jeudi 27 juillet 2017

Tumades diverses

Humeur juillettiste. Je n'avais jamais fait le lien. Au pied des arènes de Mont-de-Marsan, quasiment adossé au patio de caballos, il y a un bar ouvert chaque jour de course portant le nom de La Tumade. Un nom qui est un terme régional, de puriste, mais qui dans cette circonstance est presque en contradiction avec le si superstitieux monde des toros. Un mot intraduisible (et heureusement, car quelle serait la réaction de nombreux entourages de toreros espagnols allant vers les arènes ?), même si on peut trouver un équivalent en langue castillane, "tumbo", le choc, l'accrochage. Difficile pour autant d'imaginer une plaza d'Espagne avec comme lieu adjacent un bar dénommé "El percance", "la voltereta", ou la "cogida", quand apparaissent plus doux et bienvenus la "puerta grande" ou le "paseíllo".
Il est vrai qu'en général, en course landaise, une tumade est bien souvent plus spectaculaire que lourde de conséquences. Mais malgré tout, ce type de tauromachie, gasconne en l'occurrence, a elle aussi connu ses drames et s'en souvient encore.
Réflexion faite au terme de fêtes de la Madeleine où les accrochages ont été nombreux. Tumades en tout genre. Ce qui nous rappelle que le cornu, mâle ou femelle, petit ou impressionnant, quand il est en piste, peut faire des dégâts.
Pluie de blessures et d'accrochages en juillet, à Mont-de-Marsan et ailleurs. Pampelune avec une effrayante cornada du banderillero Pablo Saugar "Pirri", Céret avec plusieurs blessés, Paco Ureña à Valencia, et au Plumaçon donc, une cornada d'Alberto Lamelas, des chutes sérieuses pour le picador Gabin Rehabi (face à un novillo de Laugier) et le rejoneador Laury Tisseur (face à des toros portugais de Vinhas, de la même cuvée que les beaux novillos combattus à Céret en 2016), ainsi que de lourds accrochages, heureusement sans conséquences, pour David Mora, Sébastien Castella et Alberto Aguilar, face à des toros de différentes conditions.
On remarquera, ironie du sort, que ceux qui aujourd'hui sourient des blessures subies par les toreros, étaient hier ceux qui affirmaient qu'être dans l'arène ne comportait aucun danger, puisque les toros y auraient entre autres "les cornes complètement sciées", "de la vaseline dans les yeux", "les tendons sectionnés", "des sacs de sable jetés par dizaines sur le dos avant l'entrée en piste". Sic.
On est étonné, en tout cas, de constater un mois de juillet aussi dur, quand on sait qu'en général les séries de blessures surviennent plutôt en fin de saison et notamment en septembre.
Plusieurs raisons à cela, sans pour autant qu'il n'y ait de vérité absolue. Cosas de toros.
Beaucoup de toros de cinq ans sont combattus, et ceux-là, souvent, font plus de dégâts lorsqu'ils atteignent leur cible.
Et puis, il faut le dire, on est devant une génération de toreros qui prend des risques, et se la joue probablement plus que la précédente. Certainement pas la meilleure des générations, car il y a eu par le passé plus de temple ou de technique, mais elle possède en tout cas une impressionnante détermination et un immense courage. Il n'y a qu'à voir, par exemple, de nombreux toreros qui tentent de porter des épées dans le haut, tandis que l'on remarquait davantage d'épées basses et prudentes il y a quelques années à peine.
Une génération qui prend des coups, avec juste derrière elle celle des novilleros pour laquelle les blessures sont aussi récurrentes. Moins de novilladas, moins d'expérience... et plus d'erreurs face à la bête.
Cruel constat, également, de voir que ceux que l'on avait pu admirer devant des novilladas fortes il y a plusieurs saisons, n'ont que peu été sollicités par la suite. Pas vraiment récompensés de leurs efforts. Chose valable pour de nombreuses arènes, et tombés dans un oubli relatif : des jeunes comme Mario Alcalde, Daniel Martín, Imanol Sánchez, ou encore le colombien Juanito Ortiz. Quel dommage.
Juillet d'une dure saison 2017. Pampelune, Céret, Mont-de-Marsan et bien d'autres. Et le dimanche 23, une âpre et très sérieuse corrida d'Adolfo Martín au Plumaçon, face à laquelle les trois toreros, Alberto Aguilar, Emilio de Justo et Alberto Lamelas ont fait, avec grand courage, honneur à la profession. Dommage qu'il n'y ait pas eu entente préalable ce jour-là avec les petites arènes, car Orthez proposait une intéressante corrida du même créneau, avec des toros du Curé de Valverde pour Octavio Chacón, Tomás Campos et Manolo Vanegas.
Un début d'été qui nous a rappelé que le danger existait sur chaque sable, chaque après-midi. Risque permanent de la tauromachie. Et d'autant plus, on se sent concerné en cette saison 2017, car le malheur a frappé tout près d'ici, dans une arène située sur les berges de l'Adour. Depuis, en entendant certains durs commentaires sur les gradins de diverses arènes, on aimerait que davantage de considération soit donnée à ceux qui chaque après-midi, sur la piste, se jouent des véritables risques.

Florent

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