mardi 4 avril 2017

Tout à fait Thierry

Ça part d'une idée franchouillarde. Une blague vue et revue, potache, pour ne pas dire puérile. C'est l'histoire d'un français, d'un anglais et d'un belge. À n'importe quel endroit, sur une barque, dans une remorque, à la piscine. Va savoir pourquoi, de façon injuste, dans cette histoire, c'est toujours le belge qui à la fin se viande systématiquement.
Dimanche aux arènes de Gamarde-les-Bains, dont la toiture fait penser à celle d'une piscine municipale, il y avait à l'affiche un espagnol, un français et un péruvien. Mais aucun des trois n'a commis la bourde.
Une bourde, une tuile, un peu comme si quelqu'un était l'invité de dernière minute à une grande réception, guindée, tandis qu'il ne devrait pas s'y trouver. De la lumière sur lui, comme par miracle, mais en un éclair, un pas chassé hasardeux, le voilà qu'il fait tomber par terre le bibelot à 5.000 balles. Pulvérisé en mille morceaux. Discrétion absolue de l'invité pour le reste de la soirée, et bien sûr privé de dessert.
C'est cette mésaventure qui est arrivée aux trois représentants de la course landaise face au deuxième toro de l'après-midi, Morisqueto, numéro 29, comme le Finistère. Au préalable, on peut remarquer que Thomas Dufau, grand seigneur, offre des opportunités aux toreros landais. On se souvient du superbe écart de Thomas Marty en 2015 à Orthez face à un Valdellán, et de celui de Baptiste Bordes en 2016 à Dax face à un Baltasar Ibán.
Cette fois, ce n'était pas pour un écart mais un saut périlleux. D'ailleurs, aucune annonce ne fut faite au micro avant cette performance, ni même sur l'identité du sauteur.
Alors Morisqueto sort, les toreros landais se mettent en place, et l'un d'eux le fait taper aux planches. Corne droite complètement cassée. Mouchoir vert. Rideau, et le masque sur le visage des représentants de la tauromachie du pays des échasses.
Le toro dut être estoqué en piste faute de corrales. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'à la pique, il fut brave et prometteur. Dommage pour le reste !
Va pour la thèse de l'accident. Mais en cas de récidive, la présence d'écarteurs ou de sauteurs landais pendant les corridas pourrait sacrément être remise en question.
Une corne cassée, cela n'est pas rare par les temps qui courent. Il faut dire aussi que les fundas ne contribuent pas vraiment à la solidité des cornes. Cela, une analyse vétérinaire un peu poussée pourrait peut-être le confirmer.
Comme on a pu le voir sur les photos, les toros de José Cruz portaient les fundas avant leur combat à Gamarde. Elles n'ont pas été d'une grande utilité une fois en piste, car ces toros, qui ont souvent tapé aux planches, sont ressortis à chaque fois avec les pointes bien émoussées.
Au niveau de la morphologie, ces toros convenaient très bien à Gamarde. Le reproche vient donc des armures pour la plupart abîmées.
Le fer de José Cruz, ganadero décédé en 2013, est désormais géré par son fils, Rafael Iribarren (cherche un nom plus basque tu ne trouveras pas). Une origine Daniel Ruiz qui a entièrement succédé au Barcial qu'il y avait encore il y a près de quinze ans et qui était notamment venu à Parentis.
Chez le Daniel Ruiz de José Cruz, il y a de tout. Je me souviens d'un exceptionnel novillo en 2009 dans les anciennes arènes d'Arnedo, "Alocado", brave et encasté, et qui avait eu un juste tour de piste. Les autres, malheureusement, avaient été faibles ou invalides ce jour-là.
Sa présence à Gamarde, Rafael Iribarren la devait à ses bonnes sorties dans le Sud-Ouest en novilladas avec et sans picadors. L'opportunité lui était donc donnée de faire combattre des toros adultes. Et au final, un peu la même sensation qu'à Arnedo il y a huit ans. Des toros intéressants (le 2ème qui fut changé, le 2ème bis et le 6ème) et des toros faibles, marchant sur des oeufs (les quatre autres).
Pour ouvrir cette première corrida de l'année 2017 en France, il y avait l'omniprésent Curro Díaz, qui à bientôt 43 ans, est capable de s'adapter à toutes les situations. Et parfois même des très dures. Rien ne semble atteindre ou perturber son calme. Pas même deux terribles accrochages avec la corne du toro au niveau du gilet en 2016 à La Brède et à Céret, au moment de l'estocade, ou ceux du mois d'octobre dernier à Madrid. On sait, également, que Curro Díaz était le chef de lidia lors de la triste et tragique corrida de Teruel le 9 juillet dernier.
À Gamarde, face à deux toros qui n'avaient absolument rien d'exceptionnel, un premier noble mais très faible, et un second qui l'était un peu moins, c'est l'élégance qui a fait la différence. Une faena à mi-hauteur, douce, avec des gestes limpides et sans accroc. Avec une opposition plus vivace, on peut être sûr qu'il aurait aussi su s'adapter. Deux oreilles discutables, à cause d'un mete y saca qui avait atterri très bas lors du premier jet avec l'épée.
Thomas Dufau a la capacité dans les Landes d'amener du monde aux arènes. Cela a encore été le cas dimanche, puisque la placita couverte de Gamarde affichait pratiquement le plein. Pour le reste, on a senti que son hiver avait été long. De l'envie, de nombreux enchaînements, mais aussi de la précipitation et des faenas trop allongées dans le temps. À noter qu'il fit tout de même une larga cambiada très exposée face au deuxième bis. Oreille à son premier, et oreille plus généreuse à son second, demandée par un public qui ne voulait pas le voir quitter les arènes à pied.
Et puis, il y avait aussi le péruvien Joaquín Galdós. Méconnaissable. Rappelons qu'en 2015, il avait réalisé une excellente saison en tant que novillero dans le Sud-Ouest, parvenant même souvent à faire jeu égal avec Roca Rey ! Le souvenir d'un jeune torero centré, très dominateur, et parvenant à transmettre au public. Face à ses deux toros de José Cruz, le premier quasiment invalide et le second très intéressant, brave en deux piques et avec de la caste, il a été très loin de l'image souvent donnée il y a deux ans. Cette fois, il fut, chose inquiétante, assez impersonnel. Une oreille cadeau au dernier face auquel il fut dépassé. 160 minutes de jeu au total. Et entre la corne cassée du deuxième et l'oreille généreuse du dernier, les toreros landais n'avaient pas pointé le nez...

Florent

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