lundi 18 septembre 2017

Danse avec les loups

Dans la quête d'un monde meilleur, quoique puissent en dire nos opposants, il y aurait certainement des courses de toros. Deux petites heures à peine passées sur les gradins des arènes de Sangüesa, à discuter, et à partager des verres avec des gens du cru, puis partir plus tard et se dire au revoir, comme si l'on se connaissait depuis vingt ans. Peu de scènes de la vie quotidienne pourraient offrir ce genre de moments.
Sangüesa, à l'Est de Pampelune, est l'une de ces nombreuses ferias de Navarre d'août et de septembre. Sangüesa est en altitude, quasiment à la limite de l'Aragon, et ce samedi après-midi, il n'y faisait pas bien chaud. Douze ou treize degrés à l'ombre. Au loin, des éoliennes sur les sommets, et derrière, le grand lac de Yesa, paysage impressionnant, très vaste, et où peu de touristes s'aventurent à cette saison.
Les arènes de Sangüesa, si elles ont beaucoup moins de charme que celles de Peralta ou de Tafalla, sont une enceinte de briques, et à l'intérieur, il y a des gradins à la fois en bois et en fer. Un long mur circulaire de briques donc, on pourrait se croire à Toulouse.
En arrivant à Sangüesa, en début d'après-midi, on a l'impression d'un village en fête mais désertique. Peu de monde dans les rues et le long du parcours de l'encierro, couru chaque matin. Sangüesa, c'est aussi là où en 2005, un novillo s'est barré des arènes pendant la course, et a été repris et "estoqué" par la police un kilomètre plus loin.
A Sangüesa, le grand intérêt du cartel était le lot de toros d'Alberto Mateos Arroyo, un élevage peu connu, inédit en France, bien que certains s'y soient intéressés à un moment. De source sûre, il y a même failli y avoir un lot de toros à Orthez il y a quelques années.
Un élevage de pure origine Baltasar Ibán, et dont on peut dire, si c'est compréhensible, qu'il est plus Ibán que Baltasar Ibán ne l'est à l'heure actuelle.
L'élevage d'Alberto Mateos Arroyo, situé dans la province de Salamanque et en allant vers Zamora, a une triste particularité. Il est régulièrement décimé par les loups qui peuplent la zone, et ainsi, s'attaquent aux veaux et au troupeau en général. C'est un petit élevage, dont les sorties annuelles sont peu nombreuses. Pas trop d'opportunités, si ce n'est dans de petites arènes, et il faut jongler entre les dégâts des loups et ceux des requins du mundillo.
A Sangüesa, c'était un très beau lot, en pointes, avec du trapío, sauf peut-être le premier plus léger. Des toros qui devaient peser entre 470 et 500 kilos, mais étaient parfaitement dans le type Ibán. En comportement, de la caste, et de la bravoure aussi. Ce qui est frustrant dans ce type d'arènes, c'est le tiers de piques. Les chevaux étaient démesurés ce samedi, et les piques furent trop longues. Alors que les Mateos Arroyo auraient pu sans problème supporter deux à trois rencontres raisonnables. Braves face aux picadors assis sur des montagnes, et sans jamais sortir seuls du matelas.
Je pensais, après avoir entendu pas mal de témoignages sur cet élevage, qu'il y aurait peut-être un poil plus de sauvagerie. La tendance générale de cette corrida fut la noblesse. Mais attention, il y avait de la caste, des toros exigeants, mourant le plus souvent la gueule fermée, fièrement, vers le centre de la piste.
Les toreros, s'il faut souligner leur mérite d'avoir combattu une corrida sérieuse et en pointes, ont coupé des oreilles généreuses. Cinq au total. Sánchez Vara a toréé avec métier, posant les banderilles dans le berceau, mais toréant assez loin avec la muleta. Le colombien José Arcila a été bien mieux qu'à Tafalla un mois auparavant, et quelque part, ce n'était pas bien difficile. Il fit deux jolis quites à la cape. Enfin, le navarrais Javier Marín, qui a pris l'alternative en juillet à Tudela, malgré sa grande volonté et sa sincérité, semble manquer de pratique.
Curieuse fut la présidence au cours de cette corrida, faisant jouer la musique quasiment dès les premières passes de muleta, et mieux encore, applaudissant les arrastres à la fin des combats !
Il n'empêche que la vuelta au sixième, Aceitunero, numéro 2, un toro brave, encasté, et avec beaucoup de transmission, n'avait rien de contestable. Un grand toro, vraiment. Faire ce genre de déplacement, pour des découvertes, et revenir avec de telles images en tête, cela vaudra toujours le coup. Puissent les Alberto Mateos être épargnés et danser avec les loups.

Florent  

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire