jeudi 11 mai 2017

Les Dolores du calife

Ils étaient longs ces sept ans sans voir la corne d'un pensionnaire de Dolores Aguirre franchir la porte du toril de Las Ventas. La dernière fois, c'était en 2010, avec une grande corrida de toros pour Rafaelillo, Fernando Cruz et Joselillo.
Fortunes diverses, puisque Rafaelillo avait raté la grande porte d'un cheveu à cette occasion, et Joselillo avait reçu un grave coup de corne devant un toro très dur et dangereux. La caste des toros de Dolores Aguirre souffla fort ce jour-là sur Madrid. Mais sûrement pas assez (ou trop ?) aux yeux des décideurs de l'époque pour faire revenir les saisons suivantes un élevage qui a pourtant eu beaucoup de succès en ces lieux.
Depuis, Madame Dolores Aguirre Ybarra a quitté ce monde. C'était en 2013.
Cela faisait donc très plaisir de revoir cet élevage annoncé pour une novillada à Las Ventas le lundi 1er mai. Il figurera également au programme de la San Isidro 2017 avec une corrida au mois de juin.
Dans l'histoire de la tauromachie, cette ganadería est récente puisqu'elle date de la fin des années 70, avec des produits issus de l'élevage d'Antonio Ordóñez, ami de Dolores Aguirre. Et des toros qui initialement n'étaient pas destinés aux corridas dites "toristas". La preuve avec la première corrida complète de Dolores Aguirre en France... à l'été 80 à Fréjus, avec six toros pour Joaquín Bernadó, Manuel Benítez "El Cordobés" (qui n'est pas le calife dont il est question dans cet article) et Patrick Varin !
Mais avec sa sélection et ses choix, Doña Dolores Aguirre a insufflé à son troupeau du caractère et de la force. Des toros exigeants, redoutables, et qui nécessitent des toreros ou des novilleros en forme.
Comme l'an dernier à Vic-Fezensac où il y eut une novillada exceptionnelle, charpentée, encastée, brave et spectaculaire.
Celle de Madrid, combattue ce 1er mai, fut un ton en-dessous. Les six représentants, généralement bien présentés, étaient Clavetuerto II, Guindoso II, Tosquetito, Clavetuerto I, Guindoso I et Malagueño.
La première partie fut supérieure, avec notamment deux novillos encastés et aux charges intenses. Le novillo initial, qui prit trois piques et fut passionnant, ainsi que le troisième, manso mais qui eut tendance à se grandir au cours du combat. Le deuxième aussi permettait au novillero, Javier Marín en l'occurrence, l'espoir du triomphe.
Quinze piques au total pour les novillos d'origine Atanasio Fernández et Conde de la Corte, avec trois derniers exemplaires sévèrement et mal châtiés et qui laissèrent beaucoup de force dans la bataille. La veille, les Sánchez Herrero avaient mis deux fois les picadors au tapis.
Au cours de cette novillada de Dolores Aguirre, aucun trophée ne fut obtenu. Il y avait pourtant matière à bâtir réputation, gloire et succès. Surtout face aux trois premiers novillos. C'est Fernando Flores, avec une technique affirmée, qui s'en tira le mieux, mais estoqua mal. Miguel Maestro (novillero-vétéran de 33 ans) et Javier Marín, courageux, furent un peu moins en vue même si le second aurait pu obtenir une oreille partiellement demandée par le public.
En voyant plusieurs de ces novillos de Dolores Aguirre charger avec tant de transmission et d'intensité, il y avait de quoi repenser à la catégorie des toreros habitués à les affronter. La mal nommée tribu des seconds couteaux. Celle dont faisait partie, lorsqu'il était en activité, le torero de la région de Valencia, José Pacheco "El Califa". Des Dolores pour le calife. L'un des spécialistes il y a près de quinze ans de cet élevage. En l'an 2000, El Califa avait coupé deux oreilles à son premier toro mais n'avait pu sortir par la grande porte, à cause d'une grave blessure causée par son second adversaire, face auquel il était parti sur les mêmes bases et aurait pu obtenir d'autres trophées... Et en 2003, enfin, il put cette fois goûter au triomphe. Un triomphe contrasté, avec la tête ailleurs, car El Califa avait dédié au ciel, en mémoire de son père disparu la veille. El Califa, un torero retraité qui a connu de belles heures, avec courage, sincérité, mais dont on a aujourd'hui un peu vite oublié le mérite.

Florent

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