus de toros croisés Camargue, et que la France possède son propre patrimoine ganadero.
Celui d'Hubert Yonnet avec ses toros d'origine Pinto Barreiros. Et ce destin incroyable. Car l'on retient la réputation des "durs" de la Bélugue, mais il ne faudrait quand même pas oublier "Montenegro" en 1981 à Saint-Sever, "Montecristo" à Arles dans les années 90, "Pescaluno" (novillo gracié) en 2002 à Lunel, et bien d'autres encore.
Et puis, le 4 août 1991 à Madrid, "Beauduc" était le premier des six toros d'Hubert Yonnet à fouler le sable de Las Ventas. Six toros qui permirent pour la première fois à un élevage français de prendre l'ancienneté dans l'arène la plus importante au monde. Forcément, aujourd'hui, l'héritage de Monsieur Yonnet est très difficile à perpétuer. Souhaitons que sa famille, et en particulier sa petite-fille Charlotte, puissent être à la hauteur de cette si importante histoire.

Florent  

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