lundi 17 juillet 2017

Le Chaconisme

C'était un réel plaisir de commencer une feria de Céret par une corrida de Miura. Le fer tracé sur le sable et peint sur les burladeros. S'imaginer les entrées en piste typiques des toros de cet élevage, hauts, longs, et qui forcément, ont de quoi faire forte impression dans une aussi petite piste. Plein d'images en tête des toros du fer le plus mythique dans l'histoire de la tauromachie.
Mais il y a deux épines éventuelles quand est annoncée une corrida de Miura. La faiblesse et l'état des cornes. A Céret, ce sont les cornes qui ont posé problème, une chose qui n'est pas nouvelle pour les toros porteurs du A. Avant la corrida, les organisateurs avaient pris le soin d'annoncer que les toros avaient les cornes abîmées et qu'ils assumaient de les faire combattre en l'état.
Un désastre, et des broncas, car quasiment tous les exemplaires de Miura avaient les extrémités explosées.
Et le plus dur à savoir dans cette histoire, c'est la cause, car les hypothèses sont multiples. La plus simple, qui est pourtant la plus difficile à vérifier, est de dire que les cornes ont été sciemment manipulées. Mais il ne devrait échapper à personne que depuis des décennies, beaucoup de toros de Miura, même lors de grandes corridas, avaient des pointes grossières et dans un sale état. Il faut dire que lors des embarquements ou des débarquements, les Miura font partie des toros qui cognent le plus sur les repères aux alentours. Comme des furies. Une autre hypothèse pourrait aussi être que les toros avaient déjà les armures abîmées depuis un moment, qu'elles auraient été arrangées au campo pour paraître correctes, sans pour autant tenir ensuite. Pour avoir un jour eu la chance d'assister à une analyse de cornes réalisée par des vétérinaires, ceux-ci faisaient remarquer que les Miura avaient une surprenante particularité : une base de la corne très dure, beaucoup plus que celles des autres toros, et des pointes (la partie noire) fragiles. On peut ainsi se poser plein de questions à ce sujet, et ne pas se limiter à une seule, car les pistes sont nombreuses. Il n'empêche que l'état de ces cornes était mauvais et ne pouvait laisser le public indifférent.
Vraiment dommage dans tous les cas, puisqu'il n'y a aucun regret à avoir programmé une corrida de Miura en ces lieux. Cela avait de la gueule.
Et si le public eut du mal à se concentrer sur les combats des toros de Miura à cause de leurs armures, ils gardèrent dans leurs comportements des caractéristiques de leur sang, sans pour autant être spectaculaires. Une tendance à se retourner sur l'homme et à ne pas être des plus abordables. Le quatrième toro, le seul possédant le A en bas de la cuisse, était le plus noble et offrait davantage de possibilités au torero. Paulita, qui venait accompagné d'une magnifique cuadrilla (Sergio Aguilar, Iván García, Manolito de los Reyes) a été discret, alors que Pepe Moral pour sa part n'a pas montré de motivation et d'envie.
Ce qui n'était pas le cas d'Octavio Chacón. A son premier toro de Miura, court de charge et dangereux, Chacón a montré un grand courage, avec de la patience et des cites de face. Hélas, il n'estoqua pas du premier coup et perdit un trophée potentiel.
Le cinquième Miura entra dans l'arène, avec des pointes détruites et aussi de la faiblesse. Cela semblait être un traquenard pour tout le monde, aficionados, toreros, organisateurs, et aussi certainement représentant de l'élevage, car comment de gaieté de coeur peut-on apprécier de voir combattre un toro dans cet état ? Le Miura fut changé, et entra à la place un pensionnaire du regretté Hubert Yonnet, qui se cassa une corne à la base en tapant contre un burladero, après avoir répondu à un cite d'un subalterne.
Difficile alors pour Octavio Chacón de renverser la tendance... ce qu'il fit pourtant. Entra en piste un toro avec cette fois le fer des héritiers de Christophe Yonnet, le numéro 11, Tranquilito (une allusion à Robert Piles). Un toro bien présenté et armé, astifino, qui prit trois piques, mais tarda à venir et sembla arrêté au centre de l'arène. A ce moment-là, c'était une autre corrida, et on avait complètement oublié qu'il y avait à l'affiche des toros de Miura. Octavio Chacón est venu à Céret comme beaucoup viendraient à Madrid. Un torero de coeur, présent dans la lidia. Entre le centre de l'arène et les planches, le torero andalou a commencé par deux superbes séries droitières, en donnant la distance, en citant de loin, sans bouger, les talons cloués au sol, alors que le Yonnet venait fort et passait près des fémorales. Quel état d'esprit de ce torero, que l'on avait déjà apprécié à Vic, et qui s'exposa à chaque passe, à droite comme à gauche. Il termina par des manoletinas, et porta un pinchazo en se faisant sérieusement secouer. Tandis qu'il pouvait être incité à la prudence, il amena le toro de Yonnet en plein centre de l'arène, et estoqua avec une incroyable sincérité, et un nouvel accrochage à la clé. Une oreille, qui est l'un des seuls instruments de mesure existant en tauromachie, une oreille certes largement méritée, mais qui n'est qu'un symbole quand on pense que ce torero s'est joué la peau pour l'obtenir. Olé torero !

Florent


(Image de Philippe Gil Mir : l'estocade d'Octavio Chacón)  

1 commentaire:

  1. Chacon c'est aussi un torero qui a fait donné une lidia totalement à contre sens des canons à ce fameux sobrero de Yonnet. En effet il le place très loin pour la première pique puis le rapproche pour la 2° et le rapproche encore un petit peu plus pour la 3°. Est-ce ainsi que l'on peut juger de la bravoure du toro?
    Sa faena est très distante, jamais croisé sauf sur une série à gauche plus sincère que les autres.
    Son épée en revanche est effectivement non seulement celle de la féria, mais peut-être celle de l'année.
    Beñat

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