mercredi 5 juillet 2017

Intercités de nuit

S'il n'y avait pas eu les toros, je me serais peut-être bien passionné pour les trains. Mais pas les modèles sophistiqués, plutôt les petits trains, ceux qui empruntent des sentiers improbables et conservent une vitesse modérée afin d'apprécier encore les paysages.
Quelle surprise ce dimanche soir en rentrant de Boujan-sur-Libron, sur les quais bordelais, en voyant le florilège d'installations pour une seule fête, celle de l'inauguration de la LGV. Trônait en hauteur une gigantesque boule à facettes, pour célébrer, nous dit-on, une révolution. Le Paris-Bordeaux en deux heures ou presque. Une connexion entre grands centres urbains, et une construction et un projet à prix forts. Des milliards paraît-il.
Mais raccourcir autant une distance naturelle entre deux espaces a de quoi mettre à mal quelque part le vrai sens des voyages. Deux heures de trajet en LGV, se rendre au bar du train, prendre deux sandwiches triangles, s'en mettre pour 19 euros, après tout, c'est peut-être ça le progrès ? La modernité ?
Un romantisme qui se perd de jour en jour. Davantage de charme ont les wagons des Intercités, ces fameux trains Corail, qui certes il est vrai, commencent sérieusement à prendre de la bouteille.
Il existe bien encore quelques trains Corail, dont un, rénové, qui fait le trajet de Bordeaux à Marseille, et qui couvre ainsi certainement sans le savoir toute la latitude de la géographie taurine française. Intercités de jour et de nuit.
Et si tu t'arrêtes en gare de Béziers, en contrebas des allées Paul Riquet, le village de Boujan-sur-Libron n'est guère éloigné.
Il y avait ce dimanche à Boujan, dans le cadre de la feria, une journée consacrée à l'élevage de Dolores Aguirre.
Une novillada non piquée tout d'abord, dantesque, avec trois premiers exemplaires beaucoup trop forts pour la catégorie. Difficile de trouver un juste milieu en la matière, car souvent, on peut considérer les cornus trop petits en novilladas sans picadors, et d'autres fois trop imposants. Mais il est nécessaire, dans tous les cas, de se rapprocher de ce juste milieu pour les non piquées. Des Dolores Aguirre avec du fond, avec même à la fois caste, mobilité et puissance, comme le premier, chose intéressante, mais qui se transforma en moment de panique. Cristian Montoro, de façon prévisible, fut débordé par "Cigarrero" qui était un sacré adversaire. Sonnerie des trois avis pour le novillero espagnol, qui entre le très sérieux Dolores Aguirre et le vent tourbillonnant, connut un calvaire aussi long qu'un tunnel ferroviaire.
Mouvementé fut également le combat de Carlos Enrique Carmona, qui s'en tira bien mieux, tout comme le nîmois El Pere, face à deux autres erales aux gabarits de "tontons".
En présentation, le bon compromis était le quatrième eral de Dolores Aguirre, "Burgalés", destiné au nîmois Raphaël Raucoule "El Rafi". Ce dernier livra une prestation complète, à la cape, aux banderilles, à la muleta, et avec l'épée, coupant ainsi deux oreilles. Un jeune espoir d'un grand intérêt et à suivre.
L'après-midi, toujours les Dolores Aguirre, en novillada piquée cette fois. Un très beau lot en présentation, totalisant 18 rencontres au cheval, et avec des possibilités, comme le bon premier, le quatrième ou encore le cinquième. Mais la sensation aussi d'un manque de transmission et de cette étincelle caractéristique qui existe dans cet élevage.
Le landais Baptiste Bordes ne put accomplir que deux écarts, car il fut blessé par le deuxième novillo, qui l'accrocha de façon très brève, mais suffisante pour faire des dégâts au niveau du mollet.
On aurait aimé plus d'intensité dans les combats, comme dans ceux de Miguel Angel Pacheco, qui avait été bien plus en vue sous la pluie à Vic. Idem pour le mexicain Luis Manuel Castellanos, qui ne parvint pas à capter la bonne charge du cinquième, fuyard, mais qui était encasté et avait une vraie transmission dans chacun de ses assauts.
A la pique, ce cinquième novillo avait rencontré Gabin Rehabi à quatre reprises. Les deux premières avec combativité, et les deux autres en sortant seul. Un beau tiers de piques tout de même, qui permit au picador arlésien de quitter la plaza sous l'ovation.
Pour Maxime Solera, c'était sa première novillada piquée sur le sol français. Et, excusez du peu, face aux Dolores Aguirre. On a remarqué chez lui des attitudes sincères, en accueillant son premier novillo à genoux, et en tentant de faire les choses avec patience, des cites de loin, de la distance, et une volonté de peser sur les novillos. Dommage qu'une épée de travers ait ponctué son premier combat, car il aurait largement pu prétendre à un trophée. Un autre défi sera son prochain paseo, puisqu'il s'agit des Raso de Portillo à Céret.
Boujan, Céret, et tant d'autres endroits, qui sur la carte ferroviaire, malheureusement, n'existent pas. De nos jours, les trains desservent peu ou mal les villes taurines.

Florent  

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