lundi 27 février 2017

Milian, le guerrier catalan (Rétro 97)

Et le coeur au milieu. En voyant aujourd'hui Richard Milian autour ou dans les arènes, toujours détendu, souriant, guidant les plus jeunes vers leurs rêves de costumes de lumières, il y a comme un contraste avec ce que fut sa carrière de torero.
Beaucoup de soirées d'épouvante, difficiles, passant le temps à voltiger sur les cornes des toros. Et au fil des années, l'étiquette des corridas dures, impossible à décoller. La position d'un torero ne pouvant refuser aucune opportunité. C'est ce que Richard Milian a accepté, mais avec panache. Métaphore du cyclisme, Milian aurait remporté cent fois le maillot de la combativité.
Et mouiller le maillot, ça, c'est une certitude.
Dans les années 80, Richard Milian fut même en quelque sorte adoubé par Jean-Pierre Darracq dit "El Tío Pepe", qui avait dit de lui qu'il était le torero "le plus vaillant de sa génération".
L'épée dans la main droite, la muleta dans la main gauche, et le coeur au milieu, comme dit l'adage. Même dans la plus grande des adversités, il arrivait à Richard Milian de garder le sourire, tandis que le public pour sa part était beaucoup moins serein, pour ne pas dire effrayé.
Richard Milian a commencé très jeune en tauromachie. Originaire des Pyrénées-Orientales, de Canohès, et dont le père fut gardien des arènes de Saint-Cyprien sur la côte. D'ailleurs, à ses débuts, Milian se faisait appeler "El Niño de Saint-Cyprien".
Après une carrière fournie en tant que novillero, Richard Milian prit l'alternative en 1981 à Dax. Il stoppera cette même trajectoire professionnelle vingt ans plus tard, en 2001 aux arènes de Floirac, sans jamais endosser ensuite l'habit de lumières. Seulement quelques festivals, récemment encore.
Et dans ces deux décennies de matador, il y eut tant de choses. Du courage, de l'adversité, de la sueur, et des succès acquis de haute lutte. Richard Milian n'était pas un torero anodin.
Et puis, il y a eu une histoire avec Béziers. Une histoire qui en 1983 aurait pu très mal tourner face à des toros de Miura au danger omniprésent. Les images qui restent aujourd'hui de cette course témoignent d'une grande violence des toros de Zahariche, féroces, durs voire impossibles. Richard Milian partageait ce jour-là l'affiche avec Christian Montcouquiol "Nimeño II" et Víctor Mendes. Tous furent attrapés à plusieurs reprises. Sur les images d'époque, on peut même entendre le public conspuer Richard Milian, non pas pour lui reprocher un manque d'investissement... mais parce qu'il a peur pour lui. Richard, qui a déjà volé sur les cornes des Miura, adopte un toreo plus que risqué.
Mais il y en aura d'autres à Béziers. Entre autres, deux oreilles et la queue en 1987 face à un toro de Baltasar Ibán.
Et dix ans plus tard, le 17 août 1997, c'est une corrida de Miura qu'affronte Richard Milian dans la ville héraultaise, en mano a mano avec El Fundi. La veille, en guise d'échauffement, Richard Milian avait coupé quatre oreilles à Collioure, dans les Pyrénées-Orientales, face à des toros d'Occitania (peut-être un présage au nom d'une future région...). À Béziers, dans un costume rouge et or, la couleur des toreros vaillants, il survole l'après-midi, et coupe encore quatre oreilles cette fois face aux toros de Miura. Ceux qui l'ont le plus suivi diront que c'était peut-être la corrida la plus aboutie de sa carrière.
Richard Milian était sorti en triomphe avec El Fundi. Le mayoral de Miura, José Mateo Rodríguez, les avait accompagnés dans le triomphe, en faisant à pied un tour de piste à leurs côtés. Mais de façon tragique, José Mateo Rodríguez décéda trois jours plus tard à Zahariche, en tombant de cheval. Sur les affiches, fréquemment, il y avait Milian, le guerrier catalan, et El Fundi, qui se lança et sublima sa carrière grâce aux Miuradas arlésiennes. Milian / Fundi, une paire quasiment indissociable. C'était déjà y'a vingt ans...

Florent

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