jeudi 24 août 2017

Ponce à Roquefort

J'aime bien, voire beaucoup même, les arènes en bois de Roquefort. Cela fait authentique comme cadre. Peut-être aussi, parce qu'au détour d'une route de vacances, à l'été de l'an 2000, j'avais copieusement tanné mes pauvres parents dans l'idée d'y aller. Ce sont les premières arènes où j'ai assisté à une course dans le département des Landes, le plus taurin de France.
Avec le souvenir d'un jeune novillero décousu mais extrêmement courageux, Antonio de Mata, qui ce jour-là avait volé sur les cornes d'un novillo de San Martín. J'ignore exactement ce qu'il est devenu aujourd'hui, il a disparu du circuit, et j'avais lu un jour qu'il s'était essayé à une carrière de comédien. Sans nouvelles depuis. En tauromachie, les places au soleil sont malheureusement bien trop rares pour pouvoir contenter tout le monde.
Cette année à Roquefort, c'était le retour des Saltillos de Joaquín Moreno de Silva après la grande novillada de 2016. Et hélas, cette fois, par rapport à la cuvée 2016, le lot de cette année fut quelques niveaux bien en-dessous. En présence déjà, en caste aussi, et surtout en cornes, avec de nombreuses armures abîmées.
C'était pourtant le fer de Saltillo, un élevage à la fois fantasmé par les toreros et les aficionados. D'un côté parce que beaucoup de professionnels taurins considèrent qu'il est un élevage de l'impossible avec six démons par après-midi. Et de l'autre, l'idée des aficionados les plus toristas qui en attendent à chaque fois des comportements exclusivement sauvages et dignes du XIXème siècle. Or, en réalité, il y a un peu de tout chez Moreno de Silva. Du Saltillo, mais aussi du Santa Coloma – Buendía. Et à Roquefort, d'ailleurs, plusieurs novillos, avec noblesse, se laissaient parfaitement manoeuvrer. En revanche, s'il existe une tendance souvent confirmée dans cet élevage, c'est que plus les toros et les novillos ont le museau fin, s'approchant de la morphologie Saltillo, plus ils sont durs et coriaces.
Devant ce lot inégal, dont le sixième fut supérieur, c'est Daniel García qui triompha en coupant deux fois une oreille. Un triomphe assez généreux, avec deux faenas longues et pas forcément des choix de terrains opportuns. Il n'empêche que Daniel García délivra tout de même de beaux gestes.
Miguel Angel Pacheco empocha également un trophée, face au deuxième, dont les cornes étaient très délabrées et suscitèrent des protestations.
Et puis il y avait Ponce. Pas Enrique. Même si en retraçant la carrière du torero de Chiva, cela aurait été parfaitement possible de le voir dans les années 80 annoncé du côté de Roquefort.
Il s'agissait de Manuel Ponce, jeune novillero sans lien de parenté avec lui, vêtu d'un costume vert émeraude et or. Une semaine après son combat face aux Monteviejo de Parentis. Cette fois, dans la Monumental des Pins de Roquefort. Et puis, Ponce et bois, ça va bien ensemble.
Manuel Ponce, face aux Saltillos, est le seul à ne pas avoir obtenu de trophée. Pourtant, l'audace ne lui a pas manqué. Deux fois à portagayola, à s'agenouiller face au toril et à attendre. Un combat exposé face au premier, avant la foudre du quatrième, Lechucito, numéro 22, le plus Saltillo du lot. Peut-être affublé d'un problème à un oeil, mais dans tous les cas difficile dans le combat. Entre les piques et les banderilles, l'hilarité d'une partie du public devant les problèmes rencontrés par un subalterne à la surcharge pondérale était cruelle et n'avait rien de rassurant. Dans de telles situations, on a l'impression que le réel danger existant n'est pas pris en pleine considération. Lechucito était un novillo dur, très dur. Et ce que fit Manuel Ponce à la muleta, de manière brève, ce fut essayer plus que dignement. Quatre ou cinq tentatives de muletazos, pour capter une charge âpre, venant directement sur l'homme. Ce n'était pas une faena moderne, avec un quota minimal de passes. Manuel Ponce a essayé avant d'aller chercher l'épée, pour porter une estocade plus qu'honorable. Pas besoin d'une faena complète pour apprécier la sincérité du moment.

Florent

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire