jeudi 20 avril 2017

Filtre gris

J'aime les toros gris. Le contraste de couleur qu'ils offrent en piste les jours de ciel bleu et de grand soleil. Mais avant tout parce qu'ils renvoient à une certaine rareté, et à des origines diverses. Plusieurs origines chez les toros, parfois même certaines auxquelles on ne pense pas au premier abord, produisent des robes grises.
Lundi à Mugron, il y avait une novillada d'El Añadío, un petit élevage basé dans la province de Jaén, au Sud de l'Espagne. Un petit troupeau, et forcément des incertitudes quant aux comportements qui en ressortent. L'an dernier à Parentis, les novillos d'El Añadío avaient globalement été abordables, affichant également un certain manque de force. Lundi, les petits frères de ceux-là ont été plus coriaces et difficiles. Et pour ceux dont l'afición se base aussi sur la découverte, ce n'était pas pour déplaire.
A Mugron, le lot de novillos semblait être divisé en deux. Trois exemplaires (1er, 5ème et 6ème) aux pelages sombres, faisant ressortir l'encaste Coquilla, et les trois autres, de couleur grise, issus de l'origine Santa Coloma – Buendía.
Des novillos déjà vivaces en coulisses, puisque certains s'abîmèrent les pointes des armures en tapant lors du débarquement. Mais des novillos à la présence indéniable une fois en piste, certains plus beaux que d'autres, mais tous généralement charpentés et de taille respectable.
Au moral, ils étaient de véritables adversaires, douze piques avec plus de violence que de bravoure, et une tendance à être avisés ensuite. Un type de novillos face auxquels il convient de résoudre les problèmes, choisir les bons terrains, faire le moins d'erreurs possibles dans la lidia, tout cela pour ensuite lever l'épée dans les meilleures conditions.
C'était cela pendant longtemps la tauromachie, et quelque part, cela devrait l'être encore, et pas seulement de façon ultra-minoritaire.
Certains évoqueront le manque de noblesse du lot. Une sorte d'obligation de résultat à sens unique. Mais le comportement aléatoire d'une corrida ou d'une novillada peut aussi produire des toros au caractère réservé et difficile. Cela existe, et dans ce cas, il faut trouver la lidia appropriée.
Grâce à son succès de Madrid le 2 avril, Angel Sánchez remplaçait Daniel García, gravement blessé au visage lors de la même novillada. On sent chez Angel Sánchez de véritables dispositions, et de la matière à faire des coups d'éclat à l'avenir, notamment face à des toros d'origine Santa Coloma, puisque c'est face à eux (chez Flor de Jara) qu'il a fait ses premières armes. Son premier novillo, qui tenta de sauter dans le callejón dès son entrée, s'avéra noble à droite et court de charge à gauche. Angel Sánchez a montré un répertoire classique et intéressant, aussi bien à la cape qu'à la muleta.
Le quatrième, Catalán, était un splendide novillo, à la robe grise et blanche. Brave à la première pique, malgré une vuelta de campana qu'il fit ensuite. En début de faena, on sentait que quelque chose allait se passer. Deux séries intenses de la part d'Angel Sánchez, et un novillo brave face à lui. Malheureusement, ce dernier se réserva aussitôt et fut ensuite plus dur. Un novillo de dix ou quinze passes vibrantes, avec de l'émotion, tandis que plein d'autres toros, parfois, n'en ont aucune. Angel Sánchez coupa une oreille.
Le vénézuélien Jesús Enrique Colombo est tombé sur un lot difficile. Tout d'abord Aliñado, un novillo gris, fort, dur, qui mit dix à quinze minutes à quitter le toril. Au cheval, il s'alluma et poussa pour de vrai. C'était un exemplaire difficile d'El Añadío, avisé, devant lequel Colombo fut sincère aux banderilles, et également à la muleta, en allant chercher les passes une à une. Son effort aurait mérité davantage de reconnaissance.
Quant au cinquième, typé Coquilla, il eut une lidia chaotique, composée de piques fortes et mauvaises, et d'innombrables coups de cape de la part de la cuadrilla. Il arriva très compliqué au dernier tiers, et c'était normal dans de telles conditions.
Enfin, le landais Baptiste Cissé débutait avec picadors. Et il s'est bien battu, car il y avait de l'adversité dans l'arène. Preuve en est la fin de son combat face au dernier novillo, qui le raccompagna et le pourchassa sur vingt mètres après une tentative avec l'épée. Il avait auparavant obtenu une oreille généreuse à son premier. Baptiste Cissé, avant d'être novillero, s'était essayé à la course landaise, ayant ainsi une certaine technique dans l'esquive pour la pose des banderilles. Une chose qui lui permit d'accentuer sa personnalité en novillada sans picadors. Lundi à Mugron, s'il n'a pas pris les banderilles, il devrait tout de même y songer de nouveau, car cela apporte toujours un plus pour un novillero. En attendant, il n'apparaît pour le moment sur aucune autre affiche de la saison 2017. Chose injuste, car la génération de novilleros français est cette année très fournie, et certains devraient avoir davantage d'opportunités. Dont Baptiste Cissé, qui a dignement débuté avec picadors ce lundi. Face à de coriaces exemplaires d'El Añadío, intéressants de par leur difficulté. Des novillos face auxquels on ne pouvait pas s'éterniser.

Florent

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