mardi 12 septembre 2017

On dirait le Sud

Vient un beau jour où un tas de choses vous donnent envie de fuir. Comme le microcosme taurin du sud-ouest, qui à force de guerres d'égo, en vient parfois à se prendre plus au sérieux lui-même qu'il ne prend au sérieux la dramaturgie de ce qui se passe en piste. Dommage, regrettable, et tout ce que l'on veut. Goutte d'eau faisant déborder le vase, les commentaires lamentables ayant suivi la novillada-concours de Saint-Perdon, et le salut en piste à la fin de la course de José Antonio Baigorri et de sa fille Patricia, propriétaires de l'élevage de Pincha.
Je me souviens qu'au lycée, alors que le mois de septembre réservait encore de splendides journées, un copain m'envoyait des messages de ses escapades en Rioja ou en Navarre, terres de vignes et de toros. Peralta, Arnedo, Sangüesa, Corella, et bien d'autres.
Mais il fallait s'armer de patience afin d'en faire de même. Le même copain, un jour, m'incita à sécher les cours à la fac quitte à manger un zéro pour aller assister à la dernière novillada de l'histoire des arènes d'Arnedo. Le choix était vite vu, il n'y avait pas photo ! Et ce fut Arnedo.
En septembre, la route qui mène au paysage désertique du Sud de la Navarre est beaucoup moins chargée que durant les heures de pointe de l'été. Entre routes littorales et routes de montagne, on se sent vacancier solitaire. Sur le chemin de fêtes où à cette saison les gens s'habillent encore de rouge et de blanc, alors qu'en France, au mois d'août, tout ça, c'est déjà terminé.
C'est différent là-bas, et ça respire à fond l'authenticité. Comme les tertulias d'après course dans le joli local du Club Taurino de Peralta. Chacun s'exprime, et les avis sont très divergents, on évoque une vuelta potentielle pour le sixième Cuadri, l'appréciation des novilleros n'est pas la même, celle du tiers de piques non plus, mais personne ne hausse le ton et tout se passe dans une extrême simplicité.
Peralta, dont les arènes ont été inaugurées en 1883, est un village dont la feria dure une semaine ! Quatre novilladas piquées, une corrida à cheval et un festival sont programmés, mais malheureusement éparpillés sur toute la semaine, ce qui oblige à faire des choix. Cette année, les quatre piquées provenaient des élevages de Pincha, Cuadri, San Isidro (qui venait souvent en France à une époque sous le nom de Bernardino Giménez ou Giménez Indarte) et Ana Romero. Ce sont ces derniers, les Santa Coloma d'Ana Romero, qui ont obtenu le prix de la feria.
Dimanche 3 septembre, la novillada de Pincha est sérieuse et très armée, et inégale en comportements. Quatorze piques, des novillos plus ou moins encastés. Fernando Flores et le très courageux Aquilino Girón coupent chacun une oreille. Maxime Solera, qui avait été triomphateur de la feria en 2016, est allé a portagayola, a fait une bonne lidia au troisième, mais a connu des difficultés avec l'épée face au lot le moins évident. On aurait aimé voir le français El Adoureño ce jour-là, afin de se faire une idée, car il est inédit pour le moment en novillada piquée chez nous. Mais il déclara forfait et fut remplacé par Girón.
Le jeudi 7, les Cuadri ont été très nobles et mobiles, avec un véritable fond de caste. Les novilleros en général n'en ont pas profité, et Juan Carlos Benítez, qui a été le plus novillero des trois, a coupé la seule oreille face à l'excellent sixième. Le lot de Cuadri a confirmé la tendance de cet élevage à avoir des sorties irrégulières. Mais il y a toujours, c'est une certitude, des choses intéressantes, comme ce lot de Peralta.
Fête, encierros en grand nombre, et novilladas, c'est ça Peralta. Une vieille arène où en fin d'après-midi, on remarque que les gradins du soleil sont exclusivement peuplés de jeunes. Et c'est bien, car il faut penser à l'avenir.

Florent   

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