mardi 19 septembre 2017

Revenir à Nîmes

Ou pas. Ce n'est pourtant pas l'envie qui manque, et c'est même bien plus sérieux qu'il n'y paraît. L'idée et la sensation ont de quoi travailler l'esprit au moins pour qui un jour y a habité. 
A suivre de loin les ferias de Nîmes, d'un oeil ou d'une oreille, la chose taurine semble y être arrivée à un moment délicat, et avec forcément de quoi susciter l'inquiétude. 
La dernière feria des Vendanges, pourtant, avait débuté avec un remarquable et brillant discours d'Éric Dupond-Moretti. Un brindis qui donnait l'envie d'y être, d'écouter et de regarder. Dupond-Moretti, qui un jour avait dit à propos de son métier d'avocat, spécialisé en matière pénale "quand vous vous adressez aux jurés en Cour d'assises, il faut passer pour la personne avec qui ils aimeraient prendre le Ricard. Pas le champagne". Instaurer un lien profond et populaire.
Populaires, comme le sont les racines de la corrida, et cette dernière ne devrait jamais être tentée de s'en couper ou de s'en défaire. 
Revenir à Nîmes, peut-être un jour. Plutôt un doux week-end de septembre, car à Pentecôte, il y a Vic. Arriver du côté de la gare, traverser l'avenue Feuchères, voir l'esplanade, puis les arènes.
Un lieu chargé d'histoire où il est arrivé d'y faire rentrer près de 20.000 personnes pour des corridas. Les années fastes, elles, semblent avoir vécu. L'engouement est en baisse. Les raisons sont multiples, mais, rassurez-vous, les antis-corridas n'y sont pour rien là-dedans.
De loin, en voyant la cuvée 2017 de la feria des Vendanges s'achever, ce furent encore les mêmes soucis et remarques de la part de l'afición.
Les facteurs sont donc nombreux. Il arrive même désormais que des affiches de vedettes ne fassent que moitié d'arène, impensable il y a quelques années encore. Peu de variété, surtout au niveau des élevages ; la vitrine que pouvait être Canal + France n'est plus là depuis belle lurette ; et le panel des toreros vedettes pouvant remplir les arènes a considérablement diminué (Manzanares père, Ojeda, Muñoz, Espartaco, Rincón, Joselito, José Tomás...).
Les places y sont chères, même vers le haut des gradins, et ce que certains trouvaient autrefois exceptionnel est devenu aujourd'hui du pur conformisme. Ils en ont trop fait, et cela a même été probablement contre-productif : confirmations d'alternatives à Nîmes, oreilles, queues, corridas de présentation moyenne voire médiocre, vueltas, indultos, même en corrida à cheval.
Et une inarrêtable dégringolade dans le sérieux. Nîmes, aussi, s'est coupée du monde, plus de commission taurine, plus de lien avec les autres villes taurines françaises, et peu de rapports avec l'afición locale hormis le temps d'un week-end pédagogique en début de saison. 
Simon Casas, pourtant, de par sa stature, dispose théoriquement de tous les éléments pour relancer la machine nîmoise. Mais revenir au premier plan, cela restera extrêmement difficile. 
Il y a quand même l'envie d'y revenir. Qu'importe l'affiche. Faire le trajet habituel, passer près de la gare, de l'avenue Feuchères, et croiser la statue représentant l'homme qui a donné tellement de force à cette passion. Même plus de vingt-cinq ans après sa disparition, il donne envie de se battre pour celle-ci. De voir une belle et grande course de toros aux arènes de Nîmes. Et admirer ses vieilles pierres.

Florent

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