lundi 23 janvier 2017

Face au toril (Rétro 97)

J'ai longtemps cru qu'il était mort. Terrible image d'un torero au costume bleu et or, inerte, face contre terre, sur le sable des arènes de Séville. Impossible aussi de savoir qui était le torero en question.
Quand j'ai découvert les images de cette blessure, c'était dans Face au Toril sur France 3. Plus tard, bien des années après même, j'en ai su davantage sur ce torero et l'histoire de cet effroyable moment.
Jesús Franco Cadena, dit "Franco Cardeño", 40 ans ce 8 avril 1997, où il affrontait à Séville une corrida de Prieto de la Cal. Une corrida dite de l'opportunité, avec six toreros sévillans ayant peu de contrats. Mieux encore... Franco Cardeño avait obtenu son ticket pour toréer cette corrida après avoir entamé une grève de la faim au pied de la Porte du Prince.
Flamboyant personnage de l'ovalie, Daniel Herrero avait dit un jour à propos de son sport "Quand t'entres sur un terrain de rugby, tu sais jamais comment t'en sors".
Pour la tauromachie, on serait presque tenté de dire que c'est encore pire.
Franco Cardeño était le chef de lidia ce jour-là, et le toro qui lui était destiné au tirage au sort, c'était "Hocicón". Le valeureux torero sévillan n'a même pas eu le temps de faire la moindre passe de cape. Le toro est venu directement sur lui, Jesús s'est levé au mauvais moment, et a pris la corne en plein visage. Résultat : le côté droit arraché, et la joue en lambeau. Une image extrêmement dure comme le confieront après la corrida de nombreux spectateurs.
La vie de Franco Cardeño était à ce moment-là entre les mains du docteur Ramón Vila. Plus tard à l'hôpital, les heures à réparer son visage furent longues. Mais Franco Cardeño s'avéra être un miraculé.
Alors que la Maestranza de Séville avait connu beaucoup de moments douloureux peu de temps auparavant. En 1992, deux hommes vêtus de lumières, Manolo Montoliú et Ramón Soto Vargas, y ont laissé la vie. En 1987, Pepe Luis Vargas avait reçu un gravissime coup de corne à la cuisse, en accueillant lui aussi le toro à genoux face au toril. Pepe Luis Vargas s'en était sorti de justesse.
Quinze jours avant la blessure de Franco Cardeño à Séville, en mars 97, de l'autre côté de l'Atlantique, le rejoneador Eduardo Funtanet est mort des suites de sa chute de cheval à la Monumental de México.
Franco Cardeño, lui, survit. Plus tard, il gardera la tête du toro "Hoción" de Prieto de la Cal en souvenir. Mais sur le lit de l'hôpital, avec le visage à peine recousu, il s'exprime au micro d'un journaliste, il dit qu'il n'avait pas d'autre choix que d'y aller, et que la prochaine fois, il retournera s'agenouiller face au toril !
Comme un jeu, comme un défi, auquel pourtant absolument personne ne vous oblige. Y aller, et connaître ses risques, même si au bout existe la pire des issues. Putain, c'est beau quand même !
Samedi dernier, il y avait un reportage évoquant Franco Cardeño sur la chaîne Canal Plus Toros. Le sujet revenait vingt ans après sur la terrible blessure, et aussi sur l'histoire touchante de ce torero andalou. L'émission s'appelait "Héros anonymes". Mais tant que des mémoires d'aficionados se souviendront de ce torero, il ne sera jamais anonyme.

Aller face au toril aux arènes de Séville est d'une difficulté remarquable, car la porte y est extrêmement large, beaucoup plus qu'ailleurs. Et pendant les ferias suivantes à Séville, nombreux auront été les toreros à se rendre à "portagayola", notamment El Tato et Pepín Liria. Pour la beauté et la valeur d'un tel geste. Pile ou face... au toril.

Florent  

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