dimanche 10 septembre 2017

Ça existe encore

Soleil frais de fin d'été, du mois de septembre, le mois des choses inattendues en tauromachie, et où l'on se dit avec désarroi qu'une fois de plus, ce con d'été en question, il est passé bien trop vite.
Du Sud de la Navarre au Pays Basque, il y a une petite centaine de kilomètres, mais les paysages sont clairement tranchés. L'aride et l'ocre pour la Navarre, et le vert pour le Pays Basque.
Zestoa, pour faire simple, est située à peu près à mi-distance entre Azpeitia et Deba, qui sont deux autres places taurines de la province de Guipúzcoa. Azpeitia, Deba, Zestoa ainsi que San Sebastián sont les quatre seules arènes actives de la province à l'heure actuelle, tandis que d'autres, si elles sont encore debout, ne donnent pas ou plus de courses, comme c'est le cas d'Eibar et de Tolosa.
C'est la région taurine la plus proche de la France, et cette proximité fait que l'on peut en profiter. A l'autre bout de la chaîne des Pyrénées, côté catalan, il y a également d'autres arènes proches, et des belles, comme celles d'Olot en pierre volcanique, ou celles de Figueres, dont on déplore comme d'autres l'abandon.
En arrivant à Zestoa le midi, on remarque un long couloir de sable, un peu en pente, avec autour des façades, un bar, une église et la mairie. A cette heure-ci, les tables et les chaises du bar sont de sortie sur la piste. Pourtant, à six heures du soir, il conviendra de les ranger. A midi, le novillero à l'affiche et ses banderilleros inspectent les lieux.
C'est là que je fais la connaissance d'Asier Campos, banderillero d'Azpeitia que l'on a souvent vu en France cet été, et souvent à son avantage. Avec Asier, on parle des plazas du coin, Azpeitia, Deba, Zestoa. Asier évoque aussi les liens tauromachiques de sa famille. Son frère était rejoneador et s'appelle Igor.
D'Hossegor ? Cherche pas t'as tort.
A Zestoa, le charme des arènes est différent de celui de Deba, mais tout aussi fort. Quel régal dans les deux cas.
Pas mal de villages d'Espagne – plus qu'on ne le pense – donnent encore des toros sur leur place principale, et il s'agit de la meilleure évocation des racines de la tauromachie.
A Zestoa, la fête taurine peut paraître folklorique ou improvisée, mais l'on est loin du compte en pensant cela ! Il s'agit d'une tradition très ancienne, et en 2016, on y avait fêté les 350 ans de tauromachie en organisant un festival où l'on fit venir toréer José Pedro Prados "El Fundi" !
Et un jour, il y a quelques années, des antis-taurins firent une consultation pour le maintien ou non de la tauromachie dans le village... et c'est le "oui" qui l'emporta de façon écrasante.
A dix-sept heures trente, l'orchestre municipal joue "Amparito Roca" dans la rue qui mène aux arènes. C'est le pasodoble fétiche du village et qui crée l'effervescence. D'ailleurs, l'harmonie le jouera encore une fois en piste, puis une autre fois au paseo !
Les arènes sont pleines à six heures du soir, comme à Deba, et les balcons aux alentours sont bien garnis. L'élevage à l'affiche est toujours le même : Adolfo Rodríguez Montesinos, du Santa Coloma de Castille, un fer qui était venu en corrida à Orthez en 2009.
Il y a seulement deux erales lors des non piquées de Zestoa, précédant un lâcher de vachettes. C'est le novillero Alfonso Ortiz qui affronta les erales, un premier fuyard et un autre noble, saluant au premier et coupant une oreille à l'autre. Il connut, face au Montesinos d'ouverture, une énorme frayeur en se faisant coincer contre un mur après l'estocade. Des contusions à la cuisse l'obligèrent à passer par la case ambulance au moment de quitter les arènes.
Celui qui fut le plus ovationné lors de cette novillada express fut le tout jeune sobresaliente colombien Sebastián Gómez "El Bogotano", à peine 16 ou 17 ans, et invité par Ortiz à poser les trois paires de banderilles face au deuxième eral.
La novillada, dans une ambiance festive, est passée extrêmement vite. Mais il y avait tout de même le temps de s'arrêter quelques secondes, et de se demander si tout cela était bien réel.

Florent

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