vendredi 21 avril 2017

Le bon wagon

Ce dimanche de Pâques 2017, il y avait des corridas à Arles, Séville, Madrid, Aignan, ou même au Mexique pour les aficionados itinérants en mal d'exotisme.
À Aignan, petite commune du Gers, la table d'anniversaire avait été dressée pour l'occasion. C'était la 25ème année d'affilée qu'une corrida de toros était annoncée (bien que certaines dans l'intervalle furent annulées à cause du mauvais temps). Une intéressante exposition retraçant l'historique, avec aussi les novilladas d'avant 1993, était visible à l'office de tourisme du village. Cela fait toujours plaisir de voir une cité de toros se souvenir de ses débuts, de son parcours, bons et mauvais moments inclus.
En âge, les trois toreros à l'affiche de cette édition 2017 proviennent de la même génération. Manuel Escribano, Iván Fandiño et Emilio de Justo. Avec pour chacun un pic de forme situé à une date différente. En revanche, on peut s'accorder sur le cas des trois toreros et dire que plusieurs années durant, ils ont dû affronter la galère.
Celle de Manuel Escribano, blond torero et spectaculaire banderillero, que tout le monde avait oublié jusqu'à ce que Robert Piles le fasse ressortir de l'ombre, à l'occasion d'une corrida de Yonnet en octobre 2011 à Aire-sur-l'Adour. Idem pour Iván Fandiño, peu sollicité en France même en 2011, quand sa carrière avait déjà pris un certain envol. Le moment le plus fort de Fandiño, dans nos contrées, ce fut certainement son combat face à un sérieux toro de Fuente Ymbro en 2012 au Plumaçon, avec deux oreilles à la clé, le jour où "Jazmín" fut gracié par Tejela.
Et Emilio de Justo, lui, n'a refait surface que depuis l'an dernier, avec deux succès à Orthez et à Mont-de-Marsan. À croire que la France aide à propulser et donner confiance à ce type de toreros.
Toujours est-il qu'un jour, même s'ils n'en sont désormais pas tous au même stade de leurs carrières, ces trois toreros-là ont emprunté le bon wagon.
Dimanche, ils étaient opposés à des toros français. Trois Gallon et trois Camino de Santiago. Des toros inégalement présentés (un premier Gallon vraiment petit, des Camino de Santiago plus épais), pas mal de cornes abîmées (avec un long couloir de débarquement aux arènes d'Aignan qui peut faire des dégâts, c'était déjà le cas l'an dernier avec les toros d'Albaserrada), et douze rencontres au cheval avec peu ou pas de relief. Pour l'élevage de Gallon, dont on salue toujours la sympathie des propriétaires, les toros ont été trop faibles pour avoir quelconque consistance. Et c'est bien dommage. En revanche, les toros de Darré (Camino de Santiago) proposèrent davantage d'intérêt. Notamment le quatrième, "Ternero", numéro 92, noble et qui dura sans baisser pavillon au dernier tiers. Il est toujours intéressant de voir évoluer les élevages français, et situer leur niveau lorsqu'ils font combattre des toros adultes.
Manuel Escribano était la tête d'affiche au sens propre comme au figuré, puisque c'est un dessin de lui qui figurait sur le cartel. Escribano a été gravement touché l'an passé à Alicante par un toro d'Adolfo Martín. On le sentit encore fragile et prudent au moment des banderilles, un moment du combat dont il a fait sa spécialité par le passé. Mais à la muleta face au quatrième toro, son placement avec la muleta, sa façon de se croiser et de dominer son sujet, ont eu de quoi rassurer. Certes l'estocade était de côté et les deux oreilles généreuses, mais on a eu l'image d'un torero aguerri et guéri.
Iván Fandiño, pour sa part, ne semble toujours pas, deux ans après, s'être vraiment remis de son seul contre six à Las Ventas. Sa faena face au toro de Camino de Santiago combattu en deuxième position n'a pas été d'une grande intensité, au contraire du pasodoble Agüero interprété de manière sensationnelle par Les Armagnacs. Si Fandiño a obtenu une oreille face à cet adversaire, c'est uniquement grâce à l'estocade, un coup de canon.
Aignan, avant cette corrida, devait quand même être fière d'accueillir des toreros comme Escribano et Fandiño. Le premier a déjà été triomphateur à Séville, et le second possède une sortie a hombros à Madrid un jour où il décida de tenter le tout pour le tout, en portant une estocade sans muleta.
Emilio de Justo n'a quant à lui pas encore de corrida de référence dans une grande arène d'Espagne. Mais en le voyant déployer sa tauromachie face au sixième toro de Darré, sa classe, sa torería, ses gestes allurés, ses naturelles de face, il a largement de quoi y prétendre. Il porta, de surcroît, une estocade plus qu'engagée. Certains toreros malchanceux ont su être patients et accrocher un jour le bon wagon. Et si c'était le tour d'Emilio de Justo ? 

Florent

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