lundi 2 octobre 2017

Jouer sa carrière

C'est certainement la saison qui veut ça, mais en général, hormis pour Madrid et éventuellement Saragosse, le public se rend aux corridas d'automne avec moins de tension, et plus grand chose à espérer, car les dés sont déjà jetés. Cette ambiance était encore vérifiable samedi aux arènes de Mont-de-Marsan.
Pourtant, les toreros, en fonction de leur situation, peuvent parfois jouer gros sur des corridas de fin d'année. Gagner ou perdre. Historiquement, il y a près de trente ans, à la fin du mois d'octobre 89, Hubert Yonnet, directeur des arènes d'Arles, organisait une corrida de clôture de la saison avec des toros de son propre élevage. Entre autres, à l'affiche, il y avait El Fundi, qui toréait sa première corrida en France... Et El Fundi, aujourd'hui, c'est le matador espagnol qui en a toréé le plus dans notre pays. Avec comme point de départ à toute cette trajectoire, une corrida de fin de saison.
Les trois toreros de samedi totalisaient avant le paseo à peine une petite dizaine de corridas à eux trois cette année. Et pourtant, il était franchement intéressant de les voir.
Ils rencontrèrent une corrida de Victorino Martín, inégalement présentée, et dont les 18 piques reçues furent flatteuses, car si les toros ont été bravitos, ils ont en général eu peu d'emploi et de puissance sous le fer. Après, ils furent nobles à divers degrés.
Mathieu Guillon semblait avoir joué sa carrière il y a cinq ans, au soir d'une alternative pendant les fêtes de la Madeleine où il vécut l'un des pires cauchemars envisageables pour un torero : entendre les trois avis à cette occasion. C'était un sacré pari pour le torero local de revenir qui plus est face à une corrida de Victorino Martín. Mais le manque de pratique et d'expérience s'est fait sentir. Si Guillon eut ses meilleurs moments avec les banderilles, et semblait être conscient de ses limites, il ne fut pas à la hauteur du deuxième toro, le meilleur Victorino du lot, et accumula trop de passes sans jamais donner de distance face au cinquième. Néanmoins, l'estocade efficace portée face à ce toro parut le libérer d'un poids qui pesait depuis cinq ans sur ses épaules. Il sera difficile tout de même de remplir l'agenda l'année prochaine.
Manolo Vanegas a pris une alternative de catégorie au mois de juin à Vic, face à de sérieux toros d'Alcurrucén, et c'était une sacrée performance. Le vénézuélien a eu peu de corridas depuis, et après avoir affronté samedi un premier adversaire éteint et manquant de fond, il montra face au dernier Victorino, le plus dur du lot, toutes les qualités que l'on avait pu entrevoir quand il était novillero. Un solide espoir, indifférent aux deux corrections infligées par le toro, et une volonté à toute épreuve malgré le danger. Il y a par ailleurs, chez Manolo Vanegas, un véritable métier, et de quoi espérer pour aller beaucoup plus loin. Oreille fort légitime après une estocade spectaculaire et l'envie de revoir ce garçon.
En 2016, il y avait déjà eu une corrida de clôture avec des Victorino Martín à Mont-de-Marsan. A ce moment-là, c'était seulement la deuxième de la saison d'Emilio de Justo, qui avait triomphé deux mois auparavant aux arènes d'Orthez. Mais sans un autre succès à Mont-de-Marsan, qui sait, de Justo aurait probablement eu plus de portes fermées en 2017. Mais voilà, il y a un an quasiment jour pour jour, il déballa sa torería sur le sable du Plumaçon, et coupa les deux oreilles d'un Victorino.
Cette année, si son nom est revenu souvent dans les discussions, le nombre de corridas qu'il eut à toréer est peu élevé. Et pour tout dire, ce matador n'est pas reconnu à sa juste valeur.
Samedi, contrairement à d'autres sorties cette année, l'épée fit défaut à Emilio de Justo, qui repartit avec juste une oreille en poche. Mais cette dimension, en fin de faena face au quatrième toro, cette façon de toréer de la main gauche, en relâchant complètement le corps, c'était du beau, du pur et du grand toreo. Un talent qui peut-être serait resté inédit pour toujours si n'avaient pas existé des opportunités de fin saison...

Florent

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