mardi 6 juin 2017

Mucho toro

En plein coeur de l'hiver, et au tout début de l'année 2017, parvenait dans les boîtes aux lettres le portrait de ce toro. Un cliché venant illustrer la carte de voeux du Club Taurin Vicois. Des voeux pour l'an 17, qui aurait pu être celui de la Charente-Maritime, de La Rochelle, de son Vieux-Port, et de sa brillante équipe à la tunique jaune et noire.
Mais c'est ce toro, qui d'ailleurs ne l'était pas encore à la date de la photo car né en mars 2013, qui procurait déjà forte impression. Jardinero, un toro de Los Maños, au pelage gris foncé avec plein de tâches blanches, comme son frère Salta Cancelas, vainqueur de la corrida-concours de Vic en 2016.
Los Maños, un élevage sérieux, propriété de la famille Marcuello, qui connaît depuis des années de grands succès dans de nombreuses arènes, mais qui a aussi eu l'an passé la douleur de vivre un drame, car c'est un toro de la maison qui a ôté la vie au matador Víctor Barrio.
Un toro qui aurait pu être de n'importe quel élevage, car le danger règne et plane chaque après-midi au-dessus des arènes. Mais il était de Los Maños. Terrible souvenir.
Si à l'image, Jardinero, toro de la région d'Aragon, imposait déjà la respect et faisait pressentir un sacré combat sur le sable vicois, on se demandait qui allait être le torero auquel reviendrait l'honneur et aussi la lourde tâche de le défier.
C'était pour Michelito Lagravère, franco-mexicain, pas encore 20 ans, à l'occasion de son retour sur les terres de son père. Il y avait également de quoi s'inquiéter, car on ignorait le niveau technique que pouvait afficher Michelito dans un tel contexte, lui qui a essentiellement fait carrière outre-Atlantique et n'a pas tant toréé que cela en Europe.
Et les doutes n'étaient pas infondés. C'était bien trop tôt.
En piste, Jardinero de Los Maños a confirmé ce qu'il laissait présager sur une seule image. Un présage que l'on peut annoncer en deux termes, ceux d'une expression espagnole : Mucho toro. Ce qui signifie littéralement "beaucoup de toro", mais désigne plus précisément un toro avec plus de présence, de force et de caste que la normale, et face auquel être à la hauteur demande un grand effort.
Beaucoup de toro. Trop, beaucoup trop pour le jeune Michelito Lagravère, qui il y a quelques années à peine était encore un enfant-torero devant des becerros.

Bronca pour le matador, après avoir eu à se défaire de Jardinero, un magnifique toro, imposant et très armé. Piqué quatre fois, et à une distance progressive, par le picador arlésien Gabin Rehabi lors d'un tiers spectaculaire. Superbement banderillé aussi par Felipe Peña qui reçut une légitime ovation. Et après la sonnerie annonçant le dernier tiers, Jardinero avait encore de la superbe, de la mobilité, de la caste, et surtout de l'émotion dans ses charges. Des caractéristiques difficiles à contenir dans la muleta d'un jeune torero, mais en tout cas essentielles à l'avenir de la tauromachie. Et tour de piste posthume pour Jardinero, car parfois ce sont aussi les toros qui triomphent...

Florent  

1 commentaire:

  1. J'aurais écrit : ! Mucho TORO !
    Mais ,...Une fois de plus , tout le reste est ...Bien écrit !
    Enhorabuena.
    ernesto

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