mardi 20 juin 2017

Les lions indomptables

Passion pour la tauromachie, pour le meilleur et pour le pire. On souhaite toujours le meilleur, en toutes circonstances, tout en sachant que le pire est une éventualité, et que des destins peuvent basculer à n'importe quel moment.
Vivifiantes sont les images de la carrière d'Iván Fandiño, de ses triomphes et de ses coups d'éclat.
Mais quelle onde de choc depuis ce samedi 17 juin. Il y a de quoi être incrédule et groggy à la fois.
La colère, aussi, est un sentiment qui peut nous traverser quand on lit un certain, et même grand, nombre de commentaires et remarques abjects. C'est très dur, mais il faut tenter de faire abstraction. Il en est ainsi, à l'époque des réseaux sociaux, où malheureusement certaines personnes ont des avis sur tous les sujets et sur toutes les questions. Leur manque quand même peut-être à l'appel l'éducation et le respect.
Commenter et se prononcer, sans même parfois absolument rien connaître des tenants et des aboutissants d'une course de toros. Ce qui est très souvent le cas.
Reviennent à la surface tous les souvenirs d'Iván Fandiño. Dans un costume vert et or, ce mano a mano héroïque avec David Mora en 2011 à Madrid. Toujours dans la même arène, le couronnement de 2014 avec une estocade sans muleta qui permit à Fandiño d'ouvrir la porte la plus convoitée de la planète des toros.
Trois ans plus tard, un autre toro, de Baltasar Ibán, nous a rappelé la plus dure des réalités d'une arène.
D'une autre génération, Antonio José Galán, surnommé "El Loco", estoquait souvent les toros sans muleta. Dans une interview un jour, il confiait que sur environ 200 tentatives sans muleta, il fut blessé seulement quatre fois.
Galán, lui, est mort en voiture, un jour de l'été 2001, tandis qu'il rentrait de Bayonne où toréait son fils David Galán. Au cours de cette novillada matinale, Antonio José Galán avait reçu le brindis d'un jeune novillero sans picadors à l'époque : Manuel Escribano. Puis vint la stupéfaction, et l'annonce de sa disparition.
L'immense courage de Galán, celui de Fandiño, et de tant d'autres toreros, montrent qu'il n'y a pas que la technique et la rationalité en tauromachie. Loin de là. Existent aussi une énorme part d'imprévu, et des choses magiques, surpuissantes, qui dépassent la raison.
Se jouer la vie dans l'arène, loterie quotidienne des toreros. Tandis que d'autres individus rient aujourd'hui de destins tragiques et le font publiquement de façon obscène. Ceux-là, la plus grande chose qu'ils aient un jour pu risquer, ce sont certainement deux ou trois misérables euros en jouant au loto. Persuadés que cette loterie de l'argent les ferait changer de vie. Hypocrisie intellectuelle.
Le torero, lui, est conscient que sa vie est en jeu dès lors qu'il entre dans une arène. Un métier où il n'existe pas de limites au courage et à l'opiniâtreté.
Et c'est là que l'on voit toute la dimension de la tauromachie. Si elle a très certainement des aspects archaïques qu'elle ne renie pas, elle existe encore, elle fascine et elle plaît. Pour le meilleur et pour le pire.

D'Antonio José Galán à Iván Fandiño, il n'est pas question d'une somme calculée et misée. Chacun est à sa place, car ces êtres à part, eux, mettent leur existence sur le tapis de jeu. Lions indomptables qui dans les esprits ne mourront jamais...

Florent

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