lundi 30 octobre 2017

L'âge est un naufrage

À la recherche d'une fulgurance ce dimanche après-midi dans les arènes couvertes de Samadet.
Une fulgurance qui n'est jamais venue. Un espoir perdu.
Celui de voir ce torero maintenant âgé de 62 ans réaliser ne serait-ce qu'une pose de banderilles, près des barrières, dans un terrain réduit, et en ressortir avec brio comme à la plus belle époque.
Rêver d'un bond dans le temps. Si t'es pas un minimum nostalgique, ça va être difficile d'être aficionado...
Non, Morenito de Maracay n'a pas posé les banderilles, et a laissé ce soin à ses subalternes, tout comme celui des mises en suerte au premier tiers. Dommage, car le novillo de Patrick Laugier, du fer de Piedras Rojas, avait suffisamment de mobilité, de caste et d'allant pour permettre un combat intéressant. On ne lui en voudra guère à Morenito de Maracay, et puis c'était un festival, mais il recula tout au long du combat, à la peine physiquement. Lui qui avait forgé sa réputation sur un toreo athlétique, dans les trois tiers.
Morenito de Maracay, une vie, une histoire et un parcours dont pas mal de choses frôlent le légendaire.
On espérait un peu plus ce dimanche, car l'aficionado est gourmand et parfois se prend à rêver quand il voit un nom sur une affiche. Les festivals, par ailleurs, permettent de voir des toreros qui ont cessé il y a un moment d'être en activité.
Mais arrivé à un seuil, que ce soit en corrida ou en festival, pour l'homme, quand la force s'échappe, sauf miracle, il est difficile de continuer. Et impossible de faire semblant.
L'âge – ou la vieillesse comme dit l'adage – est un naufrage. Considération non pas intellectuelle mais physique qui fait que dans beaucoup de domaines, et dans le sport en premier, les années qui défilent amènent un peu plus vers la porte de sortie.
C'est encore plus dur en tauromachie, où l'on convient bien évidemment que si tous les toreros le sont pour toujours, même après la retraite, le toro lui peut tout arrêter en un instant.
Une seule jeunesse. Mais pourvu qu'elle soit longue. Comme me racontait un jour mon ami Marc Lavie, qui avait vu la première novillada en France de Morenito de Maracay. C'était en 77 à Céret. Un costume déchiré dès les premières passes de cape, mais un grand triomphe du vénézuélien. Quarante ans après, forcément, le contexte, le physique et l'envie n'ont absolument rien de comparable.
On en est même conscient sans vraiment l'avouer. Mais un seul coup d'éclat, pourtant, aurait eu de quoi ravir...
Les toreros vieillissent eux aussi. Et c'est également pour cela que la corrida trouve sa raison d'être. Une raison simple. Les hommes dans l'arène changent, et nul n'est éternel, pas même les opposants à la corrida. Seule la fête reste.
La fête, à Pamplona ou ailleurs, Morenito de Maracay y a contribué en faisant vibrer les publics. Les critiques les plus durs disaient de lui qu'il était virevoltant avec la cape et les banderilles, et qu'ensuite, c'était bien plus léger. D'autres disaient avec à-propos qu'il s'agissait, quand il était en activité, d'un matador courageux, brillant banderillero... et souvent aidé par des sorteos chanceux. Quelques toreros, dont fait partie le vénézuélien, ont ou ont eu cette curieuse réputation.
Hier, Morenito de Maracay n'a pas eu de gestes pouvant rappeler l'illustre passé. Mais tant pis. La tauromachie, souvent, c'est partir à la conquête de ce que l'on ne retrouvera pas...

Florent

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