mardi 18 juillet 2017

Corrida d'antan dans tes dents

Trois heures sans un seul instant d'ennui. Avec l'attention et les regards fixés sur ce que l'on voyait en piste. L'archétype de la corrida dure, chose à laquelle on peut s'attendre quand sont annoncés les fers de Saltillo et Moreno de Silva. Enfin pas systématiquement, car il y a un peu de tout dans cette maison, et la corrida de l'an dernier à Céret avait été plutôt pacifique par rapport à la réputation. De même, il arrive à cet élevage de sortir en novilladas des pensionnaires braves, encastés et parfois nobles même.
Mais la corrida de Céret 2017, elle, c'était se prendre en pleine figure la réalité et la vérité des corridas dures. Une corrida sans oreilles, dures à aller chercher, et qui a de quoi remettre les idées en place. Bravo, par avance, aux toreros qui acceptent de s'annoncer devant ces toros.
Des toros aux têtes chercheuses, et d'ailleurs, même ceux qui paraissaient plus abordables possédaient eux aussi un danger sourd. Nous vîmes cinq toros de cette maison, trois du fer de Saltillo, et deux de Moreno de Silva (quatrième et sixème), tout en sachant que progressivement, il n'y aura plus de toros du second fer car tous sont désormais estampillés Saltillo. Il y eut également, comme la veille, un réserve des héritiers de Christophe Yonnet, sorti en deuxième position.
Corrida à la caste dure des toros de Joaquín Moreno de Silva, 24 assauts au cheval pour les cinq toros en question, tout en comptant les rencontres du manso sixième. Deux piques pour le Yonnet, également compliqué dans son genre.
C'est le tout premier toro de l'après-midi, Vendaval (ce qui signifie tempête), qui donna le ton de la corrida. Avec des allures de toro ancien, les armures vers le haut, une carcasse très charpentée. Un toro de toute première catégorie. Et aussi un toro dur, sautant dans la cape, agitant sa tête avec violence face au cheval, ce qui coûta à Gabin Rehabi une légère blessure à l'épaule. Ce toro d'ouverture, encasté et dur, mourut debout, en luttant, après une épée très basse.
On comprenait, dès lors, toute l'importance qu'il fallait donner à ces combats et à ce qui se passait dans l'arène. Cela, le public ne le comprit pas forcément en toutes circonstances.
Heureusement que l'expérimenté Sánchez Vara était là, en chef de lidia. Après son combat au premier, et après avoir estoqué le premier toro de Pérez Mota, il se frotta au quatrième, un toro âgé de Moreno de Silva. Son subalterne, Raúl Ramírez, fut presque secoué au moment d'exécuter son saut à la garrocha. Et Sánchez Vara, lui, vit même le toro le poursuivre aux banderilles, en tentant de le chercher une fois la barrière sautée, où en essayant de l'accrocher après une dernière paire al violin. Danger sourd d'un toro qui réfléchit, et faena longue de Sánchez Vara, dans une vraie adversité, et au final une bonne estocade, libératoire qui permit au torero de faire un honorable tour de piste.
En deuxième position sortit un réserve de Yonnet après que le titulaire de Saltillo ait montré une faiblesse au niveau d'une patte. Bien présenté et armé le Yonnet, qui donna pendant la faena un coup de tête obligeant Pérez Mota à rejoindre l'infirmerie. Blessure, heureusement superficielle, au niveau du cou.
Le torero andalou retourna en piste pour affronter le cinquième, du fer de Saltillo, un toro avec énormément de force au cheval, qui renversa l'équipage d'Oscar Bernal, et faillit percuter picador et monosabios un peu plus tard lors d'un tiers du chaos. Encore un toro à la caste dure, et cette fois, c'est le frère du matador, Juan Contreras, qui brilla banderilles en main. A la muleta, ce toro paraissait plus évident que d'autres, mais il était lui aussi diablement encasté et exigeant.
On avait compris que ce serait un baptême du feu pour Noé Gómez del Pilar, qui se présentait en France en tant que matador. Il eut un premier toro exigeant, mais sans commune mesure avec le sixième. Le sixième, c'était Ruiseño, peut-être le dernier toro combattu dans des arènes avec le fer de Moreno de Silva. Un toro fort en présence, corpulent, et un pelage gris clair rappelant celui des toros de Pablo Romero. Et ce fut un combat sans trêve. Ruiseño donna des avertissements au matador dès les passes de cape, et semblait d'ores et déjà savoir ce qui se cachait derrière. Dix rencontres au cheval, qui étaient nécessaires compte tenu de l'adversité, et une bronca gigantesque de la part du public qui eut du mal à évaluer la situation et l'adversité. Une bronca aussi forte que le danger de ce toro.
Aux banderilles, les hommes en habits de lumières connurent bien des frayeurs lors de leurs passages, et la présidence prit l'excellente décision d'interrompre le tiers, même s'il n'y avait que deux banderilles égarées sur le toro. On pensait que Gómez del Pilar ne traînerait pas et irait directement chercher l'épée, mais ce ne fut pas le cas, puisque celui-ci devait considérer qu'il avait une carte à jouer, coûte que coûte. Une carte très dure, celle de rester avec sang-froid devant un toro manso et d'un immense danger. Il y eut, au milieu de ce combat sous tension, des passes très méritoires de la part de Gómez del Pilar, qui parvint à vaincre le toro de Moreno de Silva, et au final eut droit à une ovation méritoire.
Trois heures, pas une seconde de superflu, juste des toros durs et des toreros valeureux.

Florent

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