dimanche 5 février 2017

L'alternative (Rétro 97)

Rares sont les domaines où la symbolique domine autant. L'alternative d'un torero est un passage de témoin, et pas seulement au sens figuré.
Date clé d'une carrière, même si bien souvent, c'est à partir de ce point que commencent les galères.
Une alternative est toujours un moment à part. Il faut aussi se méfier des modes, celles qui proposent des alternatives de luxe à des novilleros. Des alternatives qui font jolies en photo, mais desservent complètement le nouveau matador. Seulement vouées à ouvrir l'affiche à un torero-vedette, qui de ce fait, n'aura pas à affronter le premier toro de l'après-midi. Une alternative ne doit jamais être un prétexte à cela, et il faut respecter le nouveau matador qui joue une grande partie de son avenir à cet instant-là. Et ce n'est pas plus mal pour lui s'il se retrouve avec un parrain et un témoin un peu moins prestigieux par rapport à ce dont il aurait pu rêver.
En 2017, on compte 62 matadors de toros français dans l'histoire. Il y a eu plus d'alternative depuis vingt ans que durant tout le siècle auparavant.
Ludovic Lelong, dit "Luisito", est le 29ème d'entre eux.
Dans les années 90, il était moins évident qu'aujourd'hui de se faire une petite place avec l'étiquette de torero français, et puis l'héritage de Christian Montcouquiol "Nimeño II" aussi, qu'il fallait assurer et défendre.
Luisito, qui a beaucoup toréé en tant que novillero avec picadors depuis ses débuts en 1994, vient de Normandie. Curieux parcours pour ce jeune homme qui du haut de ses 21 ans, le 16 août 1997, prend l'alternative aux arènes de Bayonne.
Un beau défi à relever. Des arènes quasiment pleines. Des toros de Los Bayones, Enrique Ponce comme parrain, et Francisco Rivera Ordóñez comme témoin. A 900 kilomètres de chez lui, Luisito bénéficie tout de même de la présence de ses amis, ceux de Nîmes, ceux de Normandie, ainsi que du maire de Cherbourg qui a fait le déplacement exprès !
Dans un habit bordeaux et or, Luisito prend l'alternative face au toro "Madriguero", et s'offre une sortie en triomphe en compagnie d'Enrique Ponce !
Lui qui avait un beau statut d'espoir en tant que novillero attendra beaucoup des saisons suivantes. En vain. Malchance, promesses non tenues, et tant d'autres choses.
La chance, peut-être qu'elle aurait pu sourire ce jour de la feria de Pentecôte 1998 à Nîmes, face à des toros de Cebada Gago. Mais les nuages remplirent la ville de flotte ce jour-là et la corrida dut être annulée.
Ludovic Lelong rangea définitivement le matériel de torero en 2004, après une dernière corrida au Grau-du-Roi, tournant le dos par la même occasion à cette passion pour les toros et à ce rêve de torero.
Dure réalité du monde de la tauromachie, qui peut parfois briser des rêves et amener les hommes qui la font vivre au dégoût et à l'envie de fuir.
Un monde où les qualités humaines et le toreo ne suffisent pas. On ne le dit ou on ne l'écrit que rarement, mais c'est un domaine où le relationnel joue à fond.
Luisito a cessé de s'habiller de lumières en 2004. Bien des années plus tard, l'envie de lancer la carrière d'un jeune torero lui est venue. Celle du sévillan Pablo Aguado. Ensuite, ce fut (et c'est encore) l'envie de relancer celle du matador Emilio de Justo. Et offrir ainsi à la tauromachie ce qu'il ne peut plus faire comme torero en habit de lumières.
Elles sont belles quand même les photos d'alternatives, avec les sourires et les espoirs qu'elles suscitent. Ce sera toujours un fait majeur d'une carrière. En cette année 97, Luisito quittait les arènes de Bayonne en triomphe avec Ponce. A Burgos, dans le Nord de l'Espagne, Morante de la Puebla prenait l'alternative sous la pluie alors qu'il est un pur Andalou.
Et comme chaque après-midi de toros, une alternative n'échappe pas aux règles de la corrida. Triomphe, indifférence, malheur, ou drame. Deux français ont pris l'alternative en 1997. Luisito à Bayonne au cours d'une corrida à l'issue heureuse. Le lendemain, 17 août 1997 aux Saintes-Maries-de-la-Mer, c'était au tour de Lionel Rouff dit "Morenito de Nîmes" de recevoir l'alternative. Avec beaucoup moins de chance pour sa part : un grave coup de corne de quatre trajectoires à la cuisse face au toro de la cérémonie.

Florent  

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