samedi 24 juin 2017

Solitude sonore

Quand j'étais petit, les soirs d'été parfois en regardant la télé, je rêvais de voir un reportage évoquant un après-midi de toros. Un reportage qui conterait la dernière dépêche d'un grand triomphe ou d'un après-midi d'exception. Il y en eut très peu, voire même pas du tout. D'autres sujets ont toujours été privilégiés par les grandes rédactions.
Les jours ont beau défiler, au rythme de ce début d'été, mais le coeur est encore lourd ce soir. Vifs sont les souvenirs d'Iván Fandiño, durs et insupportables sont les écrits et les paroles stupides. Mais même si cela semble dur, il faut, au maximum, tenter de faire abstraction.
Nombreuses aussi sont les images qui reviennent du maestro. Curieusement, une bonne partie est consacrée à la concentration qu'il avait chaque après-midi avant d'entrer dans l'arène. En s'isolant dans les coulisses, fixe et au regard fermé. J'ai retrouvé celle-ci, datant de la Madeleine 2013 à Mont-de-Marsan. Iván Fandiño, dans ces circonstances, était toujours imperturbable.
Cette attitude, c'est une splendide illustration de la "solitude sonore du toreo" de José Bergamín. Solitude, concentration, dans l'ombre, avant de déployer au grand jour tout le talent et la détermination. Un grand torero dont quelque chose dit aujourd'hui qu'il ne faudra jamais cesser de chanter son courage et ses vertus.
Gaoneras face au toril, doblones, ces passes en pliant le genou, une muleta ferme, des estocades en s'engageant avec une incroyable sincérité. Maître des épées qu'il était. Iván Fandiño a tellement donné dans l'arène, à vouloir transmettre et émouvoir. Mais aujourd'hui encore, c'est très dur.
A Mont-de-Marsan, son nom est gravé sur l'affiche de la prochaine feria, à laquelle il ne pourra malheureusement pas prendre part. Mont-de-Marsan, l'une de ses arènes, dont il avait gagné l'admiration un soir de 2012, sous un ciel gris et électrique, en affrontant avec verve un toro de Fuente Ymbro. Deux oreilles de catégorie.
Pas plus qu'il ne reviendra à Madrid, où il lui arrivait parfois d'appeler les toros de loin, quel que soit le fer sur la cuisse.
Voir des toreros et les apprécier, c'est entrer dans un monde différent. Torero, après tout, est un métier qui existe seulement dans quelques régions de la planète. Des hommes qui vivent l'aventure à fond, à une époque où d'autres affirment que cela n'a plus sa place.
Mais les journaux, eux, pourtant, ne cessent jamais d'abreuver leur audience de faits divers, et de sensationnalisme qui attire l'oeil curieux. Dans les grandes rédactions, il est peu souvent question de tauromachie, sauf quand il s'agit de drames. Et l'on en revient à cette histoire d'informations construites autour des faits divers.
Époque bizarre, où aussi, les considérations sociales régissent pratiquement tous les compartiments des scènes du quotidien.
Sauf quand les yeux sont rivés sur l'arène, sur les hommes en habits de lumières et sur les toros. Là, l'atmosphère nous fait, à beaucoup, oublier qui nous sommes. Ce qu'il y a en bas, c'est un combat. Un truc à part.
Dans le combat, alors que beaucoup ont en idéal la tauromachie andalouse, raffinée, esthétique, Iván Fandiño s'est fait une place dans le coeur des aficionados. Lui le Basque, le torero du Nord. Avec force, grand courage, et émotion dans tout ce qu'il faisait.
Lui qui nous a tant fait vibrer aujourd'hui nous fait pleurer.
Il arrive, dans certaines circonstances, d'entendre dire que la génération de toreros actuellement en activité est décevante et perfectible. Mais rien que de l'époque de Fandiño, on remarque que beaucoup de toreros nés au début des années 80 forment une incroyable génération. Des toreros qui ont tous connu des passages à vide avant de revenir sur le devant de la scène. Une génération dont faisait partie Iván Fandiño, et dans laquelle on compte aussi Manuel Escribano, Emilio de Justo, Alberto Aguilar, Sergio Aguilar, Paco Ureña, Alberto Lamelas, et tant d'autres. Tous différents, mais qui au moins un jour dans une arène, ont transmis une intensité rare.

Si les aficionados chantent leurs mérites, ce n'est pas le cas des journaux télévisés de 20 heures. Tant pis. Il ne faut pas oublier que c'est l'afición qui pousse les toreros. La perte d'Iván Fandiño paraîtra toujours aussi cruelle. Mais parce que lui, et d'autres, sont partis, il faut que l'histoire continue. Quel meilleur hommage que de voir d'autres toreros prendre la relève, et honorer avec splendeur cet héritage. Il conviendra de les saluer, et de dire à quel point ils auront été remarquables, sur le moment. Mais pas après. Car après, hélas, c'est trop tard.

Florent

mardi 20 juin 2017

Les lions indomptables

Passion pour la tauromachie, pour le meilleur et pour le pire. On souhaite toujours le meilleur, en toutes circonstances, tout en sachant que le pire est une éventualité, et que des destins peuvent basculer à n'importe quel moment.
Vivifiantes sont les images de la carrière d'Iván Fandiño, de ses triomphes et de ses coups d'éclat.
Mais quelle onde de choc depuis ce samedi 17 juin. Il y a de quoi être incrédule et groggy à la fois.
La colère, aussi, est un sentiment qui peut nous traverser quand on lit un certain, et même grand, nombre de commentaires et remarques abjects. C'est très dur, mais il faut tenter de faire abstraction. Il en est ainsi, à l'époque des réseaux sociaux, où malheureusement certaines personnes ont des avis sur tous les sujets et sur toutes les questions. Leur manque quand même peut-être à l'appel l'éducation et le respect.
Commenter et se prononcer, sans même parfois absolument rien connaître des tenants et des aboutissants d'une course de toros. Ce qui est très souvent le cas.
Reviennent à la surface tous les souvenirs d'Iván Fandiño. Dans un costume vert et or, ce mano a mano héroïque avec David Mora en 2011 à Madrid. Toujours dans la même arène, le couronnement de 2014 avec une estocade sans muleta qui permit à Fandiño d'ouvrir la porte la plus convoitée de la planète des toros.
Trois ans plus tard, un autre toro, de Baltasar Ibán, nous a rappelé la plus dure des réalités d'une arène.
D'une autre génération, Antonio José Galán, surnommé "El Loco", estoquait souvent les toros sans muleta. Dans une interview un jour, il confiait que sur environ 200 tentatives sans muleta, il fut blessé seulement quatre fois.
Galán, lui, est mort en voiture, un jour de l'été 2001, tandis qu'il rentrait de Bayonne où toréait son fils David Galán. Au cours de cette novillada matinale, Antonio José Galán avait reçu le brindis d'un jeune novillero sans picadors à l'époque : Manuel Escribano. Puis vint la stupéfaction, et l'annonce de sa disparition.
L'immense courage de Galán, celui de Fandiño, et de tant d'autres toreros, montrent qu'il n'y a pas que la technique et la rationalité en tauromachie. Loin de là. Existent aussi une énorme part d'imprévu, et des choses magiques, surpuissantes, qui dépassent la raison.
Se jouer la vie dans l'arène, loterie quotidienne des toreros. Tandis que d'autres individus rient aujourd'hui de destins tragiques et le font publiquement de façon obscène. Ceux-là, la plus grande chose qu'ils aient un jour pu risquer, ce sont certainement deux ou trois misérables euros en jouant au loto. Persuadés que cette loterie de l'argent les ferait changer de vie. Hypocrisie intellectuelle.
Le torero, lui, est conscient que sa vie est en jeu dès lors qu'il entre dans une arène. Un métier où il n'existe pas de limites au courage et à l'opiniâtreté.
Et c'est là que l'on voit toute la dimension de la tauromachie. Si elle a très certainement des aspects archaïques qu'elle ne renie pas, elle existe encore, elle fascine et elle plaît. Pour le meilleur et pour le pire.

D'Antonio José Galán à Iván Fandiño, il n'est pas question d'une somme calculée et misée. Chacun est à sa place, car ces êtres à part, eux, mettent leur existence sur le tapis de jeu. Lions indomptables qui dans les esprits ne mourront jamais...

Florent

dimanche 18 juin 2017

Il est parti...

Viennent en juin les jours les plus longs de l'année, où sortent des toros chaque week-end, et où le soleil et les sables des arènes deviennent de plus en plus chauds. Parfums d'été.
Hier, après avoir assisté à cette corrida des fêtes d'Aire-sur-l'Adour, c'était la nuit. Il est arrivé un malheur. Et il faut écrire, non pas à contre-coeur, mais avec passion et conviction. Écrire mais éviter les détails, le superflu, car maintenant, malheureusement, il est trop tard.
Dans la vie de tous les jours ou dans l'arène, je préfère conserver l'image vivante et rayonnante des gens. Au moment où l'on a vu Iván Fandiño tomber sur le sable, poussé par la corne du toro "Provechito", numéro 53, de Baltasar Ibán, on s'est dit que comme les autres fois, bien sûr, il se relèverait.
Je me souviens d'il y a dix ans, de ce vent de fraîcheur venu du Nord. Un jeune torero du Pays Basque, Iván Fandiño, sur le sable des arènes de La Brède en juin 2007. Il me semble qu'il s'agissait à l'époque de sa première corrida dans le Sud-Ouest. Face à des toros de Los Bayones, la technique était certes en rodage, mais en revanche, il y avait beaucoup de détermination et d'idées.
Un vent frais, tourbillonnant, venu du village d'Orduña, pas si loin de Bilbao. Un jeune homme, Iván Fandiño, parti de loin, car lorsqu'il était novillero, il accusait un véritable surpoids. Fandiño a lutté, et s'est imposé. Gagnant les luttes, une à une, face aux toros et aux blessures.
Un torero puissant, capable de retourner une arène en citant de loin un toro de Cuadri en 2011 à Madrid. Quel souvenir. Des estocades sans se soucier des possibles blessures, en volant sur les cornes des toros. Un Guardiola, et quelques années plus tard un Parladé, ce qui lui permit d'ouvrir la Grande porte des arènes de Las Ventas.
Un torero très apprécié, en Espagne, à Madrid, et aussi en France où il a connu le triomphe à de nombreuses reprises en quelques années à peine. L'image d'un torero puissant, comme invincible, avec la baraka l'accompagnant tout le temps. Une putain de force, capable de rivaliser en toutes circonstances. Et là, dans ce domaine, les souvenirs ne manquent pas.
Iván, souriant à l'extérieur des arènes, et au visage plus fermé une fois à l'intérieur, c'est un torero fort. La volonté d'embarquer, et de croquer tous les toros. Une envie de triomphe, si belle à voir, un vent de fraîcheur à un moment où l'on attendait un torero de cette catégorie. C'était lui.
Les défis n'ont pas manqué, comme ce seul contre six à Madrid au mois de mars 2015, remplissant complètement les arènes, mais qui se solda sans résultat malheureusement. Depuis cet échec, Iván a toujours eu des sursauts d'orgueil, une façon d'affirmer son terrain et sa présence.
Dans les rues, hier, près des arènes d'Aire-sur-l'Adour une fois la corrida terminée, les nouvelles se faisaient de plus en plus inquiétantes. Aucune envie de penser au pire, mais au fond de soi un cri strident. Ne pars pas Iván.
Torero, un mode de vie. L'année 2016 fut déjà endeuillée. Une profession où vie et carrière sont reliées, et peuvent s'arrêter au même instant. Hier, Iván a été cueilli et ne reviendra pas. Cigarettes et nuit blanche.
Cette issue, en tant qu'aficionado, c'est ce que l'on redoute le plus en se rendant aux arènes.
L'humain d'abord. Car le contraire serait effrayant.
J'ai repensé, dans cette longue nuit, à ce que Jacques Durand avait écrit à propos de la disparition de Christian Montcouquiol "Nimeño II" en 1991. L'écrivain avait cité Chateaubriand, et la phrase suivante : "sa mort l'a laissé en possession de sa force".

Christian Montcouquiol avait 37 ans. L'âge qu'allait avoir Iván Fandiño dans quelques mois à peine. Les aficionados, désormais, restent maîtres de sa mémoire, de ce qu'il a incarné, sa force basque, sa générosité en tant que torero de vérité. Et ce courage, cette détermination, qui au-delà de l'arène sont de véritables leçons de vie. Pour chercher de quoi éclairer les moments durs et les nuits. La nuit, la sienne est arrivée bien trop tôt. On a perdu bien plus qu'un torero. Iván Fandiño est parti et il nous manque.

Florent

(image du journal Sud-Ouest)

samedi 10 juin 2017

Raso de Portillo !

Après cette matinée pluvieuse, qui avait vu deux novillos seulement, Patrullito et Quitapenas, vendre très chèrement leur peau, on comprenait enfin pourquoi à la fois Vic-Fezensac et Céret avaient commandé du Raso de Portillo pour la saison 2017.
Il faut dire que l'an dernier, il y avait eu une très bonne sortie de l'élevage, à Hagetmau, ainsi qu'un novillo isolé à Parentis lors d'une course de Los Maños.
Parentis-en-Born où, en 2007 et 2008, la ganadería de Raso de Portillo se révéla en France, et connut deux sorties tonitruantes. Deux coups de tonnerre.
Je me souviens m'être rendu dans cet élevage, après ces deux sorties parentissoises, avec un ami de Bayonne. Le Raso de Portillo, situé près du village de Boecillo, est à peine à 15 kilomètres au Sud de Valladolid. Une forêt de pins, et la fierté de deux frères, José María et Iñigo Gamazo, de nous montrer leur élevage et tout leur troupeau, leurs toros de combat. À cheval, Titi Agudo était déjà le mayoral.
Un élevage atypique, car il y a toujours eu des toros sur ces terres de Boecillo depuis le XIIIème siècle, désormais entourées de zones pavillonnaires en briques.
Deux arènes de tientas, une ancienne et une neuve, et des toros et des vaches partout, dans la plaine ou sous les pins. De superbes toros, dont l'origine autour de l'encaste Santa Coloma est complexe à cerner et à définir.
Depuis, les frères Gamazo, José María et Iñigo, sont décédés à un an d'écart à peine.
Ils auraient été fiers de cette novillada vicoise. Une novillada qui aurait dû voir le combat de quatre novillos de Raso de Portillo. À cause des intempéries et de l'état très délicat de la piste, elle fut interrompue après le deuxième.
Mais quels novillos ! Quelle présence, quelle bravoure, quelle caste !
Patrullito le premier, face auquel Mario Palacios glissa en début de combat et prit peur (on le comprend) pour la suite. Il eut la chance d'être accompagné par une bonne cuadrilla. Au cheval, Patrullito alla trois fois, en poussant avec puissance et grande bravoure à chaque rencontre, bien contenu par Gabin Rehabi. Ensuite, Patrullito offrit des possibilités à la muleta, avec toujours autant de caste. Grande ovation à l'arrastre.
La sortie du deuxième, Quitapenas, que l'on voit à l'image, était un magnifique spectacle. Une allure incroyable pour ce novillo, ce guerrier, qui prit quatre véritables piques dont une fois en envoyant la cavalerie au tapis. C'est le novillero Miguel Ángel Pacheco qui s'y frotta, et fut très volontaire, devant même couper une oreille du fait de ses dispositions dans un tel contexte et après une estocade efficace. Hélas, le trophée ne lui fut pas accordé.
Seulement deux novillos combattus lors de cette matinée d'ouverture de la feria de Vic, mais c'était peut-être la course à ne pas manquer ! Au souvenir de Boecillo, des frères Gamazo, et des premières sorties à Parentis. L'histoire continue. Et comment !

Florent

(Image de David Cordero : Quitapenas de Raso de Portillo)

mercredi 7 juin 2017

La lidia d'Octave

Costume gris plomb et or soutaché de noir. Samedi à Vic-Fezensac, sous une pluie intermittente, c'était Octavio Chacón, torero andalou de 33 ans. Cela faisait un petit moment qu'il n'était pas venu dans une arène du Sud-Ouest, car sa dernière sortie eut pour cadre une novillada de Fuente Ymbro, en 2002 à Saint-Sever !
Octavio Chacón fait partie de la liste des toreros qui auraient pu échapper au regard l'aficionado, mais qui la trentaine venue, ont eu un déclic et se retrouvent de nouveau sur les affiches. Celui de Chacón remonte à la fin de l'année 2014, avec une corrida d'Escolar Gil dans la province d'Avila.
Il est toujours intéressant de regarder le parcours de ce type de toreros. Plus que des parcours, des modes de vie. Celui qui a conduit Octavio Chacón à aller toréer plusieurs fois par an au Pérou, à cause de contrats manquants sur notre continent, sauf rares exceptions.
Il n'est pas anodin qu'un torero aille au Pérou par passion, pour pouvoir continuer à s'habiller de lumières et à rêver de triomphes. Là où les toros sont plus petits, mais où certaines plazas culminent parfois à 3 ou 4.000 mètres d'altitude et sont souvent, pour ne pas dire toujours, dépourvues de blocs opératoires. Beaucoup de toreros espagnols, et même français, y sont allés en quête d'opportunités. Le Pérou des fortunes diverses. Celui de David Gil, matador espagnol surnommé "le torero des Andes", ou encore celui tragique de José Reina Rincón, assassiné et retrouvé sans vie au début de l'été 2002.
S'il continue dans la lignée de ses dernières sorties européennes, Octavio Chacón ne devrait pas avoir à se rendre au Pérou pour meubler ses saisons. Car il devient, petit à petit, un des noms indispensables dans le créneau des corridas les plus sérieuses et exigeantes.
Sa prestation face aux toros de Dolores Aguirre ce samedi a confirmé cette tendance.
La sensation d'un torero en forme, qui mise sur une lidia complète, et dont le sitio est tel qu'on a l'impression que rien ne peut lui arriver. Le début de combat face au deuxième toro de l'après-midi, Carafea III, plus tard honoré d'un tour de piste diversement apprécié, était un modèle du genre. Tout semblait parfait, l'accueil à la cape, la sérénité, et aussi de jolis détails, comme une demi-véronique et une revolera. Octavio Chacón, qui substitua Paulita dans le rôle du chef de lidia, mena à quatre reprises Carafea III face au picador Juan José Esquivel. Esquivel, fidèle picador de Rafaelillo, habitué aux batailles, dont celle de 2010 à Céret, dont reste aujourd'hui une mythique photo de François Bruschet, avec un cheval propulsé sur les cornes d'un toro portugais de Manuel Assunção Coïmbra.
La caste du toro de Dolores Aguirre, au pelage burraco, donnait une très grande intensité. À l'exception de l'emplacement de plusieurs piques, le quatuor toro, matador, picador, cheval semblait fonctionner à merveille. Ce fut un très grand tiers de piques.
Le brave Carafea III de Dolores Aguirre baissa d'un ton à la muleta, mais Chacón avait continué avec le même panache de lidiador, des cites de loin, un superbe remate de la main gauche à la fin d'une série droitière, entre autres. Peut-être que certains effets étaient de trop, en revanche, ce qui est certain, c'est qu'Octavio Chacón a toréé avec une immense envie et sans tricher. Comme les toreros en forme quand ils ont évacué tous les doutes. Et la façon d'entrer droit avec l'épée, au moment de vérité, était elle aussi sensationnelle.

Florent

(Image de Laurent Larrieu, Campos y Ruedos)

mardi 6 juin 2017

Mucho toro

En plein coeur de l'hiver, et au tout début de l'année 2017, parvenait dans les boîtes aux lettres le portrait de ce toro. Un cliché venant illustrer la carte de voeux du Club Taurin Vicois. Des voeux pour l'an 17, qui aurait pu être celui de la Charente-Maritime, de La Rochelle, de son Vieux-Port, et de sa brillante équipe à la tunique jaune et noire.
Mais c'est ce toro, qui d'ailleurs ne l'était pas encore à la date de la photo car né en mars 2013, qui procurait déjà forte impression. Jardinero, un toro de Los Maños, au pelage gris foncé avec plein de tâches blanches, comme son frère Salta Cancelas, vainqueur de la corrida-concours de Vic en 2016.
Los Maños, un élevage sérieux, propriété de la famille Marcuello, qui connaît depuis des années de grands succès dans de nombreuses arènes, mais qui a aussi eu l'an passé la douleur de vivre un drame, car c'est un toro de la maison qui a ôté la vie au matador Víctor Barrio.
Un toro qui aurait pu être de n'importe quel élevage, car le danger règne et plane chaque après-midi au-dessus des arènes. Mais il était de Los Maños. Terrible souvenir.
Si à l'image, Jardinero, toro de la région d'Aragon, imposait déjà la respect et faisait pressentir un sacré combat sur le sable vicois, on se demandait qui allait être le torero auquel reviendrait l'honneur et aussi la lourde tâche de le défier.
C'était pour Michelito Lagravère, franco-mexicain, pas encore 20 ans, à l'occasion de son retour sur les terres de son père. Il y avait également de quoi s'inquiéter, car on ignorait le niveau technique que pouvait afficher Michelito dans un tel contexte, lui qui a essentiellement fait carrière outre-Atlantique et n'a pas tant toréé que cela en Europe.
Et les doutes n'étaient pas infondés. C'était bien trop tôt.
En piste, Jardinero de Los Maños a confirmé ce qu'il laissait présager sur une seule image. Un présage que l'on peut annoncer en deux termes, ceux d'une expression espagnole : Mucho toro. Ce qui signifie littéralement "beaucoup de toro", mais désigne plus précisément un toro avec plus de présence, de force et de caste que la normale, et face auquel être à la hauteur demande un grand effort.
Beaucoup de toro. Trop, beaucoup trop pour le jeune Michelito Lagravère, qui il y a quelques années à peine était encore un enfant-torero devant des becerros.

Bronca pour le matador, après avoir eu à se défaire de Jardinero, un magnifique toro, imposant et très armé. Piqué quatre fois, et à une distance progressive, par le picador arlésien Gabin Rehabi lors d'un tiers spectaculaire. Superbement banderillé aussi par Felipe Peña qui reçut une légitime ovation. Et après la sonnerie annonçant le dernier tiers, Jardinero avait encore de la superbe, de la mobilité, de la caste, et surtout de l'émotion dans ses charges. Des caractéristiques difficiles à contenir dans la muleta d'un jeune torero, mais en tout cas essentielles à l'avenir de la tauromachie. Et tour de piste posthume pour Jardinero, car parfois ce sont aussi les toros qui triomphent...

Florent  

Sergio

Le drame ce week-end, ce n'est pas qu'il y ait eu un indulto polémique à Nîmes, pouvant éventuellement plomber le sérieux de la tauromachie et la dévaluer. Non, le drame, c'est que ce torero, qui n'a pas eu la carrière qu'il méritait, soit dans l'obligation d'y mettre un terme. 
Sergio Aguilar, torero au grand courage et avec beaucoup de pureté dans chacun de ses gestes, choses qu'il a notamment pu démontrer dans les plus grandes arènes françaises, et face à des toros de respect : Vic-Fezensac, Bayonne, Céret, Mont-de-Marsan, Arles, Dax...
Aujourd'hui, il décide de devenir banderillero dans une quasi-indifférence.

Florent