mercredi 23 août 2017

Vive la mariée

Mêlées entre tourisme et fêtes, les rues de San Sebastián sont bondées ce samedi 12 août ensoleillé. C'est la Semana Grande, qui chaque soir, connaît une immense effervescence, avec la baie de la Concha noire d'un monde venu contempler les feux d'artifices.
A l'angle de la rue principale (Kale Nagusia) et de la rue du 31 août se dresse la Basilique Sainte-Marie-du-Choeur. C'est jour de noces, et on devine aisément que les nouveaux mariés n'ont pas innocemment choisie cette date. Le carrosse de la mariée est une jolie décapotable, ancienne, avec un conducteur impeccablement vêtu et arborant un chapeau haut de forme. Tenue d'apparat pour la jeune femme, une belle et longue robe blanche, qu'observent tour à tour les passants, les locaux et les touristes qui y vont de leurs photos. Noces guindées. Le nouveau marié, lui, doit déjà être arrivé. Moment religieux d'une grande cérémonie. On leur souhaite une longue vie... commune.
A San Sebastián, ce jour-là, c'est aussi la première corrida de feria. Dans l'ovni d'Illumbe, de grandes arènes couvertes et polyvalentes aux sièges couleur bleu ciel. Elles ont été inaugurées en août 1998. Perchées au-dessus du stade d'Anoeta, elles succèdent au Chofre, situé bien plus près du centre, et qui avait été fermé dans les années 70.
A l'affiche d'Illumbe, des toros de Zalduendo pour Morante de la Puebla, Andrés Roca Rey et Ginés Marín. Zalduendo, qui est du pur Domecq appartenant désormais à de riches propriétaires mexicains, est un fer d'histoire très ancienne. Pour faire court, il fête en 2017 ses deux-cents ans, et était initialement basé en Navarre et détenteur, forcément, d'une toute autre origine.
Le Zalduendo d'aujourd'hui, c'est l'archétype du toro commercial, la quantité privilégiée à la qualité. Et souvent, le manque de caste, de bravoure, de moteur, de forces. Il y avait de belles armures, mais peu de trapío derrière, trop peu pour une arène de première catégorie.
Face à ces toros mièvres, le moment le plus vibrant de l'après-midi aura été un duel de quites face au deuxième bis, entre les jeunes espoirs Andrés Roca Rey et Ginés Marín. Des saltilleras – qui sont des manoletinas avec la cape – pour chacun. Un toro qui passe près, et quasiment le seul moment haletant de cette corrida. Le péruvien Roca Rey coupa une oreille qui ne restera pas dans les souvenirs, et Ginés Marín lui proposa les gestes les plus profonds de l'après-midi.
Morante de la Puebla, chef de lidia, fête en 2017 ses vingt ans d'alternative. A San Sebastián, devant seulement une moitié d'arène, son apparition fut très brève, si bien que le chic public de la belle ville balnéaire s'énerva. Morante avait d'abord abrégé devant le premier Zalduendo, complètement figé, décasté et arrêté, si bien qu'il n'y avait pas à en tenir rigueur à Morante... outre le fait d'avoir choisi un tel élevage. Et au quatrième, rebelote, face à un toro qui peut-être permettait un peu plus. Juste quelques passes en cassant le corps vers l'avant, comme un aveu d'impuissance et d'une envie disparue. Pas d'inspiration, et une bronca qui poursuivra le torero même jusqu'à la sortie des arènes.
La photo avec la famille Chopera en arrière-plan, parue le lendemain dans la presse, est édifiante, et retranscrit un peu le sentiment laissé au cours de cette corrida de San Sebastián.
Le lendemain soir, après une corrida au Puerto de Santa María, on apprit que Morante mettait un terme à sa carrière, au moins de façon provisoire. Une envie de divorce, quelque part. Un torero qui pourtant, dans sa situation, est loin d'être le plus à plaindre. On pourra rebondir sur le caractère unique de ses talents, mais aussi penser à ses 350 ou 400 collègues d'escalafón qui existent eux aussi. Ne versez pas de larmes, il n'y a pas mort d'hommes, et peut-être mieux encore, il reviendra certainement.
Que Morante décide de s'arrêter pour un moment n'a rien de nouveau ou de surprenant. A la rigueur, la peine que l'on pourrait avoir se dirige vers ceux qui l'apprécient et le suivent.
Moins pour ses caprices, pour les toros qu'il impose, et ses fulgurances tellement rares. D'ailleurs, en parlant de rareté, ses plus beaux gestes auraient encore davantage de cachet devant autre chose que la panoplie d'élevages habituels. On pourra toujours parler du Victorino Martín de Dax, mais en ce qui concerne l'adversité, ces dernières années, Morante s'y est trop rarement aventuré. Il y avait pourtant, pour briller encore plus, le besoin d'un cocktail de choses rares. Cela aurait eu meilleure figure que d'expédier sans procès des toros que l'on impose mais dont on se plaint. Comme un rendez-vous manqué.
Au fait, l'après-midi, avec une si fastueuse cérémonie, on pouvait songer à de jolis souliers pour la mariée. Belle et envieuse allure de cette dernière... Mais quand papa souleva la longue robe pour monter les escaliers sans trébucher, on découvrit des claquettes aux pieds de la mariée. Le paraître s'écroule.

Florent

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire