mardi 16 mai 2017

Solitude

Solitude le long des planches, comme celle de Paco Ureña à Madrid hier après-midi. Certes le valet d'épées vient pour constater l'étendue d'une probable blessure, mais le torero reste, tout de même, dans sa solitude. Le regard noir, fixé sur l'adversaire et le fil du combat.
On ne voit cela qu'en tauromachie, où lorsqu'un torero est touché lors de l'accueil à la cape, il s'accorde parfois un round d'observation. Toreros accidentés mais pas résignés, patients, et tentant de jauger leur propre force et leur capacité à revenir. Malgré une blessure aux ligaments du genou après avoir été "tamponné" contre les barrières par son second toro de Montalvo, Paco Ureña a attendu assis quelques minutes afin de poursuivre le combat.
Elle est rare cette image, mais pas pour autant inédite. Ce genre de situation a tendance à se produire plusieurs fois par saisons.
J'ai le souvenir d'un reportage de Face au Toril, d'une VHS, dans les années 90, à l'époque où les enfants n'avaient pas encore de smartphones ou de tablettes entre les mains. Seulement des Game Boy Color et des cassettes. Une VHS donc, que je me souviens avoir vu des dizaines de fois. Les arènes d'Arles comme toile de fond, et un novillero à la mode, Antonio Borrero "Chamaco", propulsé dans les airs par un exemplaire de Victoriano del Río. Année 1991. Chamaco était resté le souffle coupé, groggy, assis sur la bordure de la barrière pendant de longues minutes. Veillait en face de lui une caméra isolée, immortalisant ce moment exceptionnel qu'est la solitude d'un torero après un accrochage dont on sait qu'il se relèvera.
Hier, l'attente de Paco Ureña faisait penser à cela. A fortiori dans une arène, Madrid, où la blessure peut arriver bien plus vite qu'on ne le pense.
Paco Ureña était sérieusement touché au genou quand il est reparti combattre le Montalvo. Avec des statuaires, sans bouger, et peut-être la promesse d'un nouvel exploit. Il faut dire que le souvenir de sa faena d'il y a deux ans face à un toro d'Adolfo Martín est encore vif dans les esprits. Et ce, bien qu'il n'ait obtenu aucun trophée ce jour-là. Mais les naturelles d'anthologie sont restées.
Hier, ne quittant pas la piste malgré une blessure, des sifflets l'ont accompagné depuis les gradins. Incompréhensibles, mais de rythme soutenu tout le long de l'après-midi, donnant ainsi un sentiment étrange.
S'il tua mal à chaque fois, face à deux toros sans intérêt, Paco Ureña ne méritait en aucun cas ces sifflets.
Avec Curro Díaz et Alberto López Simón, il faut dire que les trois toreros étaient attendus comme des favoris par le public de Las Ventas. Eux qui pendant des années n'étaient que de simples outsiders.
L'après-midi, en fait, avait déjà déraillé depuis le combat du premier toro. Alors qu'il n'y avait même pas eu les deux piques réglementaires, le président décida de passer aux banderilles. Le toro fut fortement protesté aussi, mais pas remplacé, ce qui donna le ton, et déclencha la colère d'une partie du public restant sur ce détail pour tout le reste de la course.
Dans le chahut de ce premier combat, le toro de Montalvo, faible mais peu piqué, et court de charge aux banderilles, s'en alla cueillir le subalterne Lebrija, lui infligeant un grave coup de corne à la cuisse.
Chahuté fut aussi Curro Díaz, aussi bien au premier qu'au quatrième, malgré de la torería, de la personnalité, et une main gauche privilégiée. Il est vrai qu'il resta au final beaucoup de choses inabouties dans sa prestation. Le public madrilène lui reprocha son toreo de profil, son placement et sa distance. Dommage, car en étant plus centré et avec de meilleures épées, Curro Díaz aurait connu un tout autre après-midi. A son premier, il fut spectaculairement pris au niveau du gilet en portant l'estocade, comme à La Brède et à Céret l'an dernier. Une situation qu'il devra éviter à l'avenir, en travaillant les entrées avec l'épée, car dans ces circonstances les graves blessures ne sont affaires que de millimètres.
Quant à Alberto López Simón, il est apparu bien loin de son épopée triomphale d'il y a deux ans. Beaucoup de doutes, peu de technique, et certainement aussi beaucoup trop de courses dans son agenda par rapport à ses capacités, ce qui lui fait actuellement flamber son crédit auprès de l'afición.
Étrangement présentés étaient les toros de Montalvo, lourds mais souvent sans trapío. Manquant généralement de force et de caste. Le plus typé Montalvo fut le quatrième, "Escandaloso", un toro de cinq ans, au pelage noir avec des tâches blanches, massif avec près de 600 kilos. Il fut bravucón et permit des choses au dernier tiers, mais était loin du statut de grand toro.
Si la billetterie n'affichait pas complet hier pour voir six toros de Montalvo combattus par Curro Díaz, Paco Ureña et López Simón, il y avait tout de même 22.000 personnes. Ce qu'aucune autre arène en Europe ne peut contenir.

Florent

samedi 13 mai 2017

Francisco Javier Martínez "Paquiro" (Rétro 97)

On retrouve, dans une actualité récente, de nombreuses preuves d'une obstination allant à l'encontre de mémoires qui ont fait l'histoire de la tauromachie. Une obstination stupide, et qui consiste à dégrader des monuments symbolisant cette histoire. Les statues évoquant Manuel Montoliú à Valencia, Nimeño à Nîmes, Yiyo à Madrid. Ce qui au fond n'est juridiquement qu'une dégradation de biens situés sur le domaine public est incompréhensible.
Comme si le fait d'aller souiller des statues allait anéantir des mémoires et les pousser vers l'oubli. Peine perdue, toutes ces personnes, tous ces toreros, que certaines statues évoquent, resteront toujours dans la mémoire et le coeur de ceux qui, par passion, se sont reconnus dans leurs histoires. Et veillent à ce souvenir. D'ailleurs, on ne pourra pas nous empêcher de penser que vouloir toucher à la mémoire des disparus reste, tout de même, un aveu d'impuissance et de bêtise.
Les choses les plus fortes qui restent des disparus ne sont pas des statues, mais ce qu'ils ont accompli et incarné de leur vivant. Des choses qui doivent rester et se perpétuer.
En ce mois de mai, ce sont les 25 ans de la mort de Manuel Montoliú, grand banderillero de Valencia, qui a été matador, et qui un jour de grand soleil à Séville, alors qu'il était dans la cuadrilla de José Marí Manzanares, fut fauché d'un coup de corne irréversible par un toro d'Atanasio Fernández. Quelques mois plus tard, à la Maestranza, un autre banderillero, moins connu que Montoliú, reçut également un coup de corne mortel par un novillo du Comte de la Maza. C'était Ramón Soto Vargas.
L'histoire récente de la tauromachie est parsemée de tragédies, comme on l'a encore vécu l'an dernier.
L'habit de lumières, a première vue, est un signe extérieur de richesse, qui semblerait préserver des drames autres que ceux de l'arène, et éloigner de la précarité tous ceux qui le portent. Un cliché.
Il y a vingt ans mourait un jeune torero navarrais, Francisco Javier Martínez "Paquiro".
Tout, pourtant, avait de quoi le laisser à distance d'une telle issue.
Un début de carrière prometteur, car Paquiro, né le 10 juillet 1972, commença très jeune en tauromachie, et débuta avec picadors à l'âge de 17 ans. En 1991, il remporta le très prestigieux Zapato de Oro à Arnedo, et prit l'alternative chez lui à Pampelune l'année suivante. Âgé de vingt ans, en 1992, et avec deux contrats dans cette feria importante, sa feria !
L'alternative tout d'abord, des mains du Niño de la Capea, et un grand triomphe quelques jours plus tard, avec deux oreilles coupées à un toro du Comte de la Corte. Entre autres contrats, en cette année 1992, il fut à Floirac, le témoin d'alternative du sévillan Domingo Valderrama.
Francisco Javier Martínez "Paquiro" était un torero de Navarre, une région si dépaysante et surprenante pour de nombreux aficionados français qui s'y rendent.
Paquiro a été matador de toros pendant cinq temporadas, jusqu'en 1996, faisant partie du convoi de toreros européens allant au Pérou en quête de corridas, pour accomplir leur passion.
Le 23 septembre 1997, la police de Navarre retrouva Paquiro sans vie dans son appartement de Pampelune. Il s'était suicidé.
Cette année-là, il avait débuté une carrière de banderillero pour le compte du jeune novillero aragonais Luis Antonio Gaspar "Paulita". Paulita que l'on retrouvera souvent sur les affiches cette année, car il est, vingt ans plus tard, un torero aguerri.

Triste issue fut celle de Paquiro. Mais comme pour tous les autres hommes qui ont risqué leur vie face aux cornes, et sont partis prématurément, le souvenir perdure et doit rester, forcément.

Florent

vendredi 12 mai 2017

Collector

Une seule corrida figure au programme ce week-end en France. Elle aura lieu ce dimanche 14 mai à Vauvert dans le Gard, avec six toros de Prieto de la Cal pour Francisco Javier Sánchez Vara en solitaire.
Une affiche que garderont certainement les collectionneurs en tout genre, puisqu'il s'agira de la première corrida sous la mandature d'Emmanuel Macron.
Sánchez Vara réalisera ce dimanche un beau défi, car ce n'est pas une mince affaire que de s'enfermer face à six toros de Prieto de la Cal, avec plusieurs très beaux exemplaires, comme celui-ci, sur cette photo de Julie Bérard prise dans les corrales d'Arles.
Néanmoins, au-delà du geste, on remarque malheureusement que Vauvert traîne comme un boulet une malédiction. Celle des affluences pour les corridas et novilladas dans ses arènes. 500 personnes au cumulé pour deux novilladas piquées sur une même journée en juillet 2015, à l'occasion d'un trophée José Marí Manzanares qui ne fut pas réédité ensuite. Manolo Vanegas, au final, en aura été le seul vainqueur.
Il y eut aussi, à l'automne dernier, un seul contre six du torero gardois Camille Juan, avec des toros de Fernay et Gallon, pour la bonne cause, et au prix d'entrée imbattable d'un euro. Là aussi, hélas, les arènes n'enregistrèrent qu'une moitié d'entrée, alors que le but caritatif ainsi que le tarif avaient de quoi faire espérer mieux.
Vauvert est peut-être l'une de ces arènes dont les gradins se peuplent plus facilement quand il est question de tauromachie camarguaise. C'est également le cas de Beaucaire, entre autres.
Dimanche, Sánchez Vara effectuera donc ce geste curieux (car il n'a jamais toréé à Vauvert et n'a pas de lien particulier avec cette arène) mais valeureux, en affrontant six toros dont une majorité de jaboneros. Avec l'espoir aussi d'avoir des gradins suffisamment garnis.

Florent

Toro de cinco, torero de veinticinco

Ouverture de la plus grande des ferias hier soir, avec de la pluie, un temps frais (11 ou 12 degrés), et une entrée faible par rapport à la norme habituelle des corridas de San Isidro : seulement une moitié d'arène.
Tous âgés de cinq ans et demi minimum, les toros de La Quinta, aux armures fines et très pointues, ont généralement été durs. Il est par ailleurs difficile de retrouver dans les archives de ces dernières années une corrida aussi compliquée provenant de cet élevage. Avec plusieurs toros mansos dans la lidia, fuyant les capes ou les chevaux, voire même se défendant à la pique avec la tête bien au-dessus des étriers.
David Galván, trop facilement en proie à son adversaire, manso, dangereux et qui ne fut pas assez piqué, fut soulevé dans les airs pour un accrochage qui paraissait inévitable. Comment son entourage a-t-il pu le laisser se découvrir de cette manière, sans espoir de succès et devant une blessure certaine : traumatisme crânien et fracture du coude.
Les deux autres toreros ont dû estoquer trois toros. Alberto Aguilar, avec un premier toro noble sur la corne gauche, puis celui de Galván, et enfin un dernier compliqué. Javier Jiménez quant à lui a touché un lot varié, réalisant une faena sans écho face au troisième et s'éternisant avec l'épée (le troisième avis était proche) au sixième.
C'est au cinquième, "Temeroso", un La Quinta fuyard en début de combat, désarmant plusieurs fois les banderilleros, exigeant, au danger sourd, mais à la corne gauche vibrante, que Javier Jiménez est allé chercher des naturelles plus que valeureuses... comme en atteste cette image.
Il y avait dans le callejón, son frère Borja Jiménez, également matador, ainsi qu'Espartaco comme mentor. Javier Jiménez salua mais aurait pu avoir une récompense supérieure si son puntillero avait été plus adroit. Il a en tout cas justifié le dicton "Toro de cinco, torero de veinticinco". À peu de choses près, puisqu'il en a 26. Mais dans l'esprit c'était cela, avec des naturelles exposées et de très beau tracé.

Florent

jeudi 11 mai 2017

Les Dolores du calife

Ils étaient longs ces sept ans sans voir la corne d'un pensionnaire de Dolores Aguirre franchir la porte du toril de Las Ventas. La dernière fois, c'était en 2010, avec une grande corrida de toros pour Rafaelillo, Fernando Cruz et Joselillo.
Fortunes diverses, puisque Rafaelillo avait raté la grande porte d'un cheveu à cette occasion, et Joselillo avait reçu un grave coup de corne devant un toro très dur et dangereux. La caste des toros de Dolores Aguirre souffla fort ce jour-là sur Madrid. Mais sûrement pas assez (ou trop ?) aux yeux des décideurs de l'époque pour faire revenir les saisons suivantes un élevage qui a pourtant eu beaucoup de succès en ces lieux.
Depuis, Madame Dolores Aguirre Ybarra a quitté ce monde. C'était en 2013.
Cela faisait donc très plaisir de revoir cet élevage annoncé pour une novillada à Las Ventas le lundi 1er mai. Il figurera également au programme de la San Isidro 2017 avec une corrida au mois de juin.
Dans l'histoire de la tauromachie, cette ganadería est récente puisqu'elle date de la fin des années 70, avec des produits issus de l'élevage d'Antonio Ordóñez, ami de Dolores Aguirre. Et des toros qui initialement n'étaient pas destinés aux corridas dites "toristas". La preuve avec la première corrida complète de Dolores Aguirre en France... à l'été 80 à Fréjus, avec six toros pour Joaquín Bernadó, Manuel Benítez "El Cordobés" (qui n'est pas le calife dont il est question dans cet article) et Patrick Varin !
Mais avec sa sélection et ses choix, Doña Dolores Aguirre a insufflé à son troupeau du caractère et de la force. Des toros exigeants, redoutables, et qui nécessitent des toreros ou des novilleros en forme.
Comme l'an dernier à Vic-Fezensac où il y eut une novillada exceptionnelle, charpentée, encastée, brave et spectaculaire.
Celle de Madrid, combattue ce 1er mai, fut un ton en-dessous. Les six représentants, généralement bien présentés, étaient Clavetuerto II, Guindoso II, Tosquetito, Clavetuerto I, Guindoso I et Malagueño.
La première partie fut supérieure, avec notamment deux novillos encastés et aux charges intenses. Le novillo initial, qui prit trois piques et fut passionnant, ainsi que le troisième, manso mais qui eut tendance à se grandir au cours du combat. Le deuxième aussi permettait au novillero, Javier Marín en l'occurrence, l'espoir du triomphe.
Quinze piques au total pour les novillos d'origine Atanasio Fernández et Conde de la Corte, avec trois derniers exemplaires sévèrement et mal châtiés et qui laissèrent beaucoup de force dans la bataille. La veille, les Sánchez Herrero avaient mis deux fois les picadors au tapis.
Au cours de cette novillada de Dolores Aguirre, aucun trophée ne fut obtenu. Il y avait pourtant matière à bâtir réputation, gloire et succès. Surtout face aux trois premiers novillos. C'est Fernando Flores, avec une technique affirmée, qui s'en tira le mieux, mais estoqua mal. Miguel Maestro (novillero-vétéran de 33 ans) et Javier Marín, courageux, furent un peu moins en vue même si le second aurait pu obtenir une oreille partiellement demandée par le public.
En voyant plusieurs de ces novillos de Dolores Aguirre charger avec tant de transmission et d'intensité, il y avait de quoi repenser à la catégorie des toreros habitués à les affronter. La mal nommée tribu des seconds couteaux. Celle dont faisait partie, lorsqu'il était en activité, le torero de la région de Valencia, José Pacheco "El Califa". Des Dolores pour le calife. L'un des spécialistes il y a près de quinze ans de cet élevage. En l'an 2000, El Califa avait coupé deux oreilles à son premier toro mais n'avait pu sortir par la grande porte, à cause d'une grave blessure causée par son second adversaire, face auquel il était parti sur les mêmes bases et aurait pu obtenir d'autres trophées... Et en 2003, enfin, il put cette fois goûter au triomphe. Un triomphe contrasté, avec la tête ailleurs, car El Califa avait dédié au ciel, en mémoire de son père disparu la veille. El Califa, un torero retraité qui a connu de belles heures, avec courage, sincérité, mais dont on a aujourd'hui un peu vite oublié le mérite.

Florent

Deux toreras à cheval à l'Assemblée Nationale ?

Info du jour... Deux anciennes toreras à cheval françaises seront candidates aux élections législatives du mois de juin.
Tout d'abord Marie-Pierre Callet, pour Les Républicains, dans la 16ème circonscription des Bouches-du-Rhône.
Et de façon bien plus inattendue, on a appris aujourd'hui que Marie Sara serait candidate pour le mouvement "En Marche" d'Emmanuel Macron dans la 2ème circonscription du Gard.
A suivre...


Florent

mardi 9 mai 2017

La belle de mai

Juste avant d'arriver à Madrid, je parcourais les premières chroniques sévillanes de Jean-Michel Mariou dans sa "route des toros". Séville, une autre ambiance, un autre décor, une atmosphère bien plus méridionale. Les sévillans, incarnant toujours une sorte de nec plus ultra du chauvinisme, prétendent qu'il ne pleut jamais au moment de la feria. Or, si l'on regarde bien – et les gouttes n'ont pas fait défaut cette année –, pratiquement chaque édition connaît une ou plusieurs journées dignes du Finistère.
J'aime le bon goût de Jean-Michel Mariou, sa façon de décrire des scènes de vie. Lui qui utilise la "route des toros", quand d'autres auraient employé le terme un peu surfait de pélerinage. Oui, parler de pélerinage, quand on va aux toros, ça a une connotation grotesque.
Dans sa chronique de la corrida du 27 avril, Jean-Michel décrit ainsi le costume de Manzanares : bleu nuit du 15 août et or. Saveur d'été qui fait rêver. Non pas pour la référence au jour de l'Assomption, qui je l'avoue m'intéresse peu, mais bien pour le cap qu'il représente dans une saison. Point de basculement entre haute et basse saison, au 15 août, la nuit est belle et paisible.
On dit des français qu'ils sont de grands stressés et des névrosés. Mais attendez de voir, à Madrid, le musée taurin des arènes de Las Ventas, qui se situe dans l'enceinte de la plaza, collé au patio de caballos, mais qui est à des années-lumière de l'esprit des lieux. Un truc ultra-touristique, pas très bien expliqué pour le visiteur lambda, cher aussi (10 euros pour voir le musée grand comme un appartement, tandis que pour 2,50 euros, vous pouvez assister à une novillada dans les arènes), et dont on se demande justement si il peut donner envie à ceux qui n'ont aucun lien avec la fête des toros de s'y intéresser. Et ce n'est pas le vigile en uniforme qui circule entre les galeries avec une matraque et en menaçant le moindre smartphone en mode photo qui pourrait contribuer à cette envie. Pas plus que le personnel d'accueil qui prend de haut quiconque se pointe. Globalement négatif.
Je n'avais jamais mis les pieds dans le musée taurin auparavant, et pourtant, nombreuses sont les choses intéressantes dans celui-ci, mais pas forcément bien mises en valeur et présentées. J'y reviendrai.
De l'autre côté des dépendances de l'arène, il y a la Puerta de arrastre, avec le desolladero, où tous les toros combattus deviennent viande à peine un quart d'heure après avoir été estoqués. Avec tous les morceaux ou presque déjà débités. Si cela existait en France il y a encore quelques années dans certaines arènes (Arles notamment), ce n'est plus le cas, puisque les normes vétérinaires et sanitaires imposent désormais le dépecage dans un abattoir agréé.
Et derrière le desolladero, dans un bâtiment en briques comme l'intégralité de la plaza, c'est là que siège le bureau ovale de la tauromachie. Celui de Simon Casas. Un bureau rectangle en fait, spacieux, avec les lumières à fond, et dans un coin une petite affiche de Gérone dans les années 60, rappelant que Simon Casas fut lui aussi torero.
Qui donc à l'époque aurait pu imaginer qu'un français puisse diriger une arène comme Las Ventas ?
Certainement personne, car le conservatisme espagnol en la matière est difficile à transgresser.
Tout part en fait d'un rêve. Celui des toreros français de l'après-guerre. Un rêve nourri avec bien plus d'instinct de survie que d'ambitions. Montrer que les toreros français existaient et pouvaient se faire une place ! La survie, d'ailleurs, et les gens qui partent de zéro font bien plus rêver que les ambitieux déjà établis.
Et l'on se rend compte rétrospectivement que beaucoup firent partie de cette histoire. Simon Casas, les frères Nimeño (Alain puis Christian), Frédéric Pascal, Chinito, et tellement d'autres, qui se retrouvèrent notamment à manifester en piste pendant la lidia d'un novillo en 1972 à Saint-Sever. Une histoire avec des moments de gloire et aussi des tragédies. Celle de Jacques Brunet "Jaquito", hors de l'arène, et plus tard sur le sable celle de Christian Montcouquiol "Nimeño II".
Une histoire, qui dans sa continuité, bien des décennies plus tard, aura vu arriver Simon Casas à Madrid. Simon Casas, comme il l'avait expliqué après sa désignation en septembre 2016, était parti de rien et d'une condition plus que modeste. Une trajectoire ascendante, des paris, beaucoup de mots (des bons, d'autres à tort), et du Bernard Tapie dans le texte aussi, dans la façon de s'exprimer, de surenchérir, d'être protagoniste. Il n'est pas impossible, si on lui demandait, que Simon Casas ait vu Bernard Tapie comme modèle de réussite dans les années 80.
Et derrière le bureau, il y a les corrales, là où se jouent tant d'histoires. Entre toros ou lots entiers refusés, lots recomposés, etc. Beaucoup de protocole.
Dans son équipe de Plaza 1 ("Plaza One" disent certains aficionados madrilènes avec humour), Simon Casas a nommé Robert Piles dans la gestion des lots choisis. Piles qui, avec l'assise qui est la sienne (ancien matador, doyen actuel des toreros français, et apoderado de nombreux toreros), accomplit la tâche sans difficulté.
Dimanche 30 avril, dans l'enceinte de briques, sur la piste, une novillada de Sánchez Herrero. Une course qui paraissait forte dans les corrales (avec un quatrième novillo, colorado, de 530 kilos), et il y avait de quoi être inquiet quand on sait le nombre de novilleros passés par la porte de l'infirmerie, en bas du Tendido 4, depuis l'an dernier. Mais au final, même si elle fut mansa, elle ne "mangea personne" (avec un excellent premier novillo) et permettait mieux que ce qu'en firent Tulio Salguero, Alvaro García et Daniel Menés, auxquels on ne peut que souhaiter de muscler leur jeu à l'avenir. Les lidias et les cuadrillas furent pour leur part catastrophiques, rappelant en pire ce que l'on avait vu lors de la novillada-concours de Parentis en 2016. A Madrid, au moins deux Sánchez Herrero sur six furent flingués à la pique au sens littéral du terme.
Une course pluvieuse devant une assistance réduite, avec de nombreux touristes (de nationalités très diverses) peu avertis à la chose mais certainement pas insensibles à leurs guides... touristiques. A l'aube du mois de mai, de la feria de San Isidro, le lendemain le beau temps revenait à Madrid... et les Dolores Aguirre aussi.

Florent

samedi 6 mai 2017

Novillada de Raso de Portillo, Céret

Aujourd'hui, Céret présentera officiellement les affiches de sa prochaine feria. 
Avec notamment une novillada de Raso de Portillo (très sérieuse, comme on le remarque sur la photo) pour Mario Palacios, Daniel García Navarrete et le français Maxime Solera. 
Et rappeler aussi que depuis la naissance de l'ADAC à la fin des années 80, aucun novillero avec picadors n'est sorti en triomphe à Céret, bien que ce mérite aurait dû revenir en 2013 à Vicente Soler face aux cornus d'Hubert Yonnet. La dernière fois qu'un novillero est sorti en triomphe des arènes de Céret, c'était Luis Parra "Jerezano", en 1986. Pas mal d'entre nous n'étions même pas nés. 
Et la prochaine ? Peut-être cette année ?

Florent

(image de l'ADAC : les Raso de Portillo au campo)

jeudi 4 mai 2017

La Venta del Batán



 Ligne 10 du métro madrilène. Celle qui relie el Hospital Infanta Sofía et la Puerta del Sur. Descendre à l'arrêt Batán.
Et juste à côté, la fameuse Venta del Batán. Celle que beaucoup de jeunes aficionados auraient aimé connaître, et où étaient "jadis" parqués tous les toros des ferias de San Isidro. Un endroit isolé, à l'écart de la ville, et paisible.
Si le parc d'attractions voisin fonctionne, la Venta del Batán elle est un véritable désert. Plus récente est la fermeture de l'école taurine Marcial Lalanda, basée sur le même site. Fermée par l'actuelle municipalité, là où malheureusement la politique n'aurait jamais dû s'inviter.
Tant de grands toreros sont sortis de cette école taurine, et tant de grands toros sont passés par cette fameuse Venta del Batán. Un bel endroit... à l'abandon. 


Florent